Hibiscus cannabinus - Plante multifonctionnelle

Alimentaire, fourragère, médicinale, textile, éco-matériaux...

Hibiscus cannabinus

Noms vernaculaires

Du fait de sa présence dans un vaste espace géographique, les noms vernaculaires d’hibiscus cannabis sont très nombreux.

Au Rwanda Hibiscus cannabinus est appelé Ruberwa. Selon le dictionnaire de l’IRST, ce nom est issu du verbe kubera « se parer, convenir, plaire... ». Dans sa forme passive kuberwa renvoie à la signification « être paré de manière à convenir et plaire ». Le nom ruberwa renvoie à l’utilisation traditionnelle de cette plante pour composer des philtres ou charmes inzaratsi destiné à attirer l’estime ou l’amour. La personne qui l’utilise ruberwa comme philtre paraît irréprochable devant celui qui doit la juger. Au Rwanda, Hibiscus cannabinus pousse dans les savanes, les jachères et les milieux rudéralisée, notamment des régions de Cyangugu, Butare, Kigali, Byumba et Kibungo.

Au Burundi voisin la plante est également appelée Uruberwa, mais on trouve aussi des noms Kirundi spécifiques comme Umusita, Umushigura « qui prend appui sur (un arbre) », Umuzira « l’interdite »

Ailleurs en Afrique les Égyptiens l’appellent Til ; les Maliens Dah, ou Sarcelle, les Afrikaaners Stokroos. En Swahili on trouve les noms Mdahamwitu, Mlanyuni, Mteremtere

Dans l’espace francophone, l’appellation la plus fréquente est Kenaf, un nom d’origine perse, mais on trouve aussi les noms : Chanvre de Guinée, Chanvre de Bombay, Chanvre du Deccan, Chanvre de Gambo, Chanvre de roselle, Jute de Java, Jute de Siam, Roselle.

Dans l’espace anglophone, la plante est appelée Kenaf, Vegetable kenaf, Guinea hemp, Deccan hemp.

En pays lusophone on l’appelle Nacacha, Nhacandora, Cânhamo brasileiro, Cânhamo rosella, Juta de Java, Juta faire Sião, Papoula de São Francisco, Cânhamo-brasileiro.

Les locuteurs hispanophones la nomme Cáñamo de Gambo, Cáñamo Rosella, Pavona encendida, Yute de Java, Yute de Siam.

En Inde ou Hibiscus cannabinus est cultivée comme plante potagère, textile et médicinale elle est entre autre appelée Patsan, ou San en Hindi, et Machika, Maryurika, Ambika, Sahasravatamulika en Sanskrit

Type

Hibiscus cannabinus est une herbacée annuelle, bisannuelle ou pérenne à vie courte qui mesure jusqu’à 2 m de haut à l’état sauvage, et s’élève jusqu’à 5 m chez les cultivars ; la plante a une racine pivotante bien développée, avec des racines latérales s’étalant horizontalement jusqu’à 1 m et des racines adventives sur la zone inférieure des tiges.

Selon la base de donnée Prota : « Hibiscus cannabinus est une plante sauvage commune dans la plupart des pays africains au sud du Sahara. Il a probablement été domestiqué comme plante à fibres il y a 6000 ans déjà au Soudan.
Le kénaf est à présent répandu dans les régions tropicales et subtropicales. Comme légume, il est largement cultivé en Afrique, où il est beaucoup moins utilisé comme plante à fibres. Par le passé, il a eu une certaine importance comme plante à fibres commerciale en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Togo, au Bénin, au Niger, au Kenya, en Tanzanie et au Malawi. L’Inde a longtemps été le plus grand producteur de fibre de kénaf. »

Usages culinaires

Parties utilisées

Les pousses les jeunes feuilles, les graines, les fleurs et les jeunes fruits, peuvent avoir un usage alimentaire.

Feuilles

Les feuilles ont un goût acidulé comme l’oxalys (Umunyu wa nyamanza ou Mugabo-udasunikwa en kinyarwnda) ou comme l’oseille cultivée en climat tempéré. Ce goût est diversement apprécié selon les cultures culinaires. Deux variétés sont cultivées à des fins culinaires, l’une à tige verte l’autre à tige rouge ; la variété à tige rouge est plus acide que la variété à tige verte.

Variété à tige rouge

L’usage culinaire des tiges et des feuilles d’Hibiscus cannabinus semble peu répandu en Afrique. Selon nos recherches, la plante est consommée comme légume feuilles par la communauté Nsong de la province du Bandundu en RDC. Les jeunes feuilles sont cuites et ajoutées à des soupes ou à des sauces. Elles servent de complément alimentaire occasionnel dans les régions du littoral et du Planalto d’Angola.

C’est en Inde, particulièrement dans les Etats du centre et du sud du sous-continent que les feuilles d’Hibiscus cannabinus sont le plus utilisées dans la cuisine et où le goût acidulé qu’elles confèrent aux préparations culinaires est le plus apprécié. [https://en.wikipedia.org/wiki/Gongura]

Dans les Etats indiens où l’usage alimentaire de la plante est répandu les noms. Gongura et Ambadi sont les plus communs. Les feuilles sont accommodées de nombreuses façons ; l’une des plus populaire est la version marinée en « pickle » qui peut être trouvée dans des boutiques.

Selon les sites indiens présentant des recettes à base de feuilles de kénaf, les meilleures feuilles sont les feuilles fermes et non fanées d’une couleur vert intense, sans aucun signe de jaunissement ou de brunissement. Les feuilles de plus petite taille seront plus tendres et auront une saveur plus douce. Les feuilles fraiches doivent être utilisées rapidement, car elle deviennent rapidement amères. Si elle ne sont pas immédiatement utilisées, elles doivent être placées non lavées dans une serviette en papier humide ou dans un sac en plastique et placés dans le bac à légumes du réfrigérateur où ils se conserveront pendant trois à cinq jours.

Feuilles de Gongura au marché de Guntur dans l’Etat d’Andhra Pradesh

Pour avoir une idées de la diversité des préparation possibles à base de feuilles de Kénaf, on peut faire une recherche à partir des mots clés suivant :

Gongura Pulla (au Piments Rouges) Gongura Pulihora (au riz et Tamarin) (salé-sucré), Gongura Pappu ou Gongura Dal (avec des légumineuse décortiquées), Gongura Pickle (marinés)...

Pour réaliser des plats à base de goura quelques liens parmi d’autres ont attiré mon attention :

http://www.cookatease.com/gongura-sorrel-leaves-pulicha-keerai-chutney

https://www.indianhealthyrecipes.com/gongura-pappu-recipe-andhra-pappu-recipe/

Les feuilles de kénaf peuvent être séchées pour être conservées et consommées ultérieurement. Les feuilles de kénaf séchées contiennent 30% de protéines brutes et sont consommées comme légumes dans certains pays. Ajoutée à d’autres aliments elles améliorent la teneur en calcium en fer et en fibres des plats consommés.

Feuilles mises à sécher

Composition des feuilles de kénaf par 100 g de partie comestible :

eau 79,0 g, énergie 280 kJ (67 kcal), protéines 5,5 g, lipides 1,2 g, glucides 12,2 g, fibres 2,3 g, Ca 484 mg, P 18 mg, Fe 12,1 mg, acide ascorbique 75 mg.

Gongura est une riche source de fer, de vitamines, d’acide folique et d’antioxydants essentiels à la nutrition humaine.

La plante contient huit des neufs acides aminés essentiels que le corps humains ne peut produire lui-même et d’autres acides aminés non-essentiels :

Acides aminés pour 100g de protéines

Acides aminés essentiels indispensables :

Lysine 3.96
Thréonine 3.25

Autres acides aminés essentiels :

Valine 3.85
Méthionine 0.91
Isoleucine 2.81
Leucine 7.05
Phénylalanine 4.55
Histidine 2.41

Acide aminé supplémentaire essentiel pour l’enfant :

Arginine 5.02

Autres acides aminés :

Tyrosine 3.06
Cystéine 0.90
Acide aspartique 7.02
Sérine 1.45
Acide glutamique 11.11
Proline 2.50
Glycine 0.72
Alanine 1.65

Graines

Les graines torréfiées ou moulues en farine sont parfois accommodées en une sorte de gâteau.

En Ouganda, une spécialité locale est réalisée à partir des graines. Celles-ci sont grillées, écrasées et moulues, et la farine est séparée des enveloppes dans l’eau. La farine est rejetée mais les particules flottantes des enveloppes sont utilisées pour la préparation d’une pâte, mélangée à des pois d’Angole cuits.

Les graines de la plante de kénaf produisent une huile comestible qui est utilisée pour la cuisson et pour la préparation de margarine de qualité.

L’huile de kénaf peut être considérée comme saine sur le plan nutritionnel en raison de la quantité relativement élevée d’acides gras mono-insaturés et polyinsaturés. Elle contient de l’acide palmitique 14–20%, de l’acide stéarique 3–7%, de l’acide oléique 28–51%, et de l’acide linoléique 23–46%.

L’huile de kénaf est aussi utilisée comme lubrifiant domestique et industriel.

Racine

La racine mucilagineuse est comestible mais très fibreuse et réputée sans beaucoup de saveur.

Écorce

Les enfants mâchent l’écorce pour son goût sucré.

Usages médicinaux traditionnels d’Hibiscus cannabinus

En Afrique :

La pâte de feuilles pilées est utilisée pour activer la guérison des blessures, ou des brûlures au Rwanda, en RDC, au Niger et en Tanzanie et en Afrique de l’Ouest

La racine d’Hibiscus cannabinus (ruberwa) et celle de Dicoma anomala (umwanzuranya) triturées dans miel sont appliquées sur les plaies au Rwanda.

La décoction de feuilles et de racines est utilisée pour soulager les maux de tête au Burundi

Les racines moulues sont administrées contre les piqûres d’araignées au Kenya et Tanzanie

Les feuilles sont utilisées pour traiter les troubles gastriques au Kenya

Une infusion de feuilles est administrée pour traiter la toux en Afrique de l’Ouest.

Les Feuilles pilées sont préparées en décoction bues pour traiter les infections utérines en Tanzanie.

Au Zimbabwe, Feuilles de Hibiscus sont introduites dans le vagin pour traiter les infections urogénitale féminine.

La décoction de feuilles et de racine est utilisée comme Tonique, fortifiant, stimulant, reconstituant, aide à la croissance au Burundi, en RDC et au Nigeria.

Les fibres des tiges sont utilisées dans le traitement de l’anémie et comme tonique en cas de fatigue, de lassitude.

La décoction de feuille est utilisée pour traiter les problèmes hépatiques en RDC.

Les feuilles en poudre sont utilisée comme vermifuge en Guinée et au Nigeria.

Dans la médecine ayurvédique indienne :

Les feuilles sont utilisées dans le traitement de la dysenterie

Les fleurs sont utilisées pour traiter les troubles biliaire et du sang.

Le jus des fleurs, mélangé à du sucre et du poivre noir est utilisé dans le traitement de l’acidité de la bile.

Les graines sont considérées comme stomachiques et aphrodisiaques. Elles peuvent être ajoutés à l’alimentation afin de favoriser la prise de poids

L’infusion de feuilles est utilisée dans le traitement de la toux.

En usage externe, Les feuilles ont utilisés en cataplasme sur zones les douloureuses.

Propriétés confirmées par la recherche

Les usages médicinaux traditionnels prêtent des propriétés antibiotiques aphrodisiaques, stomatiques, purgatives... à Hibiscus cannabinus. Toutes les propriétés alléguées n’ont pas encore été étayés par des essais cliniques. Des recherches récentes ont toutefois montré que :

- l’extrait aqueux de la plante a une activité antibactérienne sur Staphylococcus aureus et Escherichia coli ;
[Z. A. Zakaria & All, « Antimicrobial activity of the aqueous extract of selected Malaysian herbs », African Journal of Microbiology Research Vol. 5(30), pp. 5379-5383, 16 December, 2011 Available online at http://www.academicjournals.org/AJMR ISSN 1996-0808 ©2011 Academic Journals DOI : 10.5897/AJMR11.874 Full Length Research Paper]

- les anthocyanines d’Hibiscus cannabinus montrent une activité antioxydante ;

[S Mukherjee et al, Demonstration of the potential of Hibiscus cannabinus Linn. flowers to manage oxidative stress, bone related disorders and free-radical induced DNA damage Indian Journal of Natural Products and Resources, Vol. 1(3), September 2010, pp. 322-327]

- la plante a un effet laxatif doux ;

- l’extrait aqueux de la plante a une activité réductrice de l’anémie sur modèle animal.
[Gabriel A. Agbor, Julius E. Oben, Jeanne Y. Ngogang, « Haematinic activity of Hibiscus cannabinus », African Journal of Biotechnology Vol. 4 (8), pp. 833-837, August 2005]

- l’extrait brut de feuilles fraîches préparé avec 80% d’éthanol a des effets immunomodulateurs ;
[Yong Gyu Leea & all, Immunomodulatory effect of Hibiscus cannabinus extract on macrophage functions, Journal of Ethnopharmacology, Volume 113, Issue 1, 15 August 2007, Pages 62–71]

- l’extrait hydroalcoolique de feuilles présente une puissante activité hypolipidémiante dans l’hyperlipidémie induite par régime alimentaire de rats ;
[Pradeep Kamboj, Shivali, Gagandeep Kaur, Nanjaian Mahadevan, « Antihyperlipidemic effect of hydroalcoholic extract of Kenaf (Hibiscus cannabinus L.) leaves in high fat diet fed rats ». Department of Pharmacognosy, I.S.F College of Pharmacy, Moga - 142 001, Punjab, India.]

- l’huile de graines d’Hibiscus cannabinus s’est avéré cytotoxique vis-à-vis des cellules de cancer de l’ovaire.
[Latifah Saiful Yazan & all, « Effect of kenaf seed oil from different ways of extraction towards ovarian cancer cells », http://www.fbp.ichemejournals.com/article/S0960-3085(10)00111-2/fulltext ]

Autres usages de la plante

Usage textile :

La tige est une source de fibres utilisées pour la confection de ficelles, cordes, toiles textiles grossières pour les sacs et des toiles d’emballage [il existe des cultivars à fibres spéciaux].

Pour l’emballage et les cordages, Hibiscus Cannabinus, Corchorus spp. (le jute), (Hibiscus sabdariffa) et Urena lobata (le jute du Congo) peuvent se substituer entre eux. Les fibre de kénaf sont plus grossières et donc meilleur marché que le jute.

La production de fibre de Hibiscus cannabinus est relativement peu courante en Afrique, excepté dans le nord du Nigeria, au Niger et au Soudan où elle est utilisée pour des cordages, des ficelles, des lignes et des filets de pêche. Des rubans raclés et séchés sont utilisés pour des ficelles et des cordages de nattes.

Usage fourrager

La jeune plante entière est un excellent fourrage pour le bétail. Le tourteau de Hibiscus cannabinus a la composition suivante : eau 9%, protéines brutes 32%, huile 8%, fibres brutes 8% et pratiquement pas de composants anti-nutritionnels.

Amendement agricole

Le cœur de la tige (xylème) est utilisé en combinaison avec des sphaignes (Sphagnum) et des engrais comme substrat de culture pour les plantes.

Bioremédiation

Hibiscus cannabinus accumule les minéraux comme le sélénium et le bore et peuvent être utilisées comme agent de bioremédiation pour éliminer ces métaux des sols contaminés.

Fabrication de papier

Les rubans et les tiges entières sont une matière première pour l’industrie de la pâte et du papier. Le papier fait avec des fibres libériennes de Hibiscus cannabinus par pulpage chimique est plus résistant que le papier fabriqué à partir de pâte de résineux ; le papier fait avec des tiges entières par pulpage chimique a des propriétés de résistance intermédiaires entre le papier fabriqué à partir de pâte chimique de bois résineux et celui de bois feuillus ; il est comparativement plus serré et non poreux comparé au papier fabriqué avec du bois.

Production d’écomatériaux

Des chercheurs burkinabés et français ont mis au point un matériau de construction peu onéreux à base d’argile et de sable, mêlés à des fibres de kenaf. Ce matériau composite à base de kenaf, moins cher et plus résistant que les matériaux de construction classiques, permet une parfaite isolation contre la chaleur et le bruit.
Des matériau isolants à base de Hibiscus cannabinus présentent des qualités nombreuses : se sont de parfaits isolants thermiques et acoustiques ; ils offrent la même résistance que la fibre de verre ; peuvent être thermolié sans utilisation d’adhésifs ; ils sont inerte aux insectes, rongeurs et volatiles, ne pourrissent pas et n’émettent pas de substances polluantes, sont insensibles à l’humidité, respirant, ne nécessite pas de pare-vapeur, leur maniement ne nécessite de porter un masque ou des gants.

Paysagère

En Afrique de l’Ouest, Hibiscus cannabinus est utilisé pour délimiter les propriétés.

Mis en ligne par La vie re-belle
 15/07/2019
 http://lavierebelle.org/?hibiscus-cannabinus-plante-multifonctionnelle