Sels végétaux traditionnels

Un produit et un savoir-faire à revaloriser

Sels végétaux traditionnels


Un produit et un savoir-faire à revaloriser

La consommation de sels végétaux étaient autrefois commune en Afrique. Ces sels ont presque disparu des tables au profit de sels marins raffinés. Eu égard à l’augmentation des troubles de santé induit par la surconsommation de chlorure de sodium, la valeur des sels traditionnels mérite d’être redécouverte.

Sels végétaux traditionnels Un produit à redécouvrir

De part sa situation géographique, les besoins en sel des anciens Rwandais ne pouvaient être satisfaits par du sel provenant des côtes océaniques. Vers l’orient, il faut parcourir 1100 km, à vol d’oiseau, pour atteindre l’Océan Indien. Vers l’occident, 2000 km séparent le pays des milles collines de la côte atlantique.

Les quelques salines locales ne pouvaient pas non plus suffire aux besoins de la population. Il existait certes un commerce régional du sel provenant des salines de Kibero près du lac Rwicanzige (renommé Albert par l’explorateur Henri-Morton Stanley), et des salines de Katwe au bord du lac Mwitanzige (Alias Edouard), mais cette précieuse matières ne pouvaient être acquise que par des notables.

Salines de Katwe et porteurs de sel (Mission Mecklenburg 1907-1908)

Dans le récit de son exploration de l’Afrique des Grands Lacs intitulé Dans les ténèbres de l’Afrique, et publié en 1890, Henri Morton Stanley décrit le rôle du lac salé de Katwe en ces termes :

« Le sel est ici une marchandise de valeur. La réputation de ce dépôt s’est étendue jusqu’à Kavalli, où j’entendis parler pour la première fois du grand lac salé de « Katto ». Des flottilles de canots chargés de grains comme moyen d’échange viennent du Makara, de l’Oukondjou, de l’Ounyampaka, de l’Ankori et du Rouanda. Des caravanes arrivent de l’Oukondjou oriental, du nord de l’Oussongora, de Toro, de l’Ouhaiyana, pour négocier sel contre millet, vêtement d’écorce, pois, fèves, éleusine, sésame, outils de fer, armes, etc. Les insulaires de l’Albert-Edouard, montés sur leurs pirogues, vont porter leur poisson séché et la précieuse denrée aux riverains de l’ouest et du sud. La possession de Katoué, qui commande les lacs, est un grand sujet de jalousie. D’abord sujette des Ouassongora, elle passa au roi de l’Ankori ; le chef insulaire Kakouri en hérita ; mais Kabba Réga, entendant parler de cette riche proie, dépêcha Roukara pour s’en emparer ».

Circuits du sel (Bernard Lugan et Raphaël Mutombo, « Le sel dans le Rwanda ancien »

Sels végétaux

Pour relever la saveur des préparations culinaires, la plupart des anciens Rwandais utilisaient un sel végétal obtenu par brûlis de différentes plantes sauvages. On appelait « igitazi » les cendres à haute teneur saline de ces plantes. (La cendre commune est, elle, appelée « ivu »). Le sel utilisé en cuisine extrait par distillation du filtrat des cendres de ces herbes était lui appelé « umushangashanga ».

La plupart des plantes salifères poussaient dans les marais et les marécages. Ainsi récoltait-on, lorsqu’il était possible d’y pénétrer en saison sèche les plantes connues au Rwanda sous les noms « umuberanya », « umurago », « igikangaga » et « umufunzo ». Au Burundi, les herbes salifères étaient « umubere », « umurago », « umugonzo » et « urukangaza ».

sel d’Igikangaga

Parmi ces plantes, la plus commune au Rwanda, « l’igikangaga », était la plus employée. Nommée Cyperus latifolia par les botanistes, cette est appelée en Français « Massette à feuille étroite » ou « roseau à massette » en Français , et « Reedmace » en Anglais

Igikangaga (Cyperus latifolia)

Un des procédés pour en extraire le sel était le suivant :

Une fois coupées et réunies en bottes, les plantes d’igikangaga étaient exposées au soleil pour pouvoir les brûler une fois sèches. La cendre était recueillie dans un grand tesson sur lequel on versait de l’eau qui débordant et coulant dans une cruche entraînait quelques particules plus ou moins solubles de cette poussière charbonneuse. Le liquide était alors mis en réserve.

Il était ultérieurement utilisé pour cuisiner. On en en versait une petite quantité à cuire dans les aliments mis dans la marmite.

Quelques familles faisait négoce de cette eau à forte teneur saline. Le degré de salinité du filtrat dépendait non seulement des plantes utilisées pour le réaliser mais aussi de la qualité des sols et peut-être aussi de l’eau utilisée. Chaque plante conférait au sel de ces cendres, une saveur spécifiques, et les gens étaient capables de reconnaître en le goûtant quelle plante était à l’origine du filtrat salin

D’une région à une autre les plantes et les techniques de fabrication privilégiées pouvaient varier.

Régions historiques du Rwanda

sel d’Umurago

Dans la région septentrionale du Busanza frontalière du Burundi, l’umurago était parmi les végétaux utilisés, celui qui possédait la plus forte teneur en sel [6]. De cette herbacée de la famille des cypéracées qui pousse dans les marais, était extrait un sel « umushangashanga » utilisé en cuisine. Un quart de litre du filtrat obtenu à partir des cendres d’umurago permettait d’assaisonner une marmite de haricots pour 5 à 7 personnes, soit 2 à 3 kg de haricots crus.

Umurago (Cyperus dendatus)
En anglais : Dentate umbrella sedge, Toothed flatsedge

À partir de cette plante était également préparé un sel appelé « umubaya » pour le bétail. Dans les régions où les puits salins (amabuga) étaient inconnus mais où l’existence de marécages permettait la pousse de l’« umurago », les gardiens de troupeaux creusaient des abreuvoirs dans des termitières ou en construisaient avec de l’argile et ils les remplissaient d’eau mélangée à ce sel « umubaya » au grand plaisir des bovins

« Gutegura amazi y’imbuga ». Préparation de breuvage d’eau salée pour le bétail premier quart du XXe s., source Rwanda Heritage

Certains lieux, comme le pied de la colline Kigoma, dans la vallée de la Runukangoma étaient réputés produire des herbes à forte teneur saline. Une zone de cette vallée avait pour nom « Mu Ruguhu rwa Ruhungirabenga » : « dans un buisson appartenant à Ruhungirabenga » où poussait une umurago fameuse.

Sa récolte avait lieu en saison sèche, période de l’année où il était possible de pénétrer dans les marais pour les cueillir. L’« umurago » cueillie était étalée au soleil. Une fois totalement sèche, la plante était brûlée sur un sol qui avait été préalablement battu. La cendre obtenue était soigneusement recueillie puis déposée sur un filtre constitué d’un bouchon d’herbes inséré dans le col d’une grande jarre. Sur ces cendres était versé peu à peu un filet d’eau jusqu’à remplir le récipient. La quantité requise pour assaisonner les aliments liquide pouvait dès lors être prélever directement dans la jarre.

Sel d’umuberanya 

Une autre plante utilisée était « l’umuberanya », une herbacée de la famille des typhacées poussant également dans les marais qui peut atteindre trois mètre de hauteur. En Français, cette plante cosmopolite est appelée Massette à larges feuilles, quenouille à larges feuilles, ou roseau des étangs. En Anglais, on l’appelle Bulrush, cattail, broad-leaved cattail, common cattail, great reedmace.

Umuberanya (Typha angustifolia)

Avec l’umuberanya, le procédé de d’extraction du sel était spécifique. sa phase terminale plus élaborée permettait de produire deux variétés de sel : l’« Ingasire » et le « Nyirakibuye ».

Sel « Nyirakibuye »

Le mot « Nyirakibuye » signifie littéralement : « sous forme de pierre »

Comme dans le procédé décrit avec l’umurago, le filtrat de la cendre de plante séchée permettait d’obtenir un liquide à forte teneur saline. Mais cette saumure n’était pas utilisée telle quelle.

La cruche contenant le liquide était posée sur un feu, et la saumure mise à ébullition durant une journée entière jusqu’à évaporation de l’eau. En cristallisant, le sel et adhérait aux parois de la jarre. Une fois l’eau évaporée, soit la cruche se brisait sous l’effet de la chaleur, soit on la brisait intentionnellement. Dans les deux cas, les tessons recouverts de cristaux de sel étaient recueillis et proposés tels quels au consommateur ou à l’acheteur.

Sel « Ingasire »

« Ingasire », signifie littéralement : « en forme de pierre à moudre » (La pierre servant à écraser le grain dans la meule de pierre a également pour nom ingasire.)

Le sel « Ingasire » obtenu à partir de l’umuberanya subissait la même phase préparatoire que le sel « Nyirakibuye ».

La différence dans sa préparation intervenait au moment de la cuisson. On ne laissait pas le liquide s’évaporer jusqu’au bout. On versait le contenu de la cruche, lorsqu’il atteignait la consistance d’une pâte que l’on divisait en boules de la taille d’une pierre à moudre et qu’on laissait sécher au soleil.

Le sel « Ingasire » pouvait également être extrait des cendres de papyrus « urufunzo ». En Anglais : Papyrus, Egyptian paper plant, paper reed

Sel d’amarebe

Ces herbes de marais utilisées n’étaient pas les seuls végétaux employés pour la fabrication de sel, c’est ainsi que dans certaines régions l’on mélangeait des feuilles séchées de bananier à de l’« amarebe », herbacée aquatique de la famille des Nymphéacées, dont les larges feuilles flottent à la surface de l’eau dans les zones humides. Ces deux matières végétales étaient brûlées ensembles. La cendre obtenue était brassée avec de l’eau contenue dans une auge « Umuvure » en bois, qu’on laissait s’évaporer comme dans le procédé décrit précédemment.

Au Burundi un sel végétal était fabriqué avec seulement de l’amarebe, appelé en Français « Nénuphar » ou « Lotus », et en Anglais « Water lilies ».

« Amarebe » (Nymphea sp.)

Sel végétaux du Kenya

Au Kenya ou le sel traditionnel est appelé, lye, uvusaaru, mfume en swahili, Musherekha dans la communauté luhya..., les sels à base végétale s’obtenaient à partir de toutes sortes de plantes locales, surtout les cosses de haricots, les restes de maïs, les feuilles de papayes, les feuilles et les tiges de papyrus…

Aujourd’hui ces sels traditionnels commencent à être de nouveaux fabriqués. Les procédés de fabrications sont à peu près similaires à ceux décrit jusqu’ici : les plantes sont récoltées alors qu’elles sont encore vertes. Une fois cueillies, elles sont brûlées et les cendres sont recueillies et conservées dans un grand récipient. Elles sont ensuite mélangées à de l’eau de pluie dans des récipients plus petits et filtrés plusieurs fois grâce à de fins tissus propres pour éliminer les impuretés.

Le liquide filtré est ensuite stocké dans de grands pots ou dans des bouteilles ou chauffé à haute température dans des casseroles jusqu’à évaporation de l’eau pour recueillir au fond les cristaux de sel.

Le produit final commercialisé est soit un sel liquide soit des cristaux de sel.

Pots remplis de sel de cendres végétales « Musherekha » et récipient d’argile traditionnel « Lusherekho » servant filtre.

Dans la communauté luhya, le sel végétal traditionnel « Musherekha » est fabriqué à partir de cendres d’épis de maïs secs, de cosses de haricots ou de pelures de banane.

Pour le réaliser on prend une feuille de bananier ou une feuilles de citrouille, qu’on perfore à l’aide d’un cure-dent et qu’on place sur le pot d’argile traditionnel « Lusherekho » servant de receptacle. après avoir déposé la cendre végétale on verse très lentement un filet d’eau sur la cendre. Le filtrat récupéré est utilisé pour cuire et attendrir les aliments, améliorer le goût et préserver la couleur verte des légumes. Les légumes cuits dans le musherekha sont réputés se conserver plus longtemps sans se gâter. Musherekha est également utilisé pour soulager les brûlures d’estomac.

Pour promouvoir ces sels, les gardiens de l’art de préparer les sels végétaux informent que leurs sels peuvent être utilisés :

- comme un sel de cuisine relevant la saveur des aliments ;

- pour attendrir les légumes ;

- comme complément alimentaire car ces sels ont une forte teneur en minéraux variés, notamment en calcium, minéral réputé renforcer les os.

- comme succédané du bicarbonate de sodium dans la préparation de pain ou de gâteaux ;

- comme lessive antiseptique pour laver les vêtements ;

- pour adoucir l’eau calcaire ;

- comme agent de conservation, sous sa forme liquide ;

- comme substance insectifuge (les cristaux peuvent être mélangés avec des céréales pour les protéger des insectes) ;

- pour l’hygiène buccale sous sa forme liquide

- comme savon une fois mélangé à des graisses animales.

- pour conserver les peaux animales.

- comme substance médicinale. Ingéré en petites quantités, le liquides, il soignerait la constipation et neutraliserait les acidité de l’estomac.

Des Kényans âgés affirment qu’en utilisant le dans la cuisine journalière, les gens vivent plus longtemps grâce à ses propriétés thérapeutiques. Le dicton qui énonce « kula chumvi nyingi » : « manger beaucoup de sel », signifie métaphoriquement « vivre plus longtemps ».

Un article paru dans le quotidien kényan en 2013 The Standart déplorait la disparition de l’art de préparer les sels traditionnels et vante les vertus de leur consommation :

Les sels traditionnels disparaissent des cuisines africaines

Par Juma Kwayera Nairobi, Kenya

La prochaine fois que l’on vous dira que quelqu’un a « mangé beaucoup de sel », gardez à l’esprit que c’est une métaphore des pouvoir des sels locaux de procurer une vie saine.

Le professeur Ward Mavura de l’Université d’agriculture et de technologie Jomo Kenyatta, qui a mené de nombreuses recherches sur la valeur culturelle, nutritionnelle et commerciale des sels indigènes à base de plantes, affirme que les connaissances indigènes utilisées dans la fabrication des sels risquent de disparaître.

« Le sel (mfume) a une faible teneur en sodium, mais plus de potassium. Le sel de roseaux est recommandé pour les personnes hypertendues. Le sel indigène fabriqué au Kenya et en Ouganda - en général par les habitants du bassin du lac Victoria - est meilleur que les sels raffinés hyposodés (lona) », explique le professeur Mavura, qui dirige le campus de JKUAT à Arusha en Tanzanie.

Les écosystèmes dans lesquels les espèces de graminées dont les sels sont extraits dans la plupart des régions de l’ouest du Kenya sont en voie de disparition à mesure que la demande de terres pour l’agriculture commerciale et la colonisation augmentent.

La disparition des zones humides n’affecte pas seulement les régimes fluviaux ; elle génère un recul de la transmission des connaissances locales uniquement maintenues par l’expérience pratique.

Connus sous le nom de munyu-mfume ou esalu chez les Luhyia, kat kamsingli parmi les Luo ou omusaala en luganda, les sels végétaux fabriqués avec des variétés spécifique de roseaux poussant dans les zones humides ou les lagons, ont pratiquement perdu leur valeur culturelle au sein des communautés qui croyaient que le sel de roseau permettait à chacun de vivre plus longtemps, d’où le dicton kula chumvi nyingi (manger beaucoup de sel), signifiant métaphoriquement « vivre plus longtemps ».

Mama Kamilita Achieng, qui fabrique et vend du munyu mfume (le sel traditionnel), affirme que les connaissances utilisées pour fabriquer le sel ne sont plus transmises à la jeune génération. Selon Mme Achieng, les écosystèmes dans lesquels les roseaux servant à faire pousser les sels poussent cèdent la place à la canne à sucre, qui domine l’agriculture commerciale dans l’ouest du Kenya. Ses préoccupations soulignent l’impact de la destruction de l’environnement sur la culture locale.

Elle dit que les meilleurs sels indigènes sont fabriqués à partir d’omuverenyi (Typha latifolia), de mukongolo (Brachystegia bussei) et de nénuphar. Ce sont des plantes indigènes rares qui disparaissent rapidement.

Parmi les trois espèces, typha latifolia (quenouilles ou Massette à larges feuilles) prospérant dans les marais de la rivière Sio, de la rivière Nzoia, de la rivière Lusumu et de la rivière Yala, est l’ingrédient le plus répandu.

Les nutritionnistes considèrent le potassium, le troisième minéral le plus abondant dans le corps humain, comme un « gardien de la santé » du corps humain. Des publications médicales indiquent que ce minéral, qui est un électrolyte, joue en outre une rôle important dan le maintien en parfait état de fonctionnement. du cœur, du cerveau, des reins, des tissus musculaires et d’autres organes importants du corps humain

Le biochimiste John Ouma, conférencier à l’Université Egerton, attribue la plus grande fréquence de l’hypertension artérielle dans l’ouest du Kenya à la diminution de la consommation de sel indigène.

« La composition des sels indigènes présente un équilibre naturel en nutriments bénéfiques pour le corps. Le sucre industriel raffiné a tendance à optimiser un composant particulier, dans ce cas le chlorure de sodium, en éliminant les autres sels.

Dans le cas des sels indigènes, le taux d’absorption est progressif par rapport aux sels raffinés dans lesquels l’absorption est rapide, ce qui déclenche des palpitations cardiaques plus rapides », explique le professeur Ouma.

L’explication de l’expert met en lumière les perceptions culturelles locales selon lesquelles le sel est utilisé pour soulager les convulsions chez une personne ensorcelée. Culturellement, ces condiments étaient consommés lors de réunions après une journée de travail, car ils étaient perçus comme un symbole d’unité ou pour éloigner le mauvaise sort. Les consommateurs ignoraient tout de la valeur nutritionnelle et sanitaire de ces sels.

Achieng indique que mfume est utilisé pour traiter les furoncles, qui seraient transmises par des esprits maléfiques. « le sel est bien plus qu’un condiment des aliments ou un attendrisseur des viandes et des poissons fumés. Certaines personnes l’utilisent pour des raisons religieuses ou superstitieuses. Ils croient que cela les protège contre la sorcellerie. Cependant, les croyances tombent en désuétude au fur et à mesure que les gens commencent à comprendre la valeur nutritionnelle de ces sels », explique Achieng’, qui fournit le sel dans les villes de Busia et Kakamega.

Aliments et sels traditionnels sont-ils le secret d’une longue vie ?

Ces dernières années, les habitants du comté de Busia, dans l’ouest du Kenya, ont été témoins de l’apparition d’un certain nombre de maladies associées au régime alimentaire et au mode de vie. La raison en est probablement liée au fait que les jeunes de cette région, comme d’autres régions du pays, en sont venus à considérer la nourriture traditionnelle comme indésirable. Les aliments traditionnels ont toutefois de nombreuses qualités bénéfiques et, en abandonnant leur consommation pour se tourner vers des aliments importés hautement transformés, le régime alimentaire des gens passe de sain à insalubre. Pendant ce temps, beaucoup de ces espèces alimentaires traditionnelles sont en train de disparaître.

Matilda Oloo est l’une des femmes les plus âgées du sous-comté de Matayos, mais pour elle, l’âge n’est qu’un chiffre. Elle est forte et en bonne santé malgré ses 90 ans. Son mari, Jacob Ochiel, six ans plus âgé qu’elle, est également en bonne santé. Selon Mathilde, elle n’est pas entrée dans un hôpital depuis sa naissance et Jacob n’est pas allé à l’hôpital depuis leur mariage. Ils croient que la clé de leur santé durable est la nourriture traditionnelle qu’ils mangent. Mathilde et Jacob sont assez forts pour cultiver leurs propres terres et partagent la responsabilité de produire les aliments qu’ils mangent. Matilda cultive des variétés de tomates locales et des patates douces, tandis que Jacob cultive du manioc, du maïs, du sorgho et du mil. Le couple cultive également des herbes traditionnelles, telles que l’okata, l’aloe vera et le nasunya.

Matilda, 90 ans, dans son potager toujours vert même en saison sèche

Pour Jacob Ochiel, 96 ans, le secret de sa santé est dans sa nourriture : « Je suis heureux que ma femme utilise encore les aliments et la culture locaux. Elle prend bien soin de moi. C’est la raison pour laquelle je suis toujours en vie, en bonne santé et fort aujourd’hui. Mon seul problème de santé, c’est ma vue qui baisse à cause de l’âge. »

Le sel et la graisse produits à la ferme sont utilisés avec modération. L’huile de cuisson est extraite de la crème de lait fermentée, tandis que le sel « musherekha » est fabriqué à partir de feuilles de haricot. Le couple prend un thé sans sucre accompagné de patates douces ou de manioc. Les produits du potager suffisent à nourrir le ménage Ochiel toute l’année. Mathilde se rend au marché uniquement pour saluer ses amis et arrière-petits-enfants. Les aliments traditionnels sont-ils la réponse à la longévité ?

Traditional lye (musherekha)

Autres sources traditionnelles de sels

Dans leur article « Le sel dans le Rwanda ancien », Raphaël Mutombo et Bernard Lugan signalent qu’exi d’autres sources de sel au Rwanda

Boues salines

Au Bugesera, à Rango très exactement existait un petit marais où des remontées de sel mélangé à la boue de saison sèche donnaient lieu à une activité purement locale. Cette boue était lavée, grossièrement filtrée puis pétrie en blocs de la taille d’un poing. En Kinyarwanda, ces lieux d’extraction avaient pour nom « ijombo ». Le sel qui y était produit avait une valeur élevée et n’était consommé que par les notables.

Puits salins (amabuga)

Dans tout le Rwanda, mais surtout dans les zones basses de l’Est, traditionnellement savanes de parcours pour les troupeaux de bovins, existaient des puits salins. Les plus grandes concentrations pouvaient être observées au Mayaga : Rwintama, Cyunyu, Rwintashya, Rumara-matsiko, dans le Bugesera, le Buganza, le Mutara1. À intervalles réguliers, les troupeaux étaient conduits vers ces puits. Dans le Mutara des pistes de bétail convergeant vers un puits « amabuga » pouvaient être suivies sur des kilomètres de terre à ce point cuite par les pas des animaux qu’aucune graminée ne poussait plus.

Sel « gikurukuru »

Dans les régions où n’existaient ni marais, ni puits salins, ni boues salines, un procédé tout à fait particulier permettait d’obtenir un sel vraiment grossier que l’on donnait en principe au bétail mais qui pouvait être utilisé pour la cuisine à défaut de sel de qualité supérieure »

« On mettait des herbes au-dessous d’« Ishyiga » pierres les trois pierres de foyer servant de support à la cruche mise au feu pour la cuisson des aliments. où l’on avait fait des trous. Quand les vaches pissaient, l’urine s’infiltrait dans ces trous en coulant à travers ces paquets d’herbes. On faisait normalement du feu à l’emplacement du foyer, puis le moment venu, on retirait les herbes. Celles-ci étaient devenues aussi dures que des pierres car elles étaient mêlées à de la boue durcie à la chaleur. On donnait ces pierres à lécher aux vaches où alors on les diluait dans nos aliments ». Kareheya. Le terme « gikurukuru » ou « gikukuru » (selon les régions) était utilisé pour désigner le sel importé sous forme de blocs et essentiellement commercialisé dans le nord du Rwanda.

Sels de cendres volcaniques

« Quelques années après l’éruption de Ntsuro (déc. 1911 à janv. 1912) quand les indigènes purent sans danger approcher du foyer volcanique, ils se mirent à recueillir du sel mélangé à de fortes proportions de terre et de sable volcanique. Les habitants des villages voisins passent la plus grande partie de leur temps à recueillir l’indispensable substance.
Pour débarrasser le sel de ses impuretés, les gens le mettaient à fondre dans de grandes auges en bois « imizinge » ou « imuvure » remplies d’eau. Le liquide est ensuite retiré pour être exposé au soleil dans d’autres barquettes. Certains sauniers habiles faisaient bouillir l’eau jusqu’à évaporation complète.
Les marchés qui se tenaient au nord du Kivu étaient approvisionnés de ce sel qui se vendait, malgré son infériorité, aussi cher que celui de Gottorp. Il est moins blanc, renferme des impuretés et reste toujours humide ».

Sources :

CHRÉTIEN, Jean-Pierre 1988, « Ethnologie et économie : les productions de l’Afrique des Grands Lacs dans le miroir de la colonisation allemande », Journal des Africanistes, Volume 58, N° 1, p. 51-73.

MUTOMBO Raphaël et LUGAN Bernard , Le sel dans le Rwanda ancien, Les cahiers d’outre-mer

Laboratoire de traditions orales du Centre de Civilisation Burundaise (1979), Technologie et économie du sel végétal dans l’ancien Burundi. Communication faite au colloque international sur La civilisation ancienne des peuples des Grands Lacs ». Bujumbura, septembre 1979, 9 p. dactylographiées.

NYAGAHENE (A.) (1979). — Les activités économiques et commerciales du
Kinyaga dans la seconde partie du XIXe siècle. Butaré : Université Nationale du
Rwanda, 175 p. dactylographiées (Mémoire de Licence en Histoire).

PAGES Albert (Père), 1928, « La flore domestique du Ruanda. Les plantes alimentaires, la botanique considérées par rapport aux arts et usages domestiques, Bulletin agricole du Congo belge,

RWICANINYONI E., 1979, La région de Busanza. Essai d’étude sociohistorique.
Butaré : Université Nationale du Rwanda, 150 p. dactylographiées
(Mémoire de Licence en Histoire).

SUTTON Inez, Salt in Kenya : A Survey of Littterature, Journal of Eastern African Research & Development, Vol. 24 (1994), pp. 163-182

Documents en ligne :

Victor Wasike & Aurillia Manjella Posted 07/19/2017 : Traditional Foods : The Secret to Long Life : http://www.b4fn.org/from-the-field/stories/traditional-foods-the-secret-to-long-life/

Juma Kwayera, 30th Mar 2013 : The indigenous salts are disappearing from traditional African kitchens : https://www.standardmedia.co.ke/article/2000080421/indigenous-salt-disappears-from-dining-tables

Traditional and healthy foods, Kenya : 20 février 2018 · Nairobi, Kenya : https://web.facebook.com/THFKe/posts/traditional-tenderiser-musherekhamunyutraditional-tenderizer-famously-known-as-m/1697315440357840/?_rdc=1&_rdr

Mis en ligne par La vie re-belle
 17/04/2019
 http://lavierebelle.org/?sels-vegetaux-traditionnels