Fonction des fièvres

Le corps humain maintient normalement sa température interne entre 36 °C et 37,2 °C. On parle de fièvre lorsque cette température dépasse 38 °C.

Doit-on chercher à réduire les fièvres ? Que faire lorsqu’elles affectent les enfants ou les adultes ? Après avoir exposé le mécanisme et les fonctions des fièvres, nous poserons dans une série de trois articles la question de la possibilité d’accompagner la fièvre et la convalescence par la phytothérapie et passerons en revue les plantes réputées dotées de propriétés utiles en cas de fièvre.

Ce premier article décrit le mécanisme et les fonctions des fièvres.

Fonction des fièvres

Température moyenne du corps humain

Sur la base de relevés concernant 25 000 malades et d’un million de mesures, Karl August Wunderlich énonça en 1868 que la température normale du corps humain se situe entre 37 et 37,5 °C5. Depuis ces travaux la communauté médicale a considéré que la température de 37°C. était un point d’équilibre physiologique pour le corps humain et que 38 °C pouvait être considéré comme le seuil à partir duquel on pouvait parler de fièvre.

Mais, comme le notait déjà le médecin allemand, ce repère de 37 °C n’est qu’une valeur moyenne. La température corporelle varie dans le temps, en fonction des individus, et des sexes.

Evolution de la température corporelle au cours du cycle menstruel

Depuis le 1er jour des menstruations et pendant environ 2 semaines - le cycle diffère selon les femmes - la température est inférieure à 37°C et varie peu ; elle se situe entre 36,1 °C et 36,7 °C. Cette phase est celle de la maturation de l’ovule ; on l’appelle aussi la phase folliculaire.
Juste avant l’ovulation, la température chute : elle est au point le plus bas du cycle.
Après l’ovulation et jusqu’au dernier jour du cycle ovarien qu’on appelle "phase lutéale" qui est caractérisée par la présence de la progestérone, la température augmente de quelques dixièmes de degré, soit au-dessus de 37 °C et reste plus élevée pendant 4-5 jours. Après ce plateau de quelques jours, la température redescend progressivement à sa valeur « standard » jusqu’aux prochaines menstruations (qui est différente pour chaque femme.)

Evolution de la température corporelle au cours de la journée

La température varie également au cours de la journée de +1 ou −1 °C ; elle est au plus bas environ 3 heures avant le lever et au plus haut en fin d’après-midi vers 18 h. Pour pouvoir s’endormir, la température de notre corps doit perdre entre 1 et 1,5° C. Deux fois par jour, la température interne du corps baisse et c’est donc durant ces phases que la capacité à dormir est optimale. Ces phases se situent généralement vers 14 heures (heure de la sieste) ou le soir après 22 heures.

La méridienne Jean-François Millet (1866)

Evolution de la température corporelle dans la « longue durée »

Des scientifiques de l’école de médecine de l’université de Stanford, aux États-Unis ont constaté une baisse de la température corporelle moyenne continuellement de 0,03 °C par décennie entre 1862 et 2017. En se basant sur plus de 600 000 mesures de températures relevées au cours de cette période, il leur est apparu que la température moyenne des Etasuniens était passée d’environ 37°C à environ 36,5 °C. Cette évolution pourrait être liée à l’évolution de l’environnement, de la température des habitations, des interactions avec les micro-organismes ou encore du régime alimentaire.

Autorégulation de la température du corps

Les scientifique considèrent que la température corporelle est principalement régulée par une zone cérébrale située dans l’hypothalamus. Ce centre thermorégulateur reçoit des informations des thermorécepteurs cutanés et centraux.

Chez l’humain, certains organes sont les usines à chaleur de l’organisme. Il s’agit du foie, du cerveau, des muscles (dont le cœur) et des glandes endocrines qui fabriquent les hormones. Pour fonctionner, les cellules ont besoin d’énergie, apportée par une molécule appelée ATP. Pendant les réactions chimiques, l’ATP est dégradée, ce qui fournit de la chaleur, que l’on mesure en kilojoules.

Lorsque la température du corps est supérieure à sa valeur habituelle, l’hypothalamus provoque le phénomène de transpiration. L’évaporation de la sueur provoque un abaissement de la température de la peau. Dans le même temps, les artérioles cutanées se dilatent afin de favoriser les échanges de chaleur avec l’extérieur.

Lorsque la température du corps est inférieure à sa valeur standard, l’hypothalamus active plusieurs mécanismes de thermogenèse.

• Il tente de réduire la déperdition de chaleur à la surface du corps par la vasoconstriction cutanée via le système nerveux sympathique pour diminuer les échanges thermiques entre la peau et le milieu ambiant. La chair de poule est également un mécanisme de thermogenèse, mais qui est peu efficace chez l’humain en raison de sa faible pilosité.

• Il tente aussi d’augmenter la production de chaleur de manière mécanique par les frissons et en stimulant le métabolisme. Les catécholamines libérées par le système nerveux sympathique augmentent le métabolisme qui induit une production de chaleur par lipolyse (qui conduit à la libération d’acides gras) et par glycogénolyse (qui produit du glucose).

Origine des fièvres

La plupart du temps, l’augmentation de la température du corps au-delà de la fourchette standard est provoquée par une infection virale, bactérienne ou parasitaire. Pour faire face à cette agression, le point d’équilibre thermique du corps est déplacé vers le haut.

La fièvre peut aussi être causée par d’autres maladies inflammatoires, tumorales, ou par une hyperthyroïdie.

L’augmentation de la température du corps peut aussi être due à une accumulation de chaleur d’origine exogène, un coup de chaleur lorsque l’organisme réagit par une hyperthermie à une longue exposition à la chaleur ou endogène après des efforts prolongés notamment dans un environnement chaud et/ou humide. Dans ces cas, les médecins parlent d’hyperthermie et non de fièvre

La fièvre - Mats Eriksson

Signal d’alarme et mécanisme de défense

La fièvre est un signal d’alarme. Pour celui qui l’éprouve, elle informe d’un changement de l’homéostasie interne en général qui est généralement lié à une infection. Il est donc important de consulter pour en identifier l’origine. Consulter est d’autant plus important en cas de fièvre du jeune enfant, ou de personnes affaiblies par le grand âge par exemple.

La fièvre est aussi un mécanisme de défense de notre corps. Elle est une réaction immunitaire de l’organisme dont la fonction est de retarder la prolifération des bactéries et des virus et d’augmenter la production de globules blancs. A température élevée, les réactions de défense sont accélérées. Le fer et le zinc sont séquestrés par le foie et sont donc moins disponibles pour les bactéries, qui en ont besoin pour se multiplier. Il ne faut donc pas nécessairement chercher à systématiquement la réduire au moyen d’anti-inflammatoires.

Un malentendu sur la fièvre considérée à tort comme une maladie

La fièvre est un motif de consultation très fréquent en médecine générale. Une prescription fréquente est alors d’utilisation de l’aspirine, du métamizole, du paracétamol ou un autre médicament antipyrétique. Or, si ces médicaments peuvent soulager des maux de tête, ou faire baisser une fièvre, ils ne guérissent jamais guérir la maladie manifestée par ses symptômes.

La fièvre n’est pas une maladie, elle indique qu’une perturbation est en cours dans notre corps, et que celui-ci à commencé à apporter une réponse pour la contenir et l’enrayer. Nous devons prendre la fièvre comme un signal qui nous invite à chercher la cause et à nous reposer. Les médecins de l’association Anamed la compare à un voyant rouge sur le tableau de bord d’un camion, qui nous signale que le moteur a un problème. « Le chauffeur, qui prendrait alors un marteau pour casser ce voyant, conserverait-il encore longtemps son véhicule ? Certainement pas, or cet exemple reflète exactement l’habitude d’avaler régulièrement de l’aspirine et d’autres médicaments ! »

« Ce symptôme est redouté plus que de raison », explique le docteur Guillaume Baruc dans l’article« Fièvre : quand faut-il faire baisser la température ? » :

« Il existe une véritable phobie irrationnelle de la fièvre qui s’est installée dans nos sociétés, y compris au sein du corps médical il faut bien l’avouer. Depuis la nuit des temps, l’homme a cherché des moyens naturels ou médicamenteux pour faire tomber la fièvre, voyant ce réchauffement corporel comme potentiellement néfaste.

Pourtant, les connaissances scientifiques actuelles n’apportent pas de preuve qu’il conviendrait de faire baisser la fièvre à tous prix pour guérir plus vite. Au contraire, différentes études laissent penser qu’il vaut mieux respecter la fièvre le plus possible (jusqu’à un certain degré, selon l’âge et l’état général du patient*).

Les connaissances actuelles nous permettent aujourd’hui d’affirmer que la croyance largement répandue selon laquelle la fièvre serait néfaste est erronée : les preuves s’accumulent pour dire que la fièvre est un important mécanisme de défense qui contribue à la résistance de l’organisme contre les infections.
[...]
La fièvre n’est pas un incendie qu’il faudrait éteindre par tous les moyens dès qu’il se déclare. Il s’agit davantage d’une augmentation de température bénéfique, qu’il convient néanmoins de surveiller attentivement. La fièvre est le plus souvent une réaction physiologique déclenchée par notre thermostat central, l’hypothalamus, en réaction à des substances (les cytokines) sécrétées par nos cellules immunitaires (lymphocytes, macrophages) quand elles rencontrent un agresseur microbien.

La fièvre est bénéfique car elle réduit la prolifération des virus et des bactéries. Elle permet aux réactions immunitaires de mieux s’effectuer en augmentant la vitesse des réactions chimiques, en augmentant la production d’anticorps, de polynucléaires neutrophiles et de lymphocytes, et en accélérant la fréquence cardiaque qui permet aux globules blancs de mieux circuler et d’atteindre plus rapidement leurs cibles. »

Ce constat est partagé par l’équipe scientifique de l’association Anamed :

Nous savons aujourd’hui que la fièvre est, non seulement un bon indicateur, un bon signe de notre état de santé, mais aussi un instrument nécessaire pour « brûler » tous les microbes et pour évacuer leurs déchets de notre corps. Or, comment voulez-vous brûler vos déchets si quelqu’un d’autre éteint toujours le feu en vous ? Vous détruisez ainsi votre corps (surtout l’estomac), si vous avalez les comprimés pour faire baisser la fièvre dès que la malaria, les rhumatismes etc. vous attaquent.

En dessous de 38,5°C chez les enfants et de 39°C chez les adultes, il ne faut pas faire baisser la fièvre chimiquement. Au contraire, si la température est basse, nous conseillons de l’augmenter à l’aide de tisanes chaudes (de goyavier, d’eucalyptus, de citronnelle), pour aussi augmenter la production de sueur et ainsi la purification : la sueur élimine plus de saletés que l’urine ! Si la température augmente trop, on peut l’abaisser en mettant des serviettes mouillées sur le corps. Libérez le malade des vêtements qui l´empêchent de dégager de la chaleur, surtout les vêtements en fibre synthétique, acrylique etc. !)

Source : Dr. Hans-Martin Hirt et Bindanda M’Pia, La médecine naturelle tropicale. Livre de poche pratique pour les médecins, tradi-praticiens et infirmiers, 7e édition, Anamed, Juin 2012

Ainsi, le système de défense naturel du corps humain est activé chaque fois que l’organisme trouve un agent infectieux. Son activation se traduit par une augmentation de la température du corps, pour créer un environnement défavorable à la survie de cet agent infectieux.

Sa présence ou la dégradation de tissus qu’il induit déclenche une cascade de signaux : la production accrue de cytokines médiatrices pro-inflammatoires favorisent la formation de la prostaglandine près de la zone peptique de l’hypothalamus et la prostaglandine agit à son tour sur l’hypothalamus pour élever la température corporelle.

Innocuité et gravité de la fièvre

En général, au-dessous de 40°C, la fièvre ne menace pas une personne jeune en bonne santé.

En revanche, une telle fièvre peut être délétère pour des personnes plus fragiles.

Il est ainsi impératif de prendre un avis médical sans attendre, en cas de fièvre dépassant 38°C. lorsqu’elles affectent :

• les jeunes enfants de moins de deux ans ; .

• les personnes âgées qui se déshydratent très vite ;

• les femmes enceintes ;

• les patients souffrant de maladie chronique (diabète, troubles cardiaques ou respiratoires) ;

• les personnes sous médicaments immunosuppresseurs, après une greffe, par exemple.

Fièvre chez l’enfant

Morning light - Adebanji Alade

Durant ses huit premières semaines de vie, l’immaturité thermique du bébé est totale. Après deux mois, le bébé devient moins fragile mais toujours immature d’un point de vue physiologique, ce n’est que vers 18 mois / 2 ans, que le jeune enfant saura véritablement réguler sa température naturellement.

Christophe Bernard rappelle qu’en France, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament énonce qu’il n’est pas nécessaire de traiter systématiquement la fièvre, surtout si elle est bien supportée par l’enfant. L’hôpital et le centre de recherche pour les enfants de Seattle aux Etats-Unis précise qu’une fièvre normale comprise entre 37.8°C et 40°C peut être bénéfique pour un enfant malade.

Mais, l’innocuité ou non de la fièvre n’est pas une simple affaire de mesure, ce qui est encore plus important, est la manière dont l’enfant réagit à la fièvre. Si l’enfant est léthargique ou à l’inverse très agité, doit être perçu comme un signal alarmant et conduire à consulter très rapidement un médecin.

Pour Aviva Romm, médecin et phytothérapeute américaine, qui travaille beaucoup avec les enfants, insiste sur le fait qu’il faut consulter un médecin dans les situations suivantes :

• lorsque le bébé a moins de 1 mois ,la fièvre peut être une urgence médicale ;
• Lors de toute forte fièvre chez le bébé de moins de 3 mois ;
• lorsque l’enfant ne veut pas boire, n’urine pas d’une manière normale, ou ne se comporte pas normalement ;
• lorsque l’enfant se plaint d’un mal de cou ou d’un cou raide, d’un mal de tête aigu, ou souffre de vomissements persistants ;
• lorsque l’enfant souffre de douleurs aiguës au ventre ou à l’oreille ;
• lorsque l’enfant est léthargique ou n’arrive pas à se réveiller complètement, semble faible, et n’établit pas de contact visuel direct ;
• Lorsque la fièvre reste élevée pendant plus de 3 à 5 jours ;

Risques liés à la volonté de réduire à tout prix la fièvre

Dans l’article déjà cité, « Fièvre : quand faut-il faire Baisser la Température ? », le docteur Guillaume Baruc mentionne une série d’étude montrant le risque qu’il y a vouloir réduire absolument les fièvres :

Fièvre en cas de rhume

Stanley ED et al, 1975] ont montré que le rhinovirus en cause dans le rhume ou rhinite est plus agressif quand la température baisse dans les fosses nasales, du fait d’une moindre efficacité des défenses. Les adultes infectés par le rhinovirus et traités par aspirine avaient plus d’excrétion virale que ceux qui prenaient un placebo : même si elle soulage certains symptômes, l’aspirine était soupçonnée par les auteurs de l’étude d’aggraver le rhume des malades et d’augmenter le risque de transmission à d’autres personnes.

Graham MH, 1990 ont également montré une plus longue excrétion de rhinovirus après la prise de paracétamol ou d’aspirine, associée à la suppression de la réponse immunitaire médiée par les anticorps neutralisants.

Foxman EF a confirmé ces découvertes en 2015 en montrant que chez la souris les fosses nasales déclenchent une réponse immunitaire moins efficace à une température basse par rapport à la température corporelle.

Fièvre en cas de varicelle

Doran TF, 1989 a montré que le paracétamol n’était pas efficace sur les symptômes d’une varicelle chez l’enfant, il pouvait même prolonger la maladie.

Fièvre en cas de grippe
Husseini RH, 1982 ont constaté que chez des furets contaminés par un virus de la grippe A-H3N2 qui peut contaminer l’homme, la suppression de la fièvre entraînait une excrétion supérieure de virus par le nez et que la charge virale diminuait plus lentement.

Plaisance KI et al. 2000 ont suggéré que l’administration d’aspirine ou de paracétamol sur une grippe A prolongeait la durée de l’infection chez l’homme

Une méta-analyse des études existantes effectuée en 2010 par S. Eyers et al. a montré une augmentation de mortalité chez l’animal liée à la grippe en cas d’usage d’antipyrétiques (paracétamol, aspirine ou diclofénac).

En 2014, David J.D. Earn et al. ont montré que réduire la fièvre pouvait augmenter la transmission des infections, et entraîner une proportion plus importante de la population infectée, et par là-même de plus fortes morbidité et mortalité par rapport à une population qui ne serait pas traitée par des médicaments contre la fièvre. La plus forte propagation du virus s’explique d’une part par le fait que les médicaments contre la fièvre peuvent augmenter le portage des virus chez les malades, et d’autre part par le fait que que ceux-ci se sentant mieux sous l’effet de leur traitement symptomatique ont plus tendance à sortir, à travailler ou à interagir avec les autres, et donc… à les contaminer.

Fièvre et urgences vitales

Bryant et al 1971, puis Hasday JD 2000 , ont montré que même pour des patients dans un état grave, faire baisser la fièvre de manière trop agressive pouvait augmenter la morbidité et la mortalité, et que la fièvre pouvait avoir un effet protecteur dans différentes situations critiques, que ce soit au cours d’une septicémie ou en cas de traumatisme grave à l’exception des traumatismes cérébraux (Schulman CI et al.2005).

Une revue de la littérature effectuée par Zhang Z et al en 2015 indique que des patients infectés peuvent bénéficier d’une élévation de leur température corporelle et qu’un traitement agressif contre la fièvre dans les unités de soins intensifs n’est pas associé à une réduction de la mortalité.

Les auteurs avertissent néanmoins que la fièvre peut être délétère dans différentes situations comme le choc septique, les lésions cérébrales, les troubles neuropsychiatriques ou les insuffisances cardio-respiratoires.

Le docteur Guillaume Baruc conclut la revue de ces études en écrivant :

« Au même titre qu’on sait que la surconsommation d’antibiotiques peut entraîner des résistances bactériennes, ces études suggèrent que de trop larges prescriptions d’antipyrétiques sont susceptibles d’augmenter l’ampleur et la durée des épidémies. Ces données incitent à rationaliser les prescriptions d’antipyrétiques, ce qui est d’autant plus compliqué que la plupart des traitements symptomatiques de première intention contre la douleur font aussi diminuer la fièvre.

Il s’agit avant tout d’utiliser les médicaments antipyrétiques à bon escient en gardant en tête la devise d’Hippocrate : Primum non nocere (d’abord ne pas nuire). »

Accompagnement phytothérapeutique des fièvres

De nombreuses études montrent les conséquences néfastes de vouloir “éteindre” la fièvre. Prendre soin de la personne fiévreuse, consistera donc, nom à faire disparaître ce symptôme mais à accompagner le processus d’autoguérison du corps en stimulant la réponse immunitaire et maximisant le confort de la personne pendant ce processus.

Avant de voir quelle pourrait être les modalités d’accompagnement de la fièvre, nous citerons quelques études recensées par le docteur Guillaume Baruc montrant le risque qu’il y a vouloir réduire absolument les fièvres :

Fièvre en cas de rhume

Stanley ED et al, 1975] ont montré que le rhinovirus en cause dans le rhume ou rhinite est plus agressif quand la température baisse dans les fosses nasales, du fait d’une moindre efficacité des défenses. Les adultes infectés par le rhinovirus et traités par aspirine avaient plus d’excrétion virale que ceux qui prenaient un placebo : même si elle soulage certains symptômes, l’aspirine était soupçonnée par les auteurs de l’étude d’aggraver le rhume des malades et d’augmenter le risque de transmission à d’autres personnes.

Graham MH, 1990 ont également montré une plus longue excrétion de rhinovirus après la prise de paracétamol ou d’aspirine, associée à la suppression de la réponse immunitaire médiée par les anticorps neutralisants.

Foxman EF a confirmé ces découvertes en 2015 en montrant que chez la souris les fosses nasales déclenchent une réponse immunitaire moins efficace à une température basse par rapport à la température corporelle.

Fièvre en cas de varicelle

Doran TF, 1989 a montré que le paracétamol n’était pas efficace sur les symptômes d’une varicelle chez l’enfant, il pouvait même prolonger la maladie.

Fièvre en cas de grippe

Husseini RH, 1982 ont constaté que chez des furets contaminés par un virus de la grippe A-H3N2 qui peut contaminer l’homme, la suppression de la fièvre entraînait une excrétion supérieure de virus par le nez et que la charge virale diminuait plus lentement.

Plaisance KI et al. 2000 ont suggéré que l’administration d’aspirine ou de paracétamol sur une grippe A prolongeait la durée de l’infection chez l’homme

Une méta-analyse des études existantes effectuée en 2010 par S. Eyers et al. a montré une augmentation de mortalité chez l’animal liée à la grippe en cas d’usage d’antipyrétiques (paracétamol, aspirine ou diclofénac).

En 2014, David J.D. Earn et al. ont montré que réduire la fièvre pouvait augmenter la transmission des infections, et entraîner une proportion plus importante de la population infectée, et par là-même de plus fortes morbidité et mortalité par rapport à une population qui ne serait pas traitée par des médicaments contre la fièvre. La plus forte propagation du virus s’explique d’une part par le fait que les médicaments contre la fièvre peuvent augmenter le portage des virus chez les malades, et d’autre part par le fait que que ceux-ci se sentant mieux sous l’effet de leur traitement symptomatique ont plus tendance à sortir, à travailler ou à interagir avec les autres, et donc… à les contaminer.

Fièvre et urgences vitales

Bryant et al 1971, puis Hasday JD 2000 , ont montré que même pour des patients dans un état grave, faire baisser la fièvre de manière trop agressive pouvait augmenter la morbidité et la mortalité, et que la fièvre pouvait avoir un effet protecteur dans différentes situations critiques, que ce soit au cours d’une septicémie ou en cas de traumatisme grave à l’exception des traumatismes cérébraux (Schulman CI et al.2005).

Une revue de la littérature effectuée par Zhang Z et al en 2015 indique que des patients infectés peuvent bénéficier d’une élévation de leur température corporelle et qu’un traitement agressif contre la fièvre dans les unités de soins intensifs n’est pas associé à une réduction de la mortalité.

Les auteurs avertissent néanmoins que la fièvre peut être délétère dans différentes situations comme le choc septique, les lésions cérébrales, les troubles neuropsychiatriques ou les insuffisances cardio-respiratoires.

Le docteur Guillaume Baruc conclut la revue de ces études en écrivant :

« Au même titre qu’on sait que la surconsommation d’antibiotiques peut entraîner des résistances bactériennes, ces études suggèrent que de trop larges prescriptions d’antipyrétiques sont susceptibles d’augmenter l’ampleur et la durée des épidémies. Ces données incitent à rationaliser les prescriptions d’antipyrétiques, ce qui est d’autant plus compliqué que la plupart des traitements symptomatiques de première intention contre la douleur font aussi diminuer la fièvre.

Il s’agit avant tout d’utiliser les médicaments antipyrétiques à bon escient en gardant en tête la devise d’Hippocrate : Primum non nocere (d’abord ne pas nuire). »

A suivre...

Articles du dossier Fièvre :

1. Fonction des fièvres

2. Accompagnement des fièvres de l’adulte

3. Accompagnement de la fièvre de l’enfant

4. Plantes de l’Afrique des Grands Lacs utilisées en cas de fièvres

Mis en ligne par La vie re-belle
 17/11/2020
 http://lavierebelle.org/accompagnement-des-fievres

Les articles 2

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