Milpa et forêts-jardins maya

Une expérience pluri-millénaire inspirante

Milpa et forêts-jardins maya


Une expérience pluri-millénaire inspirante

Espace cultivé évolutif qui mêle végétaux adventices et plantes cultivées la Milpa est un exemple inspirant d’agroforesterie permettant de pourvoir aux besoins des humains et de régénérer le milieu cultivé.

Milpa et forêts-jardins maya

En Amérique centrale Mexique, le mot « milpa », est dérivé du nahuatl mil-pa qui signifie « Ce qui est semé dans les champs » (mil-li « champ » + -pa « vers »).

Longtemps, la mot « milpa » à seulement renvoyé mon imaginaire à l’association culturale des « trois sœurs » amérindiennes : Maïs, haricot, et courge. Voulant essayer de mette en œuvre cette association culturale de plantes, au Rwanda, j’ai entrepris une recherche sur la culture des trois sœurs, dont la synthèse et publiée dans le site « La Vie Re-Belle ». Cette recherche m’a amené à découvrir la singularité de l’extraordinaire « technique » Maya de la milpa.

La milpa maya, utilise l’association haricot-maïs-courge, mais cette association n’est qu’une infime partie d’un système cultural complexe qui présente la particularité d’être intégré à un mode de gestion globale de la forêt tropicale.

La milpa est un espace cultivé évolutif qui mêle des végétaux adventices, naturellement présents dans les milieux choisis par les cultivateurs, et des plantes vivrières, médicinales, condimentaires, textiles... introduites par l’humain. Contrairement aux agricultures les plus communes qui pratiquent un cycle cultural saisonnier et annuel, l’agriculture maya traditionnelle pratique un cycle d’au moins vingt ans qui passe par trois étapes principales :

- de la forêt à la milpa,
- de la milpa au jardin forestier,
- et du jardin forestier à la forêt.

Souhaitant partager cette découverte tout à fait inspirante pour quiconque s’intéresse aux systèmes agroforestiers traditionnels, je publie ici une série textes qui sont les versions traduit et parfois augmentée de précisions, d’article publiés initialement en espagnol et anglais issus des sites Maya Forest Gardener : http://www.mayaforestgardeners.org, et Exploring solutions Past : http://exploringsolutionspast.org/

Les quatre étapes du cycle de la Milpa

d’après http://www.mayaforestgardeners.org/forestgardening.php
Photographies Macduff Everton

Étape 1 : De la forêt à la milpa


Milpero

Dans la première étape de la milpa, une portion de forêt est défrichée puis brûlée pour préparer un espace fertile ouvert propice propice aux semis et plantations. Pendant les deux ou trois premières années, les trois sœurs méso-américaines : maïs, des haricots et courges sont cultivées en plein soleil. Sous la basse canopée de maïs croît un écosystème dynamique d’herbes, tubercules et de plantes cultivées par le jardinier forestier pour détourner les ravageurs des cultures principales, améliorer le sol en nutriments et maintenir l’humidité dans le sol.

Étape 2 : De la milpa au jardin de la forêt

Dans la deuxième étape, la milpa évolue en jardin forestier. Les arbres fruitiers à rendement rapide, comme la banane plantain, la banane et la papaye, sont plantés et commencent à produire après une année. Les arbres fruitiers qui ont besoin de plus de temps pour produire, comme l’avocat, la mangue, les agrumes, le piment de la Jamaïque, la goyave, la chérimole, le noix-pain « arbol de ramón » [Brosimum alicastrum]… sont plantés dans le maïs, les haricots et les courges. Ils fructifieront cinq ans plus tard.


Récolte de la Milpa au stade de jardin forestier

ÉTAPE 3 : Du jardin de la forêt à la forêt

Au troisième stade, les arbres fruitiers commencent à produire. Les arbres fruitiers fournissent une nouvelle canopée, bloquant le soleil et inhibant le sous-bois. Le maïs, les haricots et les courges ne sont plus viables à l’ombre. Au milieu de la canopée des arbres fruitiers, d’autres feuillus, tels que le cèdre et l’acajou, sont plantés ; il atteindront leur maturité au cours des prochaines décennies.

ÉTAPE 4 : Régénération de la forêt

Dans la quatrième étape du cycle milpa, le jardin forestier se transformé en forêt de feuillus. Les feuillus s’élèvent au-dessus des arbres fruitiers et créent une haute canopée. La milpa s’est maintenant régénérée pour ressembler à ce qu’elle était avant que le jardinier de la forêt la défriche et la brûle deux décennies plus tôt. C’est maintenant une forêt aménagée avec peu ou pas de sous-bois. Le jardinier forestier laissera croître et mûrir les arbres feuillus. Il peut prélever les arbres pour un usage personnel ou les vendre quand il défrichera à nouveau, et recommencera le cycle de la milpa maya.

Bio-diversité cultivée des jardins forêts maya

Les jardins forestiers mayas font partie des systèmes cultivés les plus diversifiés au monde. Des chercheurs travaillant avec le Réseau de jardins forestiers El Pilar ont recensé environ 370 espèces différentes de plantes cultivées dans 19 jardins forestiers. Les milpero maya génèrent cette diversité grâce à leur profonde connaissance traditionnelle des fonctions et de l’usage des plantes. Ils cultivent les plantes vivrières, fourragères, médicinales, condimentaires, tinctoriales et d’autres végétaux à usages rituels, ou utiles pour construire, confectionner des produits ménagers, des objets domestiques...

Espèces végétales les plus fréquentes dans la forêt-jardin maya

Les 20 plantes citées ci-dessous se succèdent par ordre de fréquence dans 19 jardins forestiers


Sabal morrisiana, Attalea cohune & - Crysophila stauracantha

- Sabal morrisiana [Arecaceae] - Noms vernaculaires : Sha-an (Maya), Botan, Guano, Guanu (Esp.), Bay leaf, Sabal, Bay leaf palm, Bayleaf palm (En), Sabal du Mexique (Fr) - Espèce présente dans 18 des 19 jardins forestiers

- Attalea cohune [Arecaceae] - Noms vernaculaires : Tutz, Manaca (Maya), Gwacoyul, Corozo (Esp.) ; Mop (Maya) Palmier cohune (Fr.) - Espèce présente dans 17 des 19 jardins forestiers

- Crysophila stauracantha [Arecaceae] - Noms vernaculaires : Kuun, Akuum, Mis (Maya), Escoba (Es), Silver thatch (En) - Espèce présente dans 17 des 19 jardins forestiers


- Bursera simarouba, Alseis yucatanensis & Spondias radlkoferi

- Bursera simarouba [Burseraceae] - Noms vernaculaires : Carate, Jiote, Jiñocuabo (Esp.) ; Jiocuáuitl (Nnáhuatl) ; Gommier rouge (Fr) - Espèce présente dans 16 des 19 jardins forestiers

- Alseis yucatanensis [Rubiaceae] - Noms vernaculaires : Ja’as che, k’uuts che (Maya), Manzanillo, papelillo, tabaquillo (Es) - Espèce présente dans 15 des 19 jardins forestiers

- Spondias radlkoferi [Anacardiaceae] - Noms vernaculaires : Rum-P’ok, Kinim, Kanabal, Puk, Hu-Hu (Maya), Ciruela Amarilla, Jobo, Jocote Jobo (Es), Hogplum, Wild plum (En), Prunier d’Espagne, Mombin rouge, Cirouelle (Fr) - Espèce présente dans 15 des 19 jardins forestiers


Bursera simarouba, Alseis yucatanensis & Swietenia macrophylla

- Pouteria campechiana [Sapotaceae] - Noms vernaculaires : Canistel, Zac-xa-nal (Maya), Sapotillo rojo (Es) Mamee cirila (En) Sapote jaune (Fr) - Espèce présente dans 15 des 19 jardins forestiers

- Manilkara zapota [Sapotaceae] - Noms vernaculaires : Ya (Maya), Chico Zapote, Sapote, Zapote, Zapotillo (Es), Red sapodilla, Sapodilla (En), Sapotillier (Fr) - Espèce présente dans 15 des 19 jardins forestiers

- Swietenia macrophylla [Meliaceae] - Noms vernaculaires : Chacalt, Punab, Sutz’uch (Maya), Coaba (Es), Broken ridge mahogany, Mahogany (En), Acajou (Fr) - Espèce présente dans 14 des 19 jardins forestiers


Lonchocarpus castilloi, Piscidia piscipula & Talisia oliviformis

- Lonchocarpus castilloi [Fabaceae] - Noms vernaculaires : Manchich (Maya), Machiche (Es), Black cabbage bark, Cabbage bark (En)- Espèce présente dans 14 des 19 jardins forestiers

- Piscidia piscipula [Fabaceae] - Noms vernaculaires : Tiaxib (Maya), Habim, Jabin, Palo de gusano (Es), Dogwood, White wormwood, May bush (En) - Espèce présente dans 14 des 19 jardins forestiers.

- Talisia oliviformis [Sapindaceae] - Noms vernaculaires : Wayah, Uayum (Maya), Guaya (Es), Kinep (En) - Espèce présente dans 14 des 19 jardins forestiers


Vitex gumeri, Simira salvadorensis & Pouteria reticulata

- Vitex gumeri Verbenaceae] - Noms vernaculaires : Ya’axnik, Sak-u-sol, Yax nik ux pe (Maya) ; Flor azul, Arbol murcielago (Es) Fidlewood, Blue blossom, Monkey fiddle, Dogwood (En) - Espèce présente dans 13 des 19 jardins forestiers

- Simira salvadorensis [Rubiaceae] - Noms vernaculaires : Sac te m’ooch (Maya), Palo colorado, Puntero (Es) John crow redwood, Red-wood, High ridge redwood (En) - Espèce présente dans 13 des 19 jardins forestiers

- Pouteria reticulata [Sapotaceae] - Noms vernaculaires : Haaz, Chacal haaz (Maya), Zapote negro, Chupón (Es), Wapi (Guyane) - Espèce présente dans 11 des 19 jardins forestiers.


Tabebuia rosea, Aspidosperma cruentum & - Zuelania guidonia

- Tabebuia rosea [Bignoniaceae] - Noms vernaculaires : Hokab. Shna’-corts (Maya), Maculiz (Es), Mayflower (En) Arbre à Trompettes Roses, Calice du pape, Poirier-pays, Poui rose, Tecoma (Fr) - Espèce présente dans 11 des 19 jardins forestiers

- Aspidosperma cruentum [Apocynaceae] - Noms vernaculaires : Malerio, Chichique (Es) Milady, My lady, Red malady (En) - Espèce présente dans 11 des 19 jardins forestiers

- Zuelania guidonia [Flacourtaciaeae] - Noms vernaculaires : Chu-ya-ak, Tamay, Tamai (Maya), Paragua, Moroco (Es) Drunken bayman wood, Water wood, umbrella - Espèce présente dans 10 des 19 jardins forestiers


Brosimum alicastrum & Licania platypus

- Brosimum alicastrum [Moraceae] - Noms vernaculaires : Masicaran, Ox, Ujushte (Maya), Capomo, Copomo, Macica, Ramon blanco (Es), Readnut, female ramon (En), Noix-pain ou Noyer Maya - Espèce présente dans 10 des 19 jardins forestiers

- Licania platypus [Chrysobalanceae] - Noms vernaculaires : Succotz, Sunco, urraco (Maya) Sansapote (Es) Monkey apple (En) - Espèce présente dans 9 des 19 jardins forestiers

Technique de culture

Choix du site de la Milpa

Le milpero procède en premier lieu au choix de la terre qu’il cultivera. Sa première tâche consiste à arpenter la montagne pour choisir un terrain propice. Pour le milpero, le parcelle idéale a un sol noir riche en matière organique, est peuplée d’arbres vigoureux et recèle en abondance des plantes légumineuses comme le Uaxim (Leucaena leucocephala). Aujourd’hui, ce type de parcelles arborées et fertiles étant de plus en plus rares, des terrains qui dans d’autres temps auraient été rejetée sont cultivées.

Certain agronomes occidentaux sont surpris de voir les milpero préférer faire leurs champs dans les collines boisées pierreuses et dédaigner les basses terre où les sols rougeâtres et relativement exempts de pierres, sont plus profonds. Attribuant hâtivement ces choix à la maladresse des Indiens, ils oublient qu’ils sont le résultat de l’expérience accumulée par des générations de cultivateurs et qu’ils sont indispensable au cycle de la Milpa qui part de forêt et revient à la forêt. Ces agronomes ignorent par ailleurs que le maïs pousse mieux dans la terre noire, même si elle est si rare parmi les pierres qu’elle semble distribuées en poignées, que dans les « terres rouges », abondantes et profondes mais pauvres en chaux, et facilement colonisées par des herbes adventices que le paysan ne pourra pas maîtriser. Les terres rougeâtres conviennent à un certain nombre de plantes cultivées, mais le milpero ne procède pas de manière arbitraire en préférant les terrains pierreux et les terres boisées de la colline, où il reconnaît la présence de matière organique à la couleur foncée du sol. L’expérience montre que tout pousse mieux et plus abondamment parmi les pierres que dans la terre seule, parce qu’il y plus d’humidité et mieux préservée parmi les pierres que dans la terre.

Défrichement

Une fois le terrain choisi, un petit espace « picado » (jolche ’ou p’ej-che’) est dégagé. Un kairn provisoire de trois pierres (xu’uk ’) est placé tous les vingt mètres linéaires, pour délimiter le nombre de « mecates » (k’aan) que l’on veut semer. La mecate est une corde utilisée comme mesure linéaire et mesure de surface équivalant à vingt mètres de côté, soit quatre cents mètres carrés.

Le joolche dégagé commence la mesure générale de la future milpa (p’iisi-kool) avec un étalon appelé p’iisi-che’, qui correspond à la sixième partie de la corde « mécate ». Une fois la parcelle délimitée, le défrichement commence par la coupe des arbustes et des branches basses des arbres. Les arbres sont ensuite abattus à environ un mètre de la surface du sol. Une fois l’arbre abattu, les branches sont taillées et émiettées.

Milpa récemment défrichée

La période de défrichement varie : elle se déroule souvent entre août et septembre pour profiter de de la saison des pluies pendant laquelle le bois est plus tendre qu’en saison sèche. En défrichant d’août à septembre, la milpa est prête pour le brûlis au mois d’avril ou mai suivant. Huit ou quinze jours avant, le milpero procèdera au « ba’k’u’uk che’ », la coupe des nouvelles pousses de végétation qui auront apparu entre-temps.

Tous les paysans ne prennent pas le soin de couper et de hacher les buissons et la végétation arbustive. La préparation est varie d’un simple wa ch’ak qui consiste à couper à moitié le tronc des arbres et à les incliner vers le sol, sans détruire les branches ou les buissons. Ce système est plus commun dans les régions de haute montagne. Dans les maquis « jubché » le défrichement est reporté au mois de janvier, évitant ainsi le « ba’k’u’uk che’ »

Clôture

Le Milpero tire parti de la végétation présente autour de la parcelle pour ériger une clôture. Après avoir entaillé des troncs à une hauteur donnée du sol, il les replie et fixe leurs extrémités supérieure au sol avec des grandes fourches « xa’ay et che’ » et renforce ces « anneaux » des deux côtés par d’autres petites fourches appelées« taak che’ ». À la saison des pluies, l’entrelacs de branches devient une haie plus ou moins dense. Quand il n’y a pas d’arbres utilisables à cet effet, des branches épaisses sont utilisées pour former une clôture appelée « suup » construite de la même manière à l’aide de fourches et renforcé de branches épineuses.

Dans tous les cas, le milpero s’efforce d’achever la clôture avant d’avoir terminé le défrichement, afin d’empêcher que le bétail disperse le paillis de végétation hachée (jay ch’ak) dont il recouvre le sol.

Le brûlis (tóok)

Lorsque le défrichement est terminé, la phase du brûlis peut commencer. La tâche d’allumer le feu est confiée à un ritualiste « jmeen ».

Au centre de la milpa, un espace est laissé libre de restes végétaux pour empêcher le feu d’y parvenir où le jmeen effectue un rituel ancestral. Le jmeen a apporté une gourde de « saka » boisson traditionnelle à base de maïs pour l’offrir aux esprit du vent « yuumil iik’o’ob ».

Une fois la combustion terminée, s’ouvre la cérémonie du Pozole. Une autre variante de cette cérémonie est de donner à la terre le liquide des offrandes (saka). Cette boisson est préparée et conservée dans une calebasse et suspendue sur un kaan-che. Le jour suivant, les propriétaires de la milpa distribuent ce liquide dans 13 jícaras, puis ouvrent de petits trous dans le sol pour verser cette boisson. Puis ils boivent le liquide qui restait dans la jicara utilisée la veille par le jmeen.
Par la suite, le bois épais qui n’a pas brûlé est recueilli et utilisé comme bois de chauffage ou pour renforcer les clôtures.


Milpa après brûlis

Le semis « pak’al »

Le semis est fait à sec (tikin muuk) lorsque le mipero voit au mois de mai que les pluies approchent. Parfois, la saison sèche se prolonge et le soleil, les oiseaux et d’autres animaux font perdre les graines, de sorte que l’agriculteur répète le processus de plantation (julbe’en).

Pour commencer à semer, la première pleine lune est attendue après la première pluie qui a généralement lieu à la fin du mois de mai. Les outils utilisés sont le traditionnel xuul, un bâton parfois recouvert d’une pointe de fer, et un sabukan ou un paawo qui est une sorte de panier où il garde les graines de maïs avec la citrouille et le haricot (mélange connu sous le nom de xa ’ak’ winal.


Milpero procédant aux semailles dans sa milpa.
Les jeunes arbres coupés au niveau de la taille vont repousser .
Crédit : MacduffEverton.com

Il y a deux méthodes de plantation :

Dans la première appelée « k’óoben pak’al », le semeur parcourt le champ en ligne droite enfonçant le xuul environ tous les sept centimètres pour former un trou où ils déposent quatre ou cinq grains de maïs accompagné de trois ou quatre haricots
Une autre méthode est connue sous le nom de síit ’kéej, qui signifie saut de cerf, et diffère de la précédente en ce que les trous sont séparés à une plus grande distance puisque les planteurs prennent de longues et forcées étapes pour faire chaque trou.

- Le premier semis dans une terre récemment défrichée s’appelle milpa rosa,

- Le deuxième est appelée milpa caña ou simplement cañada.

- Lorsque la terre est couverte de forêts, un troisième semis appelé xlab sakab est pratiqué.


Milpa quatre mois après la plantation sous la canopée de maïs
poussent haricots, courges, macal, amarantes…
Photographies BRASS El Pilar project & Macduff Everton MacduffEverton.com

La récolte (jooch)

La culture principale est celle du maïs tardif appelé « xnuuk nal ». Avant cela, une hutte de branches et de zacata est réalisée pour servir de gîte et de grenier temporaires temporaire pour stocker la récolte. Lorsque l’épi atteint son développement maximal, les tiges sont pliées en évitant de les casser quand la lune est dans un quart décroissant. Le séchage sur pied est plus rapide et offre une bonne protection contre les oiseaux.
Un cérémonie de remerciement a lieu avant la récolte, qui a lieu entre janvier et mars pendant laquelle du maïs est cuit sous terre. Ensuite, les trois épis les plus grands sont sélectionnés et placés au centre de la milpa à côté d’une bougie allumée et d’une nouvelle coupe atole.
Les semence du prochain prochain cycle de culture sont sélectionnés au moment de la récolte.

Voir la vidéo https://www.youtube.com/watch?time_continue=43&v=7QzGF6olVYA

Une technique ancestrale prometteuse ?
Texte traduit de l’anglais

Source : http://exploringsolutionspast.org/

L’approche occidentale de conservation des forêts tropicales repose souvent sur l’idée que le milieu doit être préservé de la présence humaine. Or, les recherches écologiques et paléobotaniques récentes montrent que les forêts tropicales sont rarement des forêts primaire, au sens où elle n’aurait jamais été modifiée par la présence humaine. Le principal indice d’intervention humaine est la présence dominante de plantes ayant de fortes valeurs d’usages, ce qui fait supposer qu’il s’agit de vestiges de forêts jardinées. Si ces forêts doivent être préservées de l’appropriation et de l’exploitation mercantiles, elles sont aussi la plupart du temps très dépendante d’une interaction raisonnée avec les humains qui savent en prendre soin. Dans le cas de la forêt « maya », une hypothèse de plus en étayée soutient que le peuple maya et la forêt ont évolué ensemble. Cette co-évolution se serait fondée sur une stratégie de gestion des ressources forestière respectueuse des processus naturels permettant la régénération cyclique de la forêt.

Les Mayas auraient ainsi développé une relation intime et mutuellement bénéfique avec la forêt tropicale entre -8.000 et - 4.000 ans. Horticulteurs nomades, ils auraient modifié le paysage pour répondre à leurs besoins de subsistance. Le système agricole que les Mayas développé à cette fin est cycle de la milpa. Ce cycle fonctionne en orientant les cycles naturels pour maximiser la flore et de la faune indigènes utiles aux être humains dans un écosystème artificialisé mais pérenne. Le jardinage de la forêt est ordonné selon un processus cyclique qui crée un paysage en perpétuelle évolution riche en biodiversité, dominé par les arbres mais ou peuvent aussi s’épanouir des plantes annuelles utiles aux humains. Le cycle de la milpa maya crée un champ ouvert à partir d’une forêt à canopée fermée. Une fois défriché, l’espace ainsi créé peut être provisoirement dominé par des cultures annuelles avant d’évoluer en jardin de verger géré, puis de redevenir à une forêt à canopée fermée dans un cycle continu. Contrairement à d’autres systèmes agricoles développés à la même période, les champs-forêts ne sont jamais abandonnés, même lorsqu’ils sont reboisés. On considère le cycle de la milpa maya comme un cycle long (d’une vingtaine d’années) de rotation d’annuelles avec des étapes de plantes vivaces, chacune des phases étant l’objet d’une gestion prudente.

Toute les facette de la culture maya sont profondément liée au milieu, dans une relation qui va bien au-delà de la simple subsistance. La langue Maya montre une connaissance de longue date de l’écologie forestière. Jusque très récemment, les études traditionnelles sur les Mayas ne tenaient pas compte des sources de données multidisciplinaires qui éclairent cette relation. Dans sa synthèse sur l’effondrement de la société, Jared Diamond, par exemple, postule que, dans les basses terres, les interactions des Mayas avec la forêt environnante étaient en grande partie de nature destructrice du fait de la déforestation associée à l’agriculture. Diamond allègue que cette déforestation a mené à l’effondrement de la société maya classique. De telles conclusions sont basées sur une interprétation spéculative, qui exclue les données issues de la biologie, la botanique et de l’agriculture de la région.

Les ethnobotanistes et les agroécologues travaillant avec les Mayas aujourd’hui ont une vision différente des interactions des Mayas avec leur environnement. De nombreuses données étayent l’hypothèse d’une gestion éclairées des ressources forestières, de la flore et de la faune, et attestent des subtilités du savoir écologique maya. Leurs pratiques traditionnelles de jardinage forestier révèlent l’existence d’un modèle de gestion à long terme garantissant la pérennité des ressources naturelles. Nous considérons donc plutôt les Mayas comme des gestionnaires avisés de leur l’espace écologique et non comme ses destructeurs. Ce nouveau paradigme pourrait être une étape essentielle pour comprendre comment préserver ce milieu et d’autres écosystèmes tropicaux aujourd’hui menacés.

Mis en ligne par La vie re-belle
 13/12/2018
 http://lavierebelle.org/?milpa-et-forets-jardins-maya