Malvacées - Plantes de la douceur

Origine du mot Malvacée

Le mot Malvaceae ou Malvacée qui est apparu au XVIIIe siècle dérive du latin malvaceus qui signifie « qui ressemble à la mauve ». Ce terme émane lui-même de la racine latine malva, qui désignait en latin différentes Malvacées. Son étymologie remonterait au grec ancien μαλάχη (malákhē) ou μολόχη (molókhē) qui signifie mou ou amollir en référence aux qualités émollientes des Malvacées ou par allusion à la plante qui possède un limbe (partie large et aplatie de la feuille) mou soutenu par des nervures palmées.

1. Mauve ; 2. Guimauve officinale ; 3. Mauve crépue

La plupart des malvacées sont herbacées, mais cette famille compte aussi des plantes ligneuses : arbrisseaux, arbustes et plus rarement des arbres comme le tilleul en zone tempérée ou le cacaoyer et le majestueux Baobab en zone tropicale.

Description

Tous les organes végétatifs des malvacées sont recouverts d’un indument, c’est-à-dire d’un revêtement de poils étoilés plus ou moins rigides, ou de poils à base bulbeuse constituant des aiguillons.

Les feuilles velues, fréquemment polymorphes, sont en général alternes, simples et palmatilobées, palmatiséquées ou composées palmées, entières à dentées, avec un limbe palmatinervuré.

1.Feuilles simples (Hibiscus Maritanium) ; 2. Feuilles palmatiséquées (Althea cannabina) ; 3. Feuilles palmatilobées (Hibiscus esculentus) ; 4. Feuilles composées palmées (Hibiscus trionum)

Les plantes de la famille des malvacées ont une inflorescence ayant l’aspect de cyme ou solitaire avec des grandes fleurs bisexuées et régulières et donnent un fruit sec.

La particularité des malvacées est d’avoir cinq sépales et cinq pétales soudés entre eux à la base en un seul faisceau qui forme un tube.

Les malvacées contiennent des cellules à mucilage isolées ou groupées, d’où l’emploi de ces plantes comme légumes mucilagineux ou comme remèdes émollients appliqués sur les blessures et les plaies ou absorbés pour agir comme pansement interne en cas d’inflammation des voies digestives.

Souvent des espaces intercellulaires sécréteurs parcourent l’appareil végétatif. Parfois, le long des bordures des feuilles, des tissus sécréteurs, assurent la guttation, autrement dit l’apparition de petites gouttelettes d’eau au petit matin.

Les organes jeunes ainsi que les pétioles et les feuilles n’ont que des fibres péricycliques en strates concentriques.

Les tiges et les racines ont des fibres libériennes plus ou moins lignifiées, d’où leur emploi fréquent comme textile.

Une famille nombreuse

La famille des malvacées comprend plusieurs milliers d’espèces. C’est une famille cosmopolite installée dans tous les climats exceptés les plus froids. La plus grande partie et la plus grande diversité des espèces de malvacées se concentrent toutefois dans les zones tropicales et subtropicales.

La botanique répartit ces espèces en neuf groupes parmi lesquels, on distingue plus de deux cents genres.

Au Rwanda on trouve les genres suivants :

- Abutilon :

A. angulatum : Umuhatura ou Umushoshwe
A. asiaticum : Umuhatu (Mauve indienne, Indian mallow)
A. mauritianum : Umukungeri

- Abelmoschus :

Gombo, chou kanak (A. esculentus) [espèce exotique cultivée]

- Alcea :

A. rosea : Ruberwa (rose trémière, hollyhock)

- Gossypium :

G. arboreum, G. barbadense, G. herbaceum et G. hirsutum : Umupamba (Coton, Cotton)

- Hibiscus :

H. aethiopicus : Umusaduka ;
H. aponeurus : Umweyo, Umutozo ou Umutagoka ;
H. berberififolius : Icunda ou Umugusa ;
H. calyphyllus : Umukongwa, Umukungeri ou Rukugagizamakungu ;
H. cannabinus : Ruberwa (Kénaf) ;
H. diversifolius : Umushyigura ou Umututu ;
H. ludwigii : Nyabututu ou Umushoshwe ;
H. sabdariffa : (Roselle, Karkadé) [espèce exotique cultivée]

- Malva :

M. verticillata : Urudega (Mauve crépue).

- Pavonia :

P. patens : Umuhatu
P. urens : Icyihyuyu ou Umututu, Ikinyagamfizi, Umuganfizi

- Sida  :
Diverses espèces : Umucundura

- Urena :
U. lobata L. : Umushyigura (Jute du Congo, Herbe à paniers ; Congo jute, hibiscus bur, Bur-mallow...

Au Burundi on trouve les genres et espèces suivantes :

- Abutilon  :
A. angulatum (Guill. & Perr.) ; A. mauritianum (Jacq.)

- Corchorus  :
C. tridens

- Dombeya  :
D. torrida (J.F. Gmel.) Bamps subsp. Torrida

- Gossypium  :
G. barbadense L.

- Hibiscus :
H. cannabinus L., H. diversifolius Jacq., H. fuscus Garcke, H. ludwigii - Eckl. & Zeyh. H. sp. Carine, H. surattensis L.

- Kosteletzkya :
K. adoensis (Hochst.ex A.Rich) Mast

- Sida  :
S. acuta Burm., S. alba L., S. cordifolia L., S. rhombifolia L., S. urens

- Urena :
U. lobata L. : Umushushandamu

Dans la région des Grands Lacs on trouve d’autres genres de malvacées intéressantes tant du point de vue vivrier que médicinal comme le genre tilia représenté par exemple par Corchorus olitorius : la Corète potagère (Jew’s mallow)

Propriétés des malvacées

Propriétés comestibles

Si l’on cuisine les feuilles ou les fruits comestibles de malvacées comme ceux du gombo, on obtient des préparations onctueuses, liées, voire presque filamenteuses.
Certaines feuilles sont comestibles crues quand elle sont jeunes. Elles peuvent aussi être cuites. Elles peuvent aussi être séchées pour être conservées pour un usage ultérieur.

Fricassée de mauves

Les bourgeons floraux et les fleurs, sont également souvent comestibles crus en salade ; ils peuvent aussi être confits, transformés en sirop, en confiture ou en tisane, à partir de pétales séchés.

Certaines fleurs qui ont peu de goût peuvent être utilisées comme colorant naturel sans modifier la saveur des préparations.

Des malvacées produisent des racines dont on peut obtenir de l’amidon après broyage et lavage à l’eau.

Propriétés médicinales
des malvacées

D’un point de vue médicinal, les malvacées ont en commun certaines caractéristiques bénéfiques :

Pansement végétal

Les malvacées contiennent généralement beaucoup de polysaccharides. Ces substances sont des mucilages qui agissent comme des éponges. Les plantes les utilisent pour garder l’eau dans leurs tissus.

Les polysaccharides sont une substance proche du mucus digestif. Absorbés par voie orale ces mucilages vont tapisser les voies digestives et agir par contact en formant une sorte de pansement protecteur des muqueuses intestinales qui adoucit et rafraîchit, qui calme le inflammation d’une manière temporaire.

Le mucilage des malvacées et celui d’autres plantes mucilagineuses comme les plantains, les pourpiers, les épilobes, les pâquerettes, le figuier de barbarie, etc... calment l’inflammation des muqueuses digestives par contact.

Cette action par contact n’est pas de longue durée. Il faut donc les prendre régulièrement, par petite quantité pour tapisser la muqueuse. C’est ce qu’on appelle un effet “émollient” qui s’applique aux inflammations de la gorge, œsophage, estomac, intestin.

Si on prend des médicaments ou des compléments alimentaires, les plantes mucilagineuses (comme les plantes tanniques) loin des repas et loin de la prise de médicamenteuse car les mucilages vont capturer ces substances et bloquer leur absorption.

Lors d’atteinte cutanée, rougeurs, petites brûlures, coup de soleil, eczémas, petites blessures, piqûres d’insectes, lorsqu’on effectue une application externe de mucilage en lotion sur la peau va bénéficier d’un traitement calmant et adoucissant dont le principe sera l’alternance entre recouvrir la surface d’un baume ou gel rafraîchissant allié à une mise à l’air favorisant le processus de cicatrisation.

On retiendra donc que les malvacées et les autres plantes à mucilages ont en commun un effet bénéfique sur les brûlures, les plaies, les ulcères, les inflammations et irritations externes et internes, la diarrhée et la dysenterie.

Action antidiabétique :

Les molécules de polysaccharides ont la propriété ne pouvoir être cassés par les enzymes digestives. Autrement dit le système digestif ne peut pas les transformer en sucres.

Pour cette raison, elles ne font donc pas monter la glycémie sanguine. Au contraire, ayant tendance à pomper et capturer les liquides digestifs, elles entraînent certains sucres alimentaires loin des sites d’absorption. Les mucilages peuvent donc faire légèrement baisser la glycémie.

Action réflexe

Les mucilages n’agissent pas seulement par contact et par réflexe.

Les pratiques médicinales traditionnelles et les recherches actuelles montrent que les mucilages peuvent calmer une inflammation du système respiratoire ou urinaire alors que les mucilages ne pénètrent pratiquement pas la barrière intestinale, ils ne sont donc pas distribués dans la circulation générale.

L’action se déroule au travers du nerf vague, nerf qui innerve à la fois les systèmes digestifs, urinaires, le cœur et les poumons.

En adoucissant le système digestif, les poumons reçoivent le même message anti-inflammatoire, car ils sont connectés au même "câble". Ceci est aussi le cas pour des actions calmantes sur la vessie et le cœur. La cascade anti-inflammatoire est donc communiquée indirectement au travers du système nerveux.

Lors d’irritation dû au passage de calculs et d’infection, la prise de plantes adoucissantes comme les malvacées est incontournable, la brûlure et l’inflammation diminuent, la muqueuse cicatrisera plus vite. Une augmentation de l’irrigation vésicale favorisera le processus.

Source d’énergie et nourriture du microbiote :

N’ayant pas été digérées dans le tube digestif, les polysaccharides vont constituer une nourriture de choix pour la flore intestinale qui va les métaboliser et les transformer en ce qu’on appelle des “acides gras à chaîne courte“.

Ces acides gras sont très bénéfiques pour la muqueuse du colon. Ils sont aussi absorbés par le système digestif et seront utilisés comme source d’énergie par votre corps.

Cette propriété explique l’utilisation des plantes très mucilagineuses dans le passé chez le convalescent qui a un système digestif très faible. En administrant des mucilages, on laisse la flore intestinale faire tout le travail.

Ces mucilages agissent donc comme prébiotiques, ils permettent de nourrir la flore intestinale, ce qui est très intéressant à une période où de nombreuses personnes sont sujettes à des dysbioses c’est-à-dire des dérèglements du microbiote intestinal.

Fonctions des acides gras à chaîne courte

(Article de Kristina Campbell)

En premier lieu, les acides gras à chaîne courte ont des effets sur le tractus gastro-intestinal qui influent sur la santé de l’intestin.

En fait, leur fonction principale est celle de servir de source d’énergie aux cellules présentes dans le colon. Ils contribuent à l’entretien de la couche protectrice de mucus de l’intestin et ont la capacité d’influer sur les gènes qui régulent la prolifération des cellules et leur cycle cellulaire (par lequel les cellules se préparent à se diviser et dupliquer leur ADN).

Des recherches sont en cours pour étudier l’impact présumé des acides gras à chaîne courte sur la motilité intestinale, la contraction musculaire (péristaltisme) responsable de propulser le contenu intestinal en cours de digestion à travers le tractus astro-intestinal.

Les acides gras à chaîne courte auraient également un impact sur la manière dont l’énergie est métabolisée dans le corps, et de ce fait, un effet protecteur contre les maladies métaboliques et l’obésité.

Les conclusions dans ce domaine restent cependant contradictoires. En effet, des études ont révélé que les acides gras à chaîne courte semblaient réduire les niveaux de cholestérol et de glucose — ce qui aurait un effet protecteur contre l’obésité —, mais ils constitueraient à la fois une source de calories dans l’intestin qui favoriserait l’obésité. Des recherches plus approfondies seront nécessaires dans ce domaine.

D’autre part, il est maintenant reconnu que les acides gras à chaîne courte ont un impact sur le système immunitaire.

Des recherches ont mis en lumière les effets anti-inflammatoires des acides gras à chaîne courte (notamment, le butyrate), qui semblent jouer un rôle dans le déclenchement de la différenciation (autrement dit, la spécialisation) des cellules immunitaires qui contribuent à « maintenir l’ordre » : les cellules T régulatrices.

Les acides gras à chaîne courte pourraient en outre jouer un rôle dans la protection contre le cancer colorectal, en modifiant positivement l’environnement intestinal ou en façonnant le système immunitaire de manière à réduire le risque de cancer.

À ce jour, nul ne doute que les acides gras à chaîne courte sont des molécules importantes, l’un des principaux moyens par lesquels le microbiote intestinal et l’alimentation améliorent notre santé. Étant donné que la production d’ acides gras à chaîne courte par les bactéries dans l’organisme est influencée par la consommation d’aliments, de nombreux scientifiques les considèrent comme un lien clé entre l’alimentation, le microbiome intestinal et la santé.

Kristina Campbell est l’auteur de nombreux articles scientifiques et pour le grand public et de l’ouvrage The well-fed microbiom cookbook

Mis en ligne par La vie re-belle
 12/07/2019
 http://lavierebelle.org/?malvacees-plantes-de-la-douceur