Argemone mexicana et Malaria : Revue des recherches

Revue des recherches qui ont permis la reconnaissance des propriétés antipaludiques de l’argémone

Le processus qui a abouti à la création du Médicament Traditionnel Amélioré "Soumafoura Tiemogo Bengaly", à base de feuilles d’Argemone mexicana, a été ponctué par la publication d’une série d’études dont nous citons des extraits et mettons à disposition les documents pdf.

Dans une lettre de 2005, certains des acteurs de la recherche menée au Mali expliquent leur démarche :

Dans la recherche de nouveaux traitements, le dépistage systématique des produits naturels a jusqu’à présent donné relativement peu de résultats.
[...]
Prenons le cas du paludisme : des antipaludiques modernes ont été mis au point à partir de deux plantes seulement, Cinchona spp. et Artemisia annua. Des propriétés antipaludiques de la quinquina, dont la quinine est encore extraite, ont été découvertes il y a environ 400 ans, après l’introduction du paludisme en Amérique du Sud, son habitat naturel. Quant à Artemisia annua, cette source fragile d’artémisinine et de ses dérivés, son efficacité est connue de longue date en Chine ; depuis 1500 ans, il est recommandé dans les manuels médicaux chinois classiques contre la fièvre intermittente (Willcox et al., 2004).

Dans notre de recherche sur le paludisme, le problème n’est pas de trouver des produits naturels à activité in vitro contre Plasmodium falciparum. Des centaines d’entre eux ont été découverts grâce à des tests de dépistage aléatoires et à des études ethnobotaniques. Le problème est que cet océan d’espoirs n’a pas permis de réaliser de véritable progrès. Pourquoi ? Une difficulté majeure semble être qu’une molécule active (in vitro) a très peu de chance de présenter un profil adéquat d’absorption, de cinétique et d’effets indésirables dans d’autres études sur l’animal et l’homme. En conséquence, nous perdons beaucoup de temps et de ressources dans l’étude de composés qui se révèlent finalement inutiles.

Le choix des plantes (y compris le mode de préparation, l’administration et le dosage), au début du processus de recherche, c’est-à-dire avant la phase préclinique, est très important ; il doit être mené avec des critères d’exclusion plus stricts. Nous suggérons que la recherche « ethno-médicale » sous la forme d’une étude d’itinéraires thérapeutiques (étude rétrospective de résultats de traitement) soit effectuée avant la phase d’étude en laboratoire et avant l’étude clinique prospective de la médecine traditionnelle.

Une étude d’itinéraires thérapeutiques est réalisée à l’aide d’un questionnaire appliqué à un échantillon représentatif d’une population. Les critères d’inclusion s’appuient sur les définitions syndromiques utilisées pour les décisions cliniques dans les centres de santé de district.

Les progrès du patient sous divers traitements (modernes et / ou traditionnels, à domicile et / ou avec des tradipraticiens et / ou dans les services de santé modernes) sont enregistrés, puis analysés et évalués en tenant compte de facteurs de confusion possibles (estimations de la gravité de la maladie, du délai de traitement, données sociodémographiques et traitements mixtes comprenant des médicaments traditionnels et modernes). Si un traitement traditionnel donné (par exemple, une préparation de plante) est systématiquement utilisé, et qu’il est suivi d’une guérison rapide et complète, sans échec ni effets secondaires importants, il est fort probable que le produit mérite un examen plus approfondi.

L’avantage de mener les études décrites ci-dessus, avant la recherche préclinique et avant de choisir les plantes potentiellement intéressantes pour les études prospectives, est qu’un produit sélectionné selon ce processus a une chance relativement grande d’apparaître à nouveau, après le long chemin du processus de recherche standard, aussi sûr et efficace chez l’homme. Les informations sur les effets secondaires, les incompatibilités et les limitations connus (expérience avec des enfants en bas âge et des femmes enceintes comprises) sont des précieuses pour la poursuite des recherches en toxicologie.

Les études d’itinéraires thérapeutiques pourraient éviter de nombreux efforts infructueux en laboratoire et en phase I si elles sont conçues avec suffisamment d’ampleur pour détecter les corrélations entre les progrès des patients et les différents traitements traditionnels. Ces derniers peuvent être nombreux, même dans une petite zone, rendant ainsi inévitable l’utilisation de grands échantillons d’étude (afin d’obtenir des groupes significatifs pour les tests de corrélation), mais cela pourrait valoir la peine.

D’après notre expérience au Mali, avec un échantillon de 952 ménages répartis dans deux districts ruraux, 66 espèces de plantes ont été mentionnées et identifiées comme traitements du paludisme. Dans l’analyse des traitements traditionnels pris isolément (pas d’utilisation concomitante des traitements modernes), les plantes citées avec la fréquence la plus élevée (Nauclea latifolia, Cochlospermum tinctorium et Securidaca longepedunculata) n’étaient pas celles dont l’utilisation était suivie du meilleur progrès du patient, ce qui étaye l’hypothèse selon laquelle les études d’itinéraires thérapeutiques peuvent produire des résultats différents des études ethnobotaniques.

Nous avons testé les huit plantes présentant les meilleurs résultats cliniques et trouvé une activité in vitro moyenne à élevée contre les cultures de Plasmadium falciparum résistant à la chloroquine (IC50 allant de 18,3 à 1,0 g / ml pour les extraits bruts) (Swiss Tropical Institute, Bâle). L’une de ces plantes fait actuellement l’objet d’essais cliniques prospectifs d’observation, dont les résultats préliminaires sont prometteurs. C’est seulement maintenant, après une étude d’itinéraires thérapeutiques, que nous entamons le processus de recherche habituel : dépistage en laboratoire et essais prospectifs, selon des méthodes utilisées en Tanzanie (Matthies et al., 1999), en Ouganda (Willcox, 1999) et ailleurs (Willcox et al. ., 2004).

En résumé, en complément de la recherche ethnobotanique, et avant le dépistage en laboratoire et les études prospectives, une enquête de terrain sous la forme d’une étude rétrospective des traitements utilisés et de leurs résultats, prenant en compte les facteurs de confusion, peut aider à sélectionner des produits locaux actifs aux profils de sécurité et d’efficacité prometteurs.

Source : « Screening of traditional herbal medicine : First, do a retrospective study, with correlation between diverse treatments used and reported patient outcome », B. Graz ; D. Diallo ; J. Falquet ; M. Willcox ; S. Giani. Journal of Ethnopharmacology 101 (2005) 338–339

Document Pdf :

2003 :

La première publication témoignant des premiers résultats de ce programme de recherche est la thèse intitulée « Étude de la prise en charge du paludisme par les thérapeutes traditionnels dans les aires de santé de Kendie (Bandiagara) et de Finkolo AC (Sikasso). » présentée et soutenue publiquement le 20 Décembre 2003 par Drissa Sangare devant la faculté de médecine de pharmacie et d’odonto-stomatologie de l’Université de Bamako.

Document pdf ci-dessous :

Extrait :

« Dans le cadre de ce travail nous avons réalisé des enquêtes auprès des thérapeutes traditionnels des aires de santé de Kendié (Bandiara) et de Finkolo (Sikasso). A travers ces enquêtes nous remarquons que le diagnostique du paludisme repose sur l’observation des symptômes.

Même si les conceptions des thérapeutes traditionnels concernant les causes du paludisme ne coïncident pas toujours avec celles de la médecine moderne, ils ont les mêmes critères de diagnostique clinique du paludisme simple et des formes plus graves.

Nous avons obtenu au total 118 recettes dont certaines contiennent des plantes à activité antipaludique reconnue. Les substances d’origine non-végétale sont plus utilisées contre le neuropaludisme que contre le paludisme simple. Les recettes du paludisme simple sont généralement le décocté de feuilles utilisées en voie orale et en bain.

Contre le paludisme grave les racines et les écorces de tronc sont beaucoup plus utilisées, l’administration se faisant par fumigation et inhalation.

Les résultats d’analyses phytochimiques ont mis en évidence des composés chimiques qui pourraient avoir des propriétés antipaludiques : alcaloïdes, flavonoïdes, tanins, saponosides et composés triterpéniques.

Les tests antipaludiques effectués sur différents extraits de huit plantes distinguées pendant l’enquête ont donné des résultats fort encourageants qui étayent l’utilisation de ces plantes dans le traitement du paludisme par les thérapeutes traditionnels.

Une collaboration entre médecine traditionnelle et médecine moderne est donc envisageable pour une meilleure prise en charge du paludisme.

[..] Nos extraits ont été également testés sur des souches de plasmodium falciparum en utilisant comme médicament témoin la chloroquine utilisée à la dose de 0.05μg/ml.

Argemone mexicana a donné les extraits les plus actifs avec des IC50 de 1.00, 1.22 et 5.89μg/ml respectivement pour l’extrait méthanolique, l’extrait dichlorométhane et le décocté aqueux. Ces résultats sont intéressants d’autant plus le malarial a une concentration inhibitrice largement inférieure de 600μg/ml (Togola, 2002). [...]

Nous espérons que nos résultats puissent déboucher sur un nouveau Médicament traditionnel Amélioré (MTA).

2006 :

Une article publié en 2006, fait état des premiers résultats obtenus à l’issus d’enquêtes ethnobotaniques et d’études d’itinéraires thérapeutiques auprès de 952 enfants ayant contractés la malaria.

« Malaria treatment in remote areas of Mali : use of modern and traditional medicines, patient outcome »
Auteurs : Diallo D, Graz B, Falquet J, Traoré AK, Giani S, Mounkoro PP, Berthé A, Sacko M, Diakité C. Transactions of the Royal Society of Tropical Medicine and Hygiene, 2006

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Résumé de l’article :

Malgré des efforts importants déployés pour améliorer la qualité des soinsi, l’utilisation des services de santé officiels reste souvent faible au Mali. Les traitements informels sont-ils responsables du maintien d’un certain nombre de patients à l’écart des soins standard, et si oui, pourquoi ?

Au moyen d’une enquête par questionnaire, nous avons étudié les itinéraires thérapeutiques de 952 enfants dans les régions de Bandiagara et Sikasso au Mali. La plupart des enfants atteints de paludisme simple ont d’abord été traités à la maison (87%) avec des médicaments modernes (40%), un mélange de traitements modernes et traditionnels (33%) ou de traitement traditionnel seul (27%). Pour les cas graves (224 cas), un traitement traditionnel seul a été utilisé dans 50% des cas. La récupération clinique après paludisme simple était supérieure à 98% avec tous les types de traitement. Pour le cas diagnostiqués comme paludisme grave, le taux de mortalité global de 17% n’était pas corrélé avec le type de traitement utilisé (traditionnel ou moderne, à la maison ou ailleurs).

Dans les zones étudiées, les traitements informels détournent une grande partie des patients des services de santé officiels. Les patients pensent que les résultats des traitements standards ne sont pas meilleurs que les soins alternatifs. Ceci peut aider à expliquer la faible utilisation des services de santé officiels. Nous devons étudier si certains traitements traditionnels disponibles dans des villages reculés doivent être considérés comme des premiers soins recommandables.

Dans cette étude, Argemone mexicana est l’une des quatre plantes utilisées traditionnellement citées comme ayant des propriétés antipaludiques :

Les plantes qui se sont avérées avoir une activité élevée contre le Plasmodium falciparum résistant à la chloroquine n’étaient pas nécessairement décrites en tant que telles dans la littérature.

- Spondias mombin L., Le prunier mombin, (Anacardiaceae) est un arbre de taille moyenne qui porte des fruits comestibles (« prunes porcines »), commun en Amérique du Sud et en Afrique tropicale. L’écorce et les feuilles sont traditionnellement utilisées pour la désinfection (abcès, caries, conjonctivite, par exemple). Des tanins anti-herpétiques ont été isolés et caractérisés à partir de cette plante.

- Opilia celtidifolia (Guill. Et Perr.) (Opiliaceae) est soit un petit arbre, soit une liane atteignant 8 à 10 m et limitée à l’Afrique occidentale tropicale. Les racines et les feuilles sont utilisées pour traiter la fièvre, la grippe et les vers intestinaux. De rares études modernes sur cette plante ont démontré sa forte teneur en saponines et en tanins.

- Argemone mexicana L. (L’argémone mexicaine ou faux chardon du Mexique,) est une annuelle herbacée robuste, membre de la famille des pavot (Papaveraceae). Cette plante ressemble à un chardon, mais ses fleurs jaunes sont caractéristiques des Papaveraceae, tout comme son abondant latex jaune vif. Les constituants chimiques typiques sont les alcaloïdes benzophénanthridiques (parmi lesquels la berbérine, la protopine et la sanguinarine).

- Securinega virosa (Roxb. Ex Willd.) (Euphorbiaceae) est un arbuste de 2 à 3 m, commun en Afrique de l’Ouest, mais également en Australie et en Asie. Il a de nombreuses utilisations traditionnelles et ses racines sont souvent décrites comme soporifiques et analgésiques, bien que ses feuilles soient considérées comme un stimulant et un aphrodisiaque. Cette plante a été étudiée pour son activité trypanocide.

2007 :

En 2007 sont publiés les premiers résultats d’une étude clinique prospective des propriétés antipaludique de la décoction de feuilles d’Argemone mexicana.

« Argemone mexicana decoction for the treatment of uncomplicated falciparum malaria. », Auteurs : Merlin L. Willcox ; Bertrand Graz ; Jacques Falquet ; Oumar Sidibé ; Mathieu Forster ; Drissa Diallo.
Revue ; Transactions of the Royal Society of Tropical Medicine and Hygiene volume 101, issue 12 (2007)

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Résumé :

Une étude clinique prospective quasi expérimentale, à doses croissantes, a été menée avec un guérisseur traditionnel utilisant une décoction d’Argemone mexicana pour le traitement du paludisme au Mali. Le remède a été prescrit selon trois schémas thérapeutiques : une fois par jour pendant 3 jours (groupe A ; n = 23) ; deux fois par jour pendant 7 jours (groupe B ; n = 40) ; et quatre fois par jour pendant les 4 premiers jours, puis deux fois par jour pendant 3 jours (groupe C ; n = 17).
L’étude a porté sur 80 patients, dont 80% étaient âgés de moins de 5 ans et 25%, âgés de moins de 1 an. Tous se sont présentés au guérisseur traditionnel avec des symptômes de paludisme et présentaient une parasitémie à Plasmodium falciparum> 2000 / l, mais aucun signe de paludisme grave. Les proportions de réponses cliniques adéquates (ACR) au jour 14 étaient de 35%, 73% et 65% dans les groupes A, B et C, respectivement (p = 0,011). Au jour 14, les proportions globales de réponses cliniques adéquates étaient plus faibles chez les enfants âgés de moins d’un an (45%) et plus élevées chez les patients âgés de plus de 5 ans (81%) (p = 0,027). Une élimination parasitaire complète a été détectée chez très peu de patients, mais au jour 14, 67% des patients atteints d’une ACR avaient une parasitémie <2000 / l. Aucun patient n’a eu besoin d’être référé pour une maladie grave. Seuls des effets secondaires mineurs ont été observés. Des recherches plus poussées devraient déterminer si cette ressource locale pourrait constituer un traitement de premiers secours à domicile dans des régions éloignées.

2010 :

« Argemone mexicana decoction versus artesunate-amodiaquine for the management of malaria in Mali : policy and public-health implications »
Auteurs : B. Graz, ML Willcox, C. Diakite, J. Falquet, F. Dachuo, O. Sidibe, S. Giani, D. Diallo,
Revue : Transactions of the Royal Society of Tropical Medicine and Hygiene, (2010) ; 104(1):33-41

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Résumé :

Un moyen classique de retarder la pharmacorésistance consiste à utiliser un traitement alternatif lorsque c’est possible. Nous avons testé un préparation médicinale antipaludique à base de décoction d’Argemone mexicana, un médicament traditionnel auto-préparé et validé, fabriqué avec une plante largement disponible et qui convient aux fortes variations de dos, dans le but de refléter la situation réelle de la gestion à domicile du paludisme dans un village malien isolé.

301 patients atteints de paludisme présumé non compliqué (âge médian 5 ans) ont été assignés au hasard à un traitement par décoction d’Argemone mexicana ou par artésunate-amodiaquine [association d’artémisinine (ACT)]. )] en traitement de première intention. Les deux traitements ont été bien tolérés. Sur 28 jours, le traitement de seconde intention n’était pas nécessaire pour 89% (IC à 95% : 84,1–93,2) des patients sous Argemone mexicana, par rapport à 95% (IC à 95% : de 88,8 à 98,3) sous ACT. La détérioration du paludisme grave était de 1,9% dans les deux groupes chez les enfants âgés de moins de 5 ans (il n’y a eu aucun cas chez les patients âgés de plus de 5 ans) et 0% ont présenté un coma / des convulsions.

L’Argemone mexicana, maintenant approuvé par le gouvernement malien, pourrait être testée en tant que complément de première intention aux médicaments modernes standard dans les zones à forte transmission, afin de réduire la pression des médicaments pour le développement d’une résistance à l’ACT, dans la gestion du paludisme. Compte tenu du faible taux de paludisme grave et de la bonne tolérance, Argemone mexicana peut également constituer un traitement de premier secours lorsque l’accès à d’autres antipaludéens est retardé.

2011 :

« Is parasite clearance clinically important after malaria treatment in a high transmission area ? A 3-month follow-up of home-based management with herbal medicine or ACT »
Auteurs : Willcox ML, Graz B, Diakite C, Falquet J, Dackouo F, Sidibe O, Giani S, Diallo D.,
Revue : Transactions of the Royal Society of Tropical Medicine and Hygiene, (2011) ; 105(1):23-31

Résumé :

Un médicament à base d’Argemone mexicana validé pour le paludisme simple, semble prévenir le paludisme grave sans éliminer complètement les parasites chez la plupart des patients.
Cette étude, dans une zone de forte transmission du sud du Mali, explore si la parasitémie résiduelle au 28e jour était associée à des épisodes de paludisme et / ou à une anémie. Trois cent un patients se sont vus assignés au hasard à un traitement de première intention par Argemone mexicana ou par artésunate / amodiaquine, dont 294 ont été suivis au-delà de la période standard de 28 jours à 84 jours. Du jour 29 au jour 84, il n’y a pas eu de différence significative entre les groupes de traitement pour les nouveaux épisodes cliniques de paludisme simple (0,33 vs 0,31 épisode / patient), de paludisme grave (<6% par mois chez les patients âgés de moins de 5 ans) ou d’anémie modérée ( hématocrite <24% : 1,1% dans les deux groupes au jour 84). L’élimination parasitaire totale au 28ème jour n’était pas corrélée à l’incidence d’un paludisme simple ou grave ni d’une anémie modérée au cours des deux mois suivants.
L’élimination parasitaire totale au jour 28 n’était pas cliniquement importante dans le contexte d’une transmission élevée. Si cette constatation peut être confirmée, certains antipaludéens efficaces sur le plan clinique mais qui n’éliminent pas complètement les parasites pourraient néanmoins convenir dans les zones de forte transmission. Une telle politique pourrait être testée comme moyen de retarder la résistance aux associations thérapeutiques à base d’artémisinine.

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Une approche de « pharmacologie inversée » pour développer une phytomédecine antipaludique conçue et mise en œuvre au Mali, a abouti à création d’un nouvel antipaludique végétale standardisé après six années de recherche.
- La première étape a consisté à sélectionner un remède à développé, par le biais d’une étude rétrospective des résultats du traitement.
- La deuxième étape a consisté a un essai clinique à doses croissantes aidant à choisir la dose la plus sûre et la plus efficace.
- La troisième étape a consisté en un essai contrôlé randomisé visant à comparer la phytomédecine au traitement standard de première intention.
- La dernière étape a consisté à identifier les composés actifs pouvant être utilisés comme marqueurs pour la standardisation et le contrôle de la qualité.
Cet exemple de « pharmacologie inversée » montre qu’une phytomédecine standardisée peut être mise au point plus rapidement et à moindre coût que les médicaments conventionnels. Même si les deux approches ne sont pas totalement comparables, leur efficacité en termes de santé publique et leur complémentarité doivent être étudiées de manière approfondie.

 

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« Hunter’s Tropical Medicine and Emerging Infectious Diseases »
Auteurs : Bodeker G, Graz B :
Livre : Traditional medicine (Chapter). Elsevier, Oxford, 2013.

Introduction :

Introduction :

- Les médicaments traditionnels sont utilisés par de nombreux patients dans tous les pays.
- Bien que la médecine traditionnelle soit en partie une profession, il s’agit souvent d’une pratique familiale à domicile.
- Certains traitements traditionnels sont sans danger, d’autres sont dangereux ou ont des effets indésirables.
- Certains ont démontré leur efficacité par des essais cliniques contrôlés. D’autres se sont montrés inefficaces.
- Une perspective ouverte, critique et respectueuse de la médecine traditionnelle est fondamentale pour un bon partenariat professionnel avec les patients et la population.
- Dans les régions pauvres en ressources, les médicaments traditionnels ne constituent peut-être pas un choix, mais la seule forme de soins de santé accessible. Ces ressources locales peuvent avoir un impact positif sur la santé de la population.

Conclusion :

La majorité de la population de la plupart des pays tropicaux continue à utiliser la médecine traditionnelle comme source primaire de soins de santé. En conséquence, les médecins des pays tropicaux doivent comprendre les médecines traditionnelles et les approches thérapeutiques traditionnelles utilisées par leurs patients, afin de mieux comprendre les interactions des plantes médicinales, les avantages et les inconvénients de la médecine traditionnelle et de collaborer avec les praticiens de la santé par renvois réciproques des patients.
Le praticien en médecine tropicale peut être confronté aux effets négatifs de la pratique de la médecine traditionnelle, mais il ne faut pas oublier que seuls les échecs sont constatés (et l’inverse est vrai : les guérisseurs traditionnels ne voient que les échecs de la médecine moderne).
Compte tenu de la confiance des communautés locales dans la médecine traditionnelle et ses praticiens, une politique de partenariat avec les praticiens de la santé traditionnels fondée sur des échanges mutuellement respectueux est nécessaire.
Ce paradigme permettra le développement d’une approche clinique centrée sur le patient, une relation constructive et une crédibilité réciproque au sein de la communauté.

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2012 :

Un article consacré aux Médicaments traditionnels améliorés au Mali annonce la prochaine validation d’un nouveaux médicament de ce type à base d’Argemone mexicana par les autorités sanitaires maliennes.

« Improved Traditional Medicines in Mali »,
Auteurs : Merlin Willcox, Rokia Sanogo, Chiaka Diakite, Sergio Giani, Berit Smestad Paulsen et Drissa Diallo
Revue : The Journal of Alternative and Complementary Medecine, Volume 18, Number 3, 2012, pp. 212–220

Extrait :

Malarial

Le « Malarial », est reconnu au Mali comme « Médicament traditionnel Amélioré » (MTA) antipaludique. Ce médicament a été créé par le professeur Mamadou Koumare, professeur de pharmacognosie, ancien directeur du département de médecine traditionnelle et président de la Société Malienne de Phytotherapie.

Basé sur une recette utilisée dans sa famille ce Médicament traditionnel amélioré est maintenant produit sous forme de phytomédecine standardisée.
Il est élaboré à partir de trois plantes (Senna occidentalis L. Cesalpiniaceae + Lippia chevalieri Moldenke Verbenaceae + Acmella oleracea L. (Jansen) Asteraceae)

Senna occidentalis (L.) Link. (synonyme de Cassia occidentalis) est une plante pantropicale largement utilisée pour le traitement du paludisme, active in vitro contre les parasites du paludisme.
Lippia chevalieri Mould. (Verbenaceae) est une plante aromatique utilisée en Afrique de l’Ouest pour aromatiser le thé et traiter les fièvres.
Acmella oleracea (L.) R.K.Jansen (synonyme de Spilanthes oleracea L., Asteraceae) est une plante à fleurs jaunes qui a diverses utilisations en médecine traditionnelle, notamment comme anesthésique local pour les maux de dents et comme antipyrétique. Ils contiennent du spilanthol, qui est efficace contre Plasmodium falciparum. son activité antipaludique a été évalué contre les parasites du paludisme in vitro et chez la souris. Il n’était pas très actif in vitro (IC50 = 470–600 lg / mL) mais a prolongé la survie des souris infectées par le paludisme de 2 à 3 jours par rapport aux témoins non traités. Il était également non toxique pour les souris.

Trois études cliniques ont été menées pour évaluer l’innocuité et l’efficacité de Malarial. La première a eu lieu à Baguineda en 1984-1985. Le second était un essai contrôlé randomisé comparant le Malarial à la chloroquine. Cette étude portait sur 53 patients, dont 36 étaient randomisés pour le paludisme et 17 pour la chloroquine. Le suivi au jour 21 a été effectué par 75% des patients du groupe Malarial et 59% des patients du groupe chloroquine. La diminution de la fièvre était similaire dans les deux groupes, mais l’élimination parasitaire était meilleure dans le groupe chloroquine. Le Malarial était mieux toléré que la chloroquine. Il a été estimé que la quantité d’Acmella oleracea (4%) présente dans cette formulation de Malarial était insuffisante pour une activité schizonticide réellement efficace.
Il a donc été décidé d’augmenter la quantité d’Acmella oleracea dans le Malarial à 6%, ce qui a été testé lors d’une étude observationnelle de cohorte sur des patients atteints de paludisme simple.
L’échantillon était constitué de trente patients âgés de 5 ans présentant une température supérieure à 37,5 ° C et une parasitémie supérieure à 3000 / mcl de Plasmodiume falciparum. Il n’y avait pas de groupe de contrôle. La parasitémie a diminué et les symptômes se sont atténués. La parasitémie au jour 7 est restée plus élevée chez les patients âgés de 8 à 19 ans que chez les patients plus âgés. Cela suggère que l’immunité du patient jouait un rôle dans l’élimination des parasites.

Des recherches sont en cours au Mali pour produire un nouveau « Médicaments Traditionnels Améliorés » (MTA) pour le paludisme plus efficace que Malarial, le MTA le moins utilisé. La décoction d’Argemone mexicana a été sélectionnée et a déjà fait l’objet d’essais cliniques. On s’attend à ce qu’elle soit bientôt approuvé comme MTA recommandé pour le paludisme.

Document pdf ci-dessous :

2015 :

« Intellectual property rights, benefit-sharing and development of “improved traditional medicines” : A new approach. »
Auteurs : Willcox M, Diallo D, Sanogo R, Giani S, Graz B, Falquet J, Bodeker G.
Revue : Journal of Ethnopharmacology 2015 ; 176:281–285.

Résumé :

Pertinence ethnopharmacologique :

La protection des droits de propriété intellectuelle et le partage des avantages sont des questions essentielles pour toute recherche ethnopharmacologique. La Société internationale d’ethnobiologie a publié des directives utiles sur l’accès et le partage des avantages, qui sont largement considérées comme un « standard de référence », mais subsiste la question de savoir comment les appliquer au mieux dans la pratique. Les questions difficiles incluent la propriété intellectuelle des connaissances traditionnelles, la conclusion d’accords appropriés et le partage équitable des bénéfices des découvertes.

Matériaux et méthodes :

Cet article présente l’étude de cas sur le développement d’un « Médicament Traditionnel Amélioré » (MTA) contre le paludisme au Mali et décrit comment le partage des avantages a été appliqué dans ce cas.

Résultats :

La connaissance de la plante sélectionnée est venue indépendamment de plusieurs familles et de guérisseurs traditionnels. L’approche juridique du droit de propriété intellectuelle a conduit à reconnaître que ces connaissances traditionnelles appartenaient à la population malienne. Ces connaissances ont été utilisées à leur avantage pour développer un nouveau « médicament traditionnel amélioré » (MTA).

Le guérisseur traditionnel dont la méthode de préparation a été utilisée et qui a collaboré à des essais cliniques n’a pas demandé de récompense financière, mais a demandé que le MTA porte son nom. L’avantage le plus durable pour la communauté était de partager les résultats de la recherche, concernant l’identification de la plante médicinale et de la préparation qui s’est avérée être la plus efficace pour traiter le paludisme. Les tentatives visant à créer un centre de santé et à former un agent de santé pour le village ne se sont pas avérées durables.

Conclusions :

Le respect des droits de propriété intellectuelle et le partage des avantages sont possibles même dans un contexte où les connaissances ne sont pas la propriété d’une personne ou d’un groupe de personnes clairement identifié. Les avantages les plus durables sont intangibles plutôt que matériels : à savoir la reconnaissance, l’amélioration des connaissances sur le meilleur traitement et le meilleur moyen de le préparer.

Document pdf ci-dessous :

2015 :

Home treatments alone or mixed with modern treatments for malaria in Finkolo AC, South Mali : reported use, outcomes and changes over 10 years, by Bertrand Graz and al., The Royal Society of Tropical Medicine and Hygiene, 2015

Résumé :

Contexte :

En 2003, une étude au Mali a montré que 87% des épisodes de paludisme non compliqué étaient d’abord traités à domicile. Nous avons examiné si les schémas de recherche de traitement au Mali avaient changé 10 ans plus tard.

Méthodes :

En 2013, nous avons répété l’étude rétrospective sur les résultats du traitement portant sur 400 enfants atteints de paludisme présumé dans la même région.

Résultats :

La plupart des enfants avec un paludisme simple étaient traités pour la première fois à la maison (76% [196/258] en 2013 contre 85% en 2003 ; p¼0,006), plutôt que dans les centres de santé modernes (20% [52/258] en 2013 contre 12% en 2003 ; p¼0,01).

Globalement, 58% des enfants atteints de paludisme simple ont en 2003 été traités avec des médicaments à base de plantes uniquement. L’augmentation est significative par rapport au 24% enregistré 10 ans plus tôt (p, 0,001). Cette progression est associé à une augmentation de l’utilisation de la décoction d’Argemone mexicana de 8% à 26% (p = 0,001), avec une guérison ou une amélioration rapportée dans 100% des cas chez les patients âgés de 0 à 5 ans.

Pour le paludisme grave, le premier traitement est moins souvent demandé à un guérisseur traditionnel que 10 ans auparavant (4% contre 32% ; p, 0,001) et plus souvent dans un centre de santé moderne (29% contre 17% ; p¼0,04).

Conclusions :

Deux tendances se sont dégagées : les établissements de santé modernes sont de plus en plus utilisés pour le traitement du paludisme grave et la médecine traditionnelle davantage pour le traitement du paludisme simple.

Document pdf ci-dessous :

Mis en ligne par La vie re-belle
 11/08/2019
 http://lavierebelle.org/?argemone-mexicana-et-malaria-revue-des-recherches

PDF 1.3 Mo

 2014-seeds_of_a_cure.pdf