Moringa Oleifera

Un trésor végétal, sous-utilisé

Arbre pantropical originaire du nord de l’Inde, Moringa est assez fréquent au Rwanda. Ce n’est pas un arbre imposant, mais cette apparence modeste cache un trésor végétal. La connaissance des vertus et des usages potentiels de ces différentes parties pourrait contribuer à résorber les carences alimentaires en nutriments essentiels, purifier l’eau, prévenir certaines maladies de civilisation aussi bien qu’à fertiliser les sols ou stimuler la croissance des plantes cultivées.

Moringa oleifera : Un arbre multifonctionnel

Feuillage et gousses de Moringa oleifera.
Dakawa, Morogoro, Tanzanie. CLiché : Prof. Chen Hualin.

Originaire des régions indiennes sub-himalayennes, Moringa olifeira est un arbuste ou un petit arbre largement répandu dans les régions tropicales.

Au Rwanda et dans de nombreux pays du monde, cet arbre est appelé Moringa. Dans les pays francophones, il est aussi appelé néverdier, mourongues, ben ailé, benzolive, pois quénique. En anglais, on le connaît sous les noms de « Horseradish tree », « Drumstick tree », « Never die tree », « West Indian Ben tree », ou encore « Radish tree ».

Certains noms vernaculaires rendent hommage à ses vertu. Aux Philippines, où les feuilles cuites de moringa sont données aux bébés, on l’appelle « malunggay » : « le meilleur ami des mères » et son nom arabe « shajarat al rauwaq » signifie « arbre purificateur ».

Moringa Oleifera s’adapte à des conditions de sol et de climats variés et contrastés. Il se plaît en milieu aride et semi-aride, tout en supportant bien l’humidité si son sol est bien drainé.

L’arbre issu de graines émet une racine pivot qui peut être très profonde. Lorsque qu’il est multiplié par bouturage de rameau ligneux, Moringa produit des racines fasciculées qui sont beaucoup moins profondes

La rapidité de croissance de Moringa oleifera est remarquable : il peut atteindre plusieurs mètres dès la première année de son semis pour se stabiliser ensuite entre quatre et douze mètres de hauteur. Quand il n’est pas taillé, Moringa porte des rameaux dressés puis retombant.

Ses feuilles sont composées de multiples petites folioles qui lui valent le nom de « brèdes médailles » à l’île de la Réunion. L’ombrage de son feuillage est léger.

Ses nombreuses fleurs sont de couleur blanche ou jaune pâle

Ses fruits sont de grandes gousses de 1,5 à 2 cm de diamètre et d’une vingtaine ou plus de cm de long renfermant à maturité des graines noires ailées oléifères.

7. Folioles, gousses immatures et gousses sèches
licence Creative Commons, 17 janvier 2010. Auteur : Eric Toensmeier

Diversité des usages potentiels de Moringa


Moringa olifeira est un arbre particulièrement polyvalent. La diversité des utilisations possibles de la plante elle-même et de ses différentes est étonnante :

- Vivrier : gousses immatures, feuilles et racines comestibles ont une teneur exceptionnelle en nutriments essentiels.

- Fourrager : Tige et feuilles sont nutritives et galactogène pour les animaux herbivores.

- Oléifère : Les graines produisent une huile stable consommable ou utilisable en cosmétique, industrie.

- Mellifère : Les fleurs sont particulièrement appréciées par les abeilles.

- Médicinal : Moringa est une plante adaptogène utile pour prévenir ce qu’on appelle « les maladies de civilisation » : cancer, maladies cardiovasculaires, maladies inflammatoires chroniques.

- Purificateur : Les graines ont une importante propriété floculante purificatrice des eaux turbides.

- Agroforestier : la plantation de moringa permet la stabilisation des sols ; la mise en culture de zones incultes, arides ; le feuillage est utilisable comme engrais vert ; il permet également de produire du biogaz ; il contient des hormones végétales qui peuvent être utilisées pour stimuler la croissance des plantes cultivées.

Usages alimentaires


Les feuilles, les fleurs, les gousses immatures tendres, les graines, et même les racines du Moringa de Moringa sont comestibles.

Considérant que l’arbre croit très rapidement à partir de graines, que son entretien n’exige que peu ou pas de travail, que sa conduite pour produire davantage de feuilles ou de gousses et de graines est simple, qu’ayant une racine pivot et développant un ombrage léger, il ne concurrence pas d’autres cultures, Moringa pourrait sans investissement particulier être une source pérenne de d’apport nutritionnel pour toute famille qui le souhaite.

À elles seules, les feuilles du moringa peuvent combattre des carences en vitamines et minéraux les plus courantes. Elles mériteraient pour cela d’être utilisées comme complément alimentaire, et introduites régulièrement en dose et modalités appropriées aux repas familiaux.


Force est de reconnaître que malgré les vertus nutritionnelles qui lui sont attribuées, la consommation de Moringa n’est pas souvent intégrée aux traditions culinaires des pays ou l’arbre est naturalisé.

Comme de nombreuses ressources alimentaires naturellement disponibles mais considérées comme nourriture d’appoint en période de soudure ou de disette, la consommation de moringa est peu valorisée.

Sur l’île de La Réunion son surnom ‘brède de fin de mois’ montre sa réputation de nourriture de temps difficiles, dévolue aux personnes qui n’ont pas les moyens de prendre un « vrai repas » , qu’il serait indigne de proposer à des invités s’il faut recevoir.

Cette dévalorisation n’est pas spécifique au Moringa : La valorisation ou la dévalorisation des aliments est liées à des représentations qui ont peu à voir avec leurs vertus nutritives et gustatives. En France par exemples les délicieux topinambours ou les succulentes fanes de radis restent dévalorisés par association avec le souvenir des restrictions alimentaires pendant la deuxième guerre mondiale.

Il reste vrai que, dans le cas de Moringa olifeira, l’emploi judicieux et l’élaboration de recettes simples et de saveurs agréables qui mettraient en valeur son potentiel nutritionnel en s’articulant sur les habitudes culinaires locales restent à inventer et à diffuser.

Nous travaillons à l’élaboration d’un carnet de recettes que nous aurons nous-même goûté et fait partager à notre voisinage et mettront en ligne prochainement. Dans l’attente de ce document, voici un panorama des usages traditionnels que nous avons identifiés :

Traditions culinaires intégrant Moringa

- Au Cambodge, les jeunes feuilles et les fruits sont utilisés dans différentes soupes. Les feuilles sont accommodées dans des plats tels que le Somlor koko (sorte de pot au feu, à base de travers ou poitrine de porc, divers légumes, de riz grillé réduit en poudre et de sauce de type Nuok-man épicée de galanga, citronnelle, curcuma...

- La poudre, réalisée à partir de feuilles séchées et pilées, est facile à utiliser en cuisine et conserve une grande partie des propriétés nutritives des feuilles. Dans la cuisine du Sahel, les feuilles séchées et broyées de certaines espèces sont utilisées en sauce pour relever les mets. En Inde, la poudre de moringa, est vendue comme épice ajoutée à un curry en fin de cuisson pour conserver ses qualités nutritionnelles.

- À la Réunion, ou Moringa a été introduit par les indiens au XIXe siècle, les feuilles de Moringa sont ajoutées en fin de cuisson d’un bouillon préparé avec des oignons de l’ail du gingembre et des sardines en boite qui ont d’abord été sautés dans l’huile. Cette soupe qui intègre les « brèdes mourongue » nom créole des feuilles de Moringa et surnommée « bouillon la faiblesse », car celles-ci sont réputées faire baisser la tension artérielle.

- En Asie les gousses sont la partie de Moringa oleifera la plus souvent préparée. Les jeunes gousses peuvent se consommer crues, en apéritif, ou accompagnées d’une sauce.

- Les petites gousses vertes – coupées et cuites à l’eau – auraient un goût d’asperge que nous n’avons pas encore vérifié. Récoltées avant maturité elles peuvent être cuisinées comme des haricots ou ajoutées à des mijotés. En Inde, les fruits-gousses sont cuisinés en curry.

- Sur l’île de la Réunion où elles sont appelées « bâtons de mourongue », les gousses tendres sont débitées et accommodées avec de la morue dans les caris ou encore dans un mélange de légumes au massalé.

Les fleurs peuvent être consommées fraîches, revenues dans dans de l’huile, ou être préparées en beignets. Au Soudan, les fleurs sont écrasées en une pâte que l’on fait frire.

Au Cambodge, les feuilles et fleurs sont accommodées dans des plats tels que le Somlor koko (pot au feu à base de travers de porc ou noum bâgn chhô.

Une fois débarrassées de leur membrane les graines contenues dans les grandes gousses vertes se cuisent comme des petits pois.

Les graines séchées contenues dans les gousses sèches se mangent poêlées comme des arachides.

La racine peut être utilisée comme épice. Le cœur des racines tubérisées peut être un substitut du raifort (Armoracia rusticana).

Composition de nutritionnelle Moringa oleifera


Moringa est parfois qualifié d’arbre ou d’aliment « miracle ». Ce superlatif est exagéré et semble être avant tout un argument marketing de sites de vente de produits dérivés du Moringa. Ceci dit, l’examen de la composition en nutriment montre que Moringa est un légumes-feuilles de très bonne qualité nutritionnelle.

Les feuilles de Moringa oleifera sont une source de protéines végétales, de vitamines B1, B2, B3, B5, B6, B8, B9, A, C, E, de minéraux (potassium, calcium, magnésium, fer, manganèse, sélénium), d’acides aminés essentiels (isoleucine, leucine, lysine, méthionine, phénylalanine, thréonine, tryptophane, valine)

Si l’on compare la composition des feuilles de Moringa à celle d’autres légumes, il apparaît que les légumes-fruits comme les concombre, les tomates… sont bien moins nutritif que Moringa. En revanche d’autres légumes-feuilles comme les feuilles de manioc ou d’amarantes ont une valeur nutritionnelle relativement équivalente.

La comparaison avec d’autres aliments, réputés pour leur teneur en un élément particulier, met en évidence l’intérêt nutritionnel des feuilles de Moringa. Ainsi pour un poids identique, les feuilles fraîches de Moringa contiennent :

- autant de protéines et de calcium que le lait frais

- plus de vitamine C que les oranges

- autant de potassium que la banane

- autant de magnésium que le chocolat,

- presque autant de fer que les lentilles, mais moins que les feuilles d’amarantes ou de manioc

- autant de vitamine A que les carottes.

- plus de protéines que les oeufs mais moins que la viande

- moins de phosphore que le poisson.

Source : Dr Armelle de Saint Sauveur et Dr Mélanie Broin, « Produire et transformer les feuilles de moringa », p. 52, Moringanews.

(source : http://www.moringanews.org/documents/Compofeuilles.pdf

Les feuilles de moringa ne constituent pas à elles seules un aliment complet. Mais combinés à d’autres aliments, elles sont un complément de grande qualité particulièrement utile dans des contextes de besoins élevés de minéraux vitamines et acides aminées comme la croissance de l’enfant, la période de grossesse ou dans des contextes de malnutrition et de carence en vitamines, minéraux…

Comme le notent Dr Armelle de Saint Sauveur et Dr Mélanie Broin, auteur de la brochure « Produire et transformer les feuilles de moringa », « 100 grammes de feuilles de Moringa oleifera fraîches suffisent à couvrir :

- Entre 30 et 100% des apports journaliers recommandés en calcium (30% à 50% pour les adolescents, 40% à 60% pour les adultes, les enfants, les femmes enceintes allaitantes, 80 à 100% pour les enfants en dessous de 3 ans) ;

- Entre 25 et 80% des apports journaliers recommandés en fer (25% pour les femmes enceintes, 40 à 60% pour les adolescents et les femmes, 50 à 100% pour les hommes et les enfants).

Pour les vitamines, les apports journaliers recommandés pour la vitamine A varient de 400 μg équivalent rétinol (jeunes enfants) à 1000 μg équivalent rétinol (femmes allaitantes). En conséquence, 100 grammes des feuilles fraîches de Moringa oleifera peuvent théoriquement couvrir 100% des besoins, mais ceci dépend énormément des conditions de conservation et d’utilisation des feuilles. En effet, la vitamine A se
dégrade avec le temps, la lumière et la chaleur.

De même 100 grammes de feuilles fraîches de Moringa oleifera pourraient couvrir
100% des besoins en vitamine C, pour laquelle les apports journaliers recommandés
vont de 60 mg (jeunes enfants) à 130 mg (femmes allaitantes), mais cette vitamine se dégrade rapidement avec le temps et à la cuisson.

Pour une rétention optimale des nutriments, il est conseillé de consommer les feuilles rapidement après leur récolte, de les cuire peu de temps (seulement quelques minutes) ou même de les manger crues si elles sont jeunes et tendres. »

Contenu nutritionnel de la poudre de feuilles séchées :

Les feuilles de Moringa oleifera sont également consommées sèche. Comme pour d’autres légumes-feuilles, le séchage permet un la conservation et facilite le stockage. Cette opération modifie la composition nutritionnelle des feuilles par perte de vitamines, notamment la vitamine C, mais comme elle aboutit à créer un concentré foliaire, la poudre de feuilles reste un complément nutritionnel très riche.

Ainsi, 10 grammes de poudre de feuilles de Moringa oleifera par jour couvrent :

Calcium

- Environ 30% des apports journaliers recommandés pour les enfants entre 1 et 3 ans.

- Environ 25% des apports journaliers recommandés pour les enfants entre 4 et 9 ans et pour les femmes adultes.

- Environ 15% des apports journaliers recommandés pour les adolescents et les femmes de plus de 55 ans.

Fer

- Environ 30% des apports journaliers recommandés pour les enfants entre 1 et 12 ans.

- Environ 15% des apports journaliers recommandés pour les adolescents.

- Environ 20% des apports journaliers recommandés pour les hommes adultes et les
femmes de plus de 55 ans.

- Environ 12% des apports journaliers recommandés pour les femmes adultes.
Environ 7% des apports journaliers recommandés pour les femmes enceintes.

Vitamine A

- 50 à 100% des apports journaliers recommandés pour toutes les catégories de population.

La poudre de feuilles de moringa peut être stockée un certain temps avant d’être consommée. Dans ce cas, la poudre doit être conservée dans un emballage étanche à l’eau, à l’air et à la lumière, pour préserver le maximum de vitamines et éviter les contaminations microbiennes. Pendant le stockage, le contenu en protéines et minéraux sera stable pendant une durée de six mois, tandis que la teneur en vitamines peut diminuer jusqu’à 50% de sa valeur pendant la même période.

Une fois l’emballage ouvert, la poudre de feuilles doit être consommée rapidement (en une semaine) car sa teneur en eau augmentera et l’exposera à des contaminations microbiennes. Pour cette raison, il est conseillé de conditionner la poudre dans des emballages de petite contenance.

Les feuilles fraîches de moringa peuvent être mangées crues si elles sont jeunes et tendres, mais elles sont généralement cuisinées. Si la cuisson détruit une partie des nutriments, en particulier les vitamines, elle permet néanmoins à d’autres nutriments d’être mieux assimilés par l’organisme.

Pour cette raison, il est important de considérer les techniques de préparation et de chercher à préserver le maximum d’éléments nutritifs. Ceci peut être réalisé en associant les feuilles de moringa avec d’autres ingrédients (huile, jus de citron, tomates), en cuisant les feuilles pendant une courte durée, ou en conservant le liquide (eau, sauce) dans lequel elles ont cuit.

Utiliser de la poudre de feuilles de moringa est également un moyen de conserver les nutriments (bien qu’une partie ait été perdue pendant le séchage), car la poudre peut être ajoutée à la nourriture après la cuisson.

Vitamine C

Une étude faite au Sri Lanka a montré qu’en moyenne, les légumes feuilles perdent 32% de leur contenu en vitamine C lorsqu’ils sont bouillis pendant cinq minutes, et 54% pendant dix minutes. La cuisson à la vapeur est moins nocive, avec une perte de 15% en cinq minutes et 39% en dix minutes. Cuire les feuilles ou la poudre de moringa le moins longtemps possible est donc une bonne manière de préserver la vitamine C.

Beta-carotène

Le Centre Mondial de Recherche sur les Légumes (AVRDC, Taiwan) a montré que la rétention du carotène total et du béta-carotène des feuilles de moringa était améliorée en ajoutant de l’huile pendant la cuisson sous pression (76 à 99% de rétention avec l’huile contre 46 à 63% sans).

Fer

La biodisponibilité des nutriments est leur capacité à être réellement assimilés et utilisés par le corps humain. La biodisponibilité du fer issu des plantes est moindre que celle du fer contenu dans les viandes. Une bonne manière d’améliorer la biodisponibilité du fer est d’ajouter de la vitamine C au plat. Ceci peut s’effectuer en utilisant du jus de citron, du zeste de citron ou des tomates fraîches.

AVRDC a démontré que faire bouillir les feuilles de moringa dans de l’eau multipliait la biodisponibilité in vitro du fer contenu dans les feuilles fraîches et dans la poudre de feuilles par 3,5 et 3 respectivement. De plus, faire bouillir les feuilles de moringa dans l’eau augmente l’activité antioxydante aqueuse.

Ceci montre que la cuisson des feuilles de moringa n’a pas nécessairement un impact négatif sur l’apport en nutriments. La chaleur détruit une partie de la vitamine C mais améliore l’assimilation du fer. La meilleure option est de varier les modes de consommation.

Disponibilisation des vitamines

La vitamine C et toutes les vitamines de type B contenues dans les feuilles de moringa sont solubles dans l’eau. D’autres vitamines sont au contraire solubles dans l’huile : c’est le cas des vitamines A (ß-carotène) et E (a-tocophérol).

Aussi, lorsque l’on cuisine les feuilles de moringa fraîches ou séchées, il ne faut pas jeter l’eau de cuisson si l’on veut bénéficier des vitamines C et B hydrosolubles.

D’autre part, pour rendre disponibles les vitamines A et E liposolubles, il est conseillé de cuire les feuilles de moringa avec des matières grasses.

L’idéal est donc d’ébouillanter rapidement les feuilles de moringa dans un peu d’eau et d’incorporer le tout (feuilles et eau), en fin de cuisson, à une sauce contenant des matières grasses. Ainsi, vitamines hydrosolubles et liposolubles seront disponibles et peu dégradées par la cuisson.

Composition en acides aminés des feuilles de Moringa

La teneur en acides aminés des feuilles sèches est plus élevée que celle des feuilles fraîches Ceci est dû à une quantité plus importante d’azote non protéique dans les feuilles fraîches (4,7% contre 2,7%). Tous les acides aminés essentiels sont présents à une concentration supérieure par rapport à celle préconisée par la FAO, l’OMS et l’ONU, pour les enfants de 2 à 5 ans, dans la protéine de référence.

Pour plus d’information consulter le chapitre « Feuilles de moringa pour la nutrition » du livret « Produire et transformer les feuilles de moringa » publié par Moringanews :


Production d’huile

Moringa a un bon rendement oléifère : La teneur en huile des graines décortiquées, c’est-à-dire des amandes, est d’environ 42%. L’huile est d’un jaune brillant.

Cette huile a pour propriété de ne pas changer de densité lors des changements de pression ou de température.

Non siccative, claire, douce inodore, ne rancissant pas, l’huile de moringa peut être utilisée comme huile alimentaire. Sa composition est proche de celle l’huile d’olive :

L’huile des graines de Moringa contient environ 13% d’acides gras saturés et 82% d’acides gras insaturés. Elle est particulièrement riche (70%) en acide oléique (oméga 9). Les huiles végétales classiques contiennent généralement de l’ordre de 40% d’acide oléique. Elle contient également de l’acide palmitique (oméga 7), de l’acide béhénique, de l’acide stéarique, de l’acide myristique (oméga 7), de l’acide lignocérique.

Grâce à sa capacité à absorber et à retenir les substances volatiles, cette huile est aussi intéressante en parfumerie pour stabiliser les senteurs. La teneur en acides gras libres varie de 0,5 à 3%. Elle est ainsi très recherchée et utilisée en cosmétiques et parfumerie.

Elle fut très recherchée également pour lubrifier les mouvements mécaniques complexes, et dans la machinerie fine, comme l’horlogerie, pour sa faible tendance à se détériorer et devenir rance et collante (Ferrao et Mendez Ferroa, 1970 ; Ramachandran et al., 1980). Mais selon la « note technique d’ECHO » de 1985, elle a été remplacée par l’huile de spermaceti pour ces usages.

L’huile de Moringa s’utiliserait aussi comme biocarburant dans les moteurs diesel et en aéronautique.

A une échelle artisanale et familiale, l’huile de moringa peut servir à la fabrication de savon et constitue une excellente huile de lampe.

Extraction artisanale de l’huile de Moringa

Procédés d’extraction décrits dans une note technique de l’ONG « ECHO »

Pour extraire l’huile de moringa artisanalement ECHO préconise les étapes étapes suivantes :

1. Rôtir les graines de gousses mûres.

2. Piler et les graines et les verser dans de l’eau bouillante pendant 5 minutes.

3. Après avoir filtré le mélange pour en éliminer les impureté, laisser reposer le liquide pendant une nuit.

4. Récupérer l’huile de moringa montée à la surface.

Procédés d’extraction décrits dans la revue Pas à Pas (numéro 28) :

« La graine de moringa a un cœur assez tendre et on peut donc extraire l’huile à la main en utilisant une presse à vis. La graine est d’abord écrasée, on y ajoute 10% de son volume d’eau, puis on chauffe doucement le mélange sur un feu doux pendant 10 à 15 minutes en faisant attention de ne pas brûler la graine. Un essai a donné 2,6 litres d’huile pour 11 kg de graines décortiquées. »

Procédés d’extraction décrits par BIOMASA d’après les recherches de Lowell Fuglie

« Nikolaus Foidl a conçu une décortiqueuse à moteur de graines de moringa comprenant une souffleuse intégrée pour séparer les graines de la balle. L’élément de décorticage de la machine comporte deux plateaux de caoutchouc rotatifs dont la forme est légèrement ovale. Les graines sont passées à 3 reprises, l’espace entre les plateaux étant diminué un peu à chaque passage (les petites graines qui ne sont pas décortiquées lors du premier passage le sont lors du 2e ou 3e passage).

« Foidl suggère qu’il est préférable d’utiliser une presse à vis en fer plutôt qu’en acier pour l’extraction de l’huile de moringa. Le chrome et le nickel présents dans l’acier peuvent réagir avec l’huile à haute température, ce qui aurait pour effet de réduire la qualité de l’huile. La presse de marque FAKT constitue un choix possible. Cette presse à huile de conception allemande maintenant fabriquée en Inde a été utilisée avec succès par BIOMASA pour extraire l’huile de pourghère (jatropha). La presse FAKT a une capacité de 80 à 90 kg/heure.

« Après l’extraction, il faut filtrer l’huile de moringa (à l’aide d’une toile à fromage ou d’un filtre à café). La filtration permet d’éliminer les protéines contenues dans l’huile brute, lesquelles favorisent la multiplication des bactéries. On peut améliorer la viscosité de l’huile en la chauffant à 40 ou 50 °C avant de la filtrer. »

Le tourteau de graines résultant de l’extraction de l’huile peut être utilisé de diverses façons :

- comme engrais pour le sol

- comme produit de traitement de l’eau troubles.

L’utilisation fourragère du tourteau de graines est déconseillée, du fait de son amertume et des facteurs antinutritionnels qu’il contient..

Usage fourrager de Moringa

Résultats de recherches

- Les feuilles et les gousses très nutritives peuvent servir de nourriture au bétail, aux porcs, aux animaux de la basse-cour et aux lapins

- Avec une alimentation constituée de 40 à 50% de feuilles de Moringa, soit 15 à 17 kg de Moringa par jour, la production quotidienne de lait passe de 7 à 10 litres, la prise de poids quotidienne passerait de 900 gr à 1200 gr avec 16 kg de Moringa Oleifera par jour

- Avec une alimentation comprenant la même quantité de Moringa, le gain de poids quotidien des bovins de boucherie est de 30%.

- L’inclusion de 20% de feuilles de moringa dans le régime alimentaire des lapins réduit le niveau de cholestérol des lapins. Leur chair est plus maigre en raison de la réduction des dépôts de graisse dans les muscles de lapins. Moringa peut être utilisée pour remplacer partiellement ou totalement la farine de soja comme source de protéine dans le régime des lapins.

- Des précautions doivent être prises pour éviter une consommation excessive de protéines. Trop de protéines dans l’alimentation des porcs augmente le développement musculaire au détriment de la production de graisse. Dans l’alimentation bovine, un excès de protéines peut être fatal du fait de de l’altération du cycle de l’azote).

- Le poids de naissance plus élevé (3-5 kg) de veaux nés vache nourries avec une bonne proportion de Moringa peut être problématique pour les petits bovins. Il peut être conseillé d’induire prématurément la naissance 10 jours pour éviter les problèmes. L’incidence des naissances jumelles a également augmenté de façon spectaculaire avec l’alimentation de Moringa : 3 pour 20 naissances par opposition à la moyenne habituelle de 11 pour 1000.

- La teneur élevée en protéines des feuilles de Moringa doit être équilibrée avec d’autres aliments énergétiques.

- Les aliments pour bovins composés de 40 à 50% de feuilles de Moringa doivent être mélangés avec de la mélasse, de la canne à sucre, de l’herbe à éléphant (urubingo), de brachiaria, de jeunes plants de sorgho ou tout autre fourrage disponible localement.

La teneur maximale en protéines et en fibres des aliments pour le bétail devrait être :

N.B. La traite des vaches nourries avec des feuilles de Moringa doit être faite au moins trois heures après la dernière ingestion pour éviter que le lait un goût herbacé.

Usages horticoles, maraîchers et agroforestier

Moringa cultivé comme engrais vert

L’utilisation du Moringa comme engrais vert peut enrichir considérablement les terres agricoles.

Dans ce processus, les graine de Moringa sont semées à 1 ou 2 cm de profondeur avec un espacement maximal de 10cm sur 10 cm. La densité peut être plus grande, le seul facteur limitant à la densification des plants étant la disponibilité de semences. Après 25 jours, les semis sont labourés dans le sol à une profondeur de 15 cm. Pour préparer le semis ou la plantation de la culture principale désirée.

L’ensemencement peut se faire mécaniquement si la graine est d’abord décortiquée. La plantation de graines décortiquée réduit le temps de germination jusqu’à trois jours.

Une méthode simple d’ensemencement pratiquée consiste à d’abord retourner le sol jusqu’à une profondeur de 10 cm, puis à disperser les graines sur le sol et à les faire tourner à nouveau à une profondeur de 2-3 cm.

Haies vives

Au Kenya, au Nigeria, en Tanzanie, en Inde, et ailleurs, Moringa est planté en haies vives.

Le feuillage, qui n’est pas très dense, et la possibilité de taille drastique permet de créer dans les parcelles cultivée, des haies laissant une entrée d’air filtrante et ajusté à un ombrage partiel des cultures.

L’arbre fournit une ombre légère, utile dans les systèmes de culture associée à des plantes qui seraient endommagées par la lumière solaire directe.

Comme haie dans les cours, Moringa atténuer le vent, protéger du soleil direct et offrir un support à des plantes volubiles.

La plantation de moringas même en ligne à très forte densité, produit une haie d’arbres grêles inapte à bloquer les animaux.

Contrôle de l’érosion

Moringa oleifera est adapté aux zones où les vents forts et des pluies violentes se produisent simultanément, causant érosion grave du sol.

Fertilisant

Ayant des composantes exceptionnelles les feuilles de Moringa peuvent servir simplement en mulch ou en compost pour enrichir les sols.

Le tourteau de graines obtenus après extraction de l’huile possèdent des propriétés proches des fruits et des graines. Considéré impropre à l’alimentation animale en raison de sa teneur élevée en alcaloïdes et en saponines les tourteaux peuvent servir comme engrais.

Accélérateur de croissance

L’extrait frais de feuilles de moringa apporte des hormones de croissance aux jeunes plants et accroît la productivité de la plupart des productions maraîchères. L’une des substances actives est la Zeatine une hormone végétale du groupe des Cytokinines

Dans un article intitulé, « New Uses of Moringa Studied in Nicaragua ». Lowell Fuglie présente les résultats prometteurs d’expérimentation qui ont été conduites au Nicaragua. Ces expérimentations démontrent que le jus de feuilles fraîches de Moringa peut être utilisé pour produire une hormone de croissance efficace, augmentant les rendements de 25-30% pour presque toutes les cultures : oignons, poivrons, soja, maïs, sorgho, café, thé, piments, melons.

La pulvérisation foliaire des plantes avec l’extrait aqueux de feuilles fraîche de Moringa doit être utilisée en plus, et non en remplacement, d’autres engrais, de l’arrosage et de bonnes pratiques agricoles.

Dans un des essais mené, l’utilisation de ce spray a augmenté les rendements de maïs de 60 à 130 sacs par hectare. En utilisant cette hormone, des caféiers ont pu être cultivés à 30 mètres d’altitude. Les caféiers, cultivé sous l’ombrage de Jatropha curcas, ont produit des des fèves en seulement 17 mois.

L’amorçage des semences avec un extrait de feuilles de Moringa, améliore le taux de levée des semis, la vitesse et la croissance, augmente le niveau d’antioxydants des plantes, la quantité de protéines solubles dans les feuilles et leur teneur en chlorophylle. L’extrait de feuilles de Moringa oleifera peut accélérer la croissance des jeunes plants, renforcer les plantes, améliorer la résistance aux ravageurs et maladies, augmenter l’épaisseur de la surface foliaire, augmenter le nombre de racines, produire des fruits plus gros et augmenter les rendement d’une manière générale.

Préparation du spray de feuilles de Moringa

a) Faire un extrait foliaire en broyant de jeunes pousses de Moringa qui n’ont pas plus de 40 jours, avec un peu d’eau ; environ un litre d’eau pour 10 kilos de matière fraîche.

b) Extraire par filtration les restes solides de la solution, en plaçant par exemple la solution dans un chiffon et en essorant le liquide. La matière solide, qui contiendra 12-14% de protéines, peut être utilisée comme aliment pour le bétail.

c) Diluer l’extrait avec de l’eau à raison de 1:32 et pulvériser directement sur les plantes (si l’extrait ne va pas être utilisé dans les cinq heures, il est préférable de le conserver au congélateur jusqu’à ce qu’il soit nécessaire). Appliquer environ 25 ml par plante.

d) La pulvérisation foliaire doit être effectuée :

- 10 jours après l’émergence des premières pousses ;

- environ 30 jours avant le début de la floraison ;

- à nouveau lorsque la graine apparaît et enfin une fois de plus pendant la phase de maturation.

Résultats d’expérimentation :

Effets de l’application d’un extrait de feuilles de Moringa préparé à l’éthanol sur les nodules, les bourgeons et les racines de la légumineuse Vigna mungo L.

Cette expérience menée pour tester la rétention de chlorophylle montre que les concentrations de 0,08 à 0,16 % donnent les taux de rétention les plus élevés.


Source : Bendona Bose, département de Botanique, Université de Gorekhpur

Résultats obtenus par aspersion foliaire d’une phytohormone naturelle extraite du Moringa.

* 1 manzana = 0,705 hectares ou 7 050 m² ** fruit individuel Données du projet Biomasa (1999)

A suivre :

- Usages cosmétiques
Recette de savons de Moringa

- Usage médicinal de Moringa

- Purification de l’eau avec les graines de Moringa

- Production de biogaz

- Méthode de culture pour une production plus intensive de feuilles ou de gousses

Mis en ligne par La vie re-belle
 18/12/2018
 https://lavierebelle.org/moringa-un-tresor-vegetal-sous-utilise

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Plantes de l’Afrique des Grands Lacs

Description des plantes adventices et cultivées en Afrique de l’Est et présentation de leurs propriétés et de leurs usages traditionnels et potentiels

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