Histoire agricole du Rwanda

Histoire agricole du Rwanda

Les Rwandais ont développé leur propre synthèse des pratiques agropastorales issues des savanes soudaniennes, de la forêt équatoriale du Bassin congolais, et des montagnes dominant le Rift occidental. Cet article explore l’histoire de l’agriculture rwandaise.

Histoire agricole du Rwanda

Situation du Rwanda

Situé à 120 km au sud de l’équateur, le Rwanda actuel s’étend sur 26 338 km². Pour donner un équivalent significatif, cette superficie est légèrement inférieure à celle de la Belgique (30 528 km²). Vers l’orient, il faut parcourir 1100 km, à vol d’oiseau, pour atteindre l’Océan Indien. Vers l’occident, 2000 km séparent le « pays des mille collines » de la côte atlantique. Il s’agit donc d’un petit territoire enclavé, légèrement décentré par rapport au centre géographique de l’Afrique. A l’Est, le Rwanda possède une frontière commune avec la Tanzanie, à l’ouest avec la République Démocratique du Congo, au sud avec le Burundi et au nord avec l’Ouganda.

Tant d’un point de vue géographique que culturel, le Rwanda est généralement rattaché à la région dite des « Grands Lacs » africains. Cette zone qui se rattache aux hautes terres de l’Afrique orientale forme un ensemble contrasté. Son socle ancien est configuré par une tectonique de fractures. Deux vastes fossés d’effondrement, bordés de hautes montagnes, se déploient selon un axe nord-sud. Les géographes distinguent le rift occidental, souvent appelé rift du Kivu, du rift oriental. La dépression occidentale borde successivement les lacs Rwicanzige, Rweru, Kivu, Tanganyika et Malawi ; à l’est de cette fracture se déploie l’escarpement de la crête Congo-Nil. Le vaste fossé oriental qui part de la « Rift Valley » éthiopienne traverse les territoires du Kenya de la Tanzanie.

La région des Grands Lacs proprement dite s’étend entre 2° 30’ et 4° 20’ de latitude Sud, et 28° et 33° de longitude Est. Le lac Kyoga et le Nil blanc en constituent les limites septentrionales. La rivière Malagarazi en marque la limite méridionale. L’orient de cette zone est constitué de plateaux qui déclinent doucement vers l’Est. La limite occidentale de cette région s’ouvre sur le bassin du Congo, marqué par un climat et une végétation proprement équatoriale absents dans le périmètre défini par les Grands Lacs. En effet, malgré la proximité de l’équateur, les hautes altitudes et le mouvement des masses d’air en provenance de l’Océan Indien dotent la région d’un climat tropical tempéré et d’une alternance de saisons sèches et humides.

Cet espace est doté d’un réseau hydrographique abondant. Le partage des eaux des bassins du Congo et du Nil s’opère au niveau des montagnes qui bordent les côtes orientales du lac Kivu. La plupart des eaux sont captées par le fleuve Nil. La disparité du relief, plus élevé vers l’occident, et celle concomitante de la pluviométrie croissante d’Est en Ouest, partagent grossièrement l’espace interlacustre ancien en deux zones écologiques majeures : la grande forêt primaire d’altitude à l’Ouest et les savanes arborées de l’Est. Cette disparité des milieux naturels a en partie déterminé l’élaboration de systèmes agraires, symboliques, sociaux et politiques contrastés.

Histoire de l’agriculture rwandaise

Situé au centre-est de l’Afrique, les hautes terres rwandaises sont au carrefour de différents milieux écologiques et culturels. Du point de vue agricole, les Rwandais ont développé leur propre synthèse des pratiques agropastorales issues des savanes soudaniennes, de la forêt équatoriale du Bassin congolais, et des montagnes dominant le Rift occidental.

L’archéologie des paysages rwandais révèle le maillage précoce des espaces et des pratiques d’élevage bovin et caprin, de céréaliculture et de culture de jardins ou d’essarts.

La culture céréalière de l’éleusine, « uburo » (Eleusine coracana) puis celle du sorgho « amasaka » (Sorghum bicolor) furent précocement associées à la culture potagère de colocases « amateke » (Colocasia esculenta), de courges « Ibihaza, inzungwane... » (Cucurbita pepo), de variétés d’aubergines africaines « intoryi » (Solanum melongena), de haricots senonais grimpants et vivaces « igiharo », « ikinyobwa », de variété indigène de patate haoussa (gafuma).

Les franges des forêts furent des espaces privilégiés de transition entre pratiques de cueillette et pratique agricole. Les cultivateurs de ces zones de lisières, domestiquèrent et développèrent diverses cultures :

- tubercules telle que l’igname « igikoro » (Dioscorea alata) et la Colocase « Iteke, Inana » (Colocasia esculenta) ;

- légumineuses comme les pois souterrains (Vigna subterranea), les doliques de type vigna « inkori » (Vigna unguiculata) et le pois de cajan vivace « inkunde » (Cajanus cajan) ;

- courges « ibihaza », « inzungwane » (Cucurbita moschata et Lagenaria siceraria) ;
brèdes, autrement dit « légumes-feuilles », variés « imbwija n’inyabutongo) » représentées par diverses espèces d’« épinards » amers « isogi » (Gynandropsis gynandra), d’amarantes « imbogeri », « indodo », « inyabutongo », « inkabatongoye » et de solanacées comme la morelle « isogo » (Solanum nigrum).
À ces légumes-feuilles traditionnels peuvent également être ajoutés les feuilles de « légumes-fruits » comme les feuilles de courge « ibisusa » ou de colocases « amakora » : ou celles encore de légumes-tubercules, comme « isombe » les feuilles de manioc (Manihot esculenta : « umwumbati »).

Céréales anciennes

L’éleusine est sans doute la céréale la plus anciennement cultivée au Rwanda et dans les pays avoisinants. Cette graminée légumineuse aurait été domestiquée dans les hautes terres d’Afrique de l’Est il y a cinq millénaires et sa culture serait répandue vers l’Est et le Sud du Continent à partir de l’Éthiopie et de l’Ouganda.
L’éleusine, également appelée « plante aux mille graines » est aujourd’hui peu cultivée. Elle pousse sur les collines à température plutôt basse. Elle est consommée sous forme de bouillie « igikoma », de pâte « umutsima », de boisson alcoolisée « inzoga y’uburo, ikigayi ». Dans le culte des ancêtres, ses graines jetées dans le feu étaient censées faire sourire les esprits par leur éclatement. Cet usage rituel est un autre indice de l’ancienneté de cette graminée : aucun aliment ou boisson plus récemment introduits n’était offert aux esprits des ancêtres qui ne le connaissaient pas.

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Éleusine cultivée à Kanazi, Bugesera (Photo JLG)

La culture du sorgho est, elle, attestée au Rwanda par les archéologues depuis le IVe siècle. Sa manducation annuelle par le Mwami (« roi ») et les patriarches chefs de famille, au début de la récolte, était marquée par la cérémonie des prémisses « Umuganura » qui était la grande fête nationale, au Rwanda et au Burundi. Dans ces deux pays, le sorgho est traditionnellement consommé comme l’éleusine sous forme de bouillie « igikoma », en pâte « umutsima », en boisson douce « umusururu », en boisson alcoolisée avec du levain « amarwa », et enfin en boisson alcoolisée avec du miel « inturire ». La pâte et la boisson du sorgho jouaient elles aussi un rôle important dans le culte des ancêtres.

Sorgho à Kanazi, Bugesera (Photo JLG)
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Sorgho et éleusine récoltés à Kanazi Bugesera
(Photo JLG)

Semences essentielles Imbuto nkuru

La primauté de la culture de l’éleusine et du sorgho est perceptible dans les rites et les traditions orales rwandaises. Dans les proverbes, ces deux graminées symbolisent la prospérité collective, sur le plan agricole, et la réussite et la fécondité sur le plan personnel.

En voici un exemple : « Urya impengeri arakira, nyakurya ibishyimbo arapfa » que l’on peut traduire par « Qui mange du grain (sous-entendu : de sorgho ou d’éleusine) est sauvé, le mangeur de haricots succombe ».

Les recherches les plus récentes confirment la valeur exceptionnelle de l’éleusine parfois appelée « plante aux mille grains ». Ses graines peuvent être entreposées jusqu’à deux ans et constituer une réserve alimentaire pendant la période de soudure. Elles sont très riches en vitamines A, B, C et E, en calcium, en fer, en fibres, en phosphore et en acides aminés. Elle ont bonne teneur en protéine (7 à 14%) et leur principale fraction protéique, l’éleusinine, a une valeur biologique élevée, avec de bonnes quantités de tryptophane, de cystine, de méthionine et d’acides aminés aromatiques totaux. Cette composition est particulièrement bénéfique pour les populations qui dépendent des végétaux pour leurs apports en protéines et en minéraux (de 5 à 30 fois plus de calcium que la plupart des céréales). Tous ces éléments déficients dans la plupart des autres céréales sont essentiels à la santé et à la croissance humaines.

Pour ces raisons, l’éleusine est l’une des grandes céréales les plus nutritives, et un agent de prévention majeur des carences alimentaires. Ses qualités nutritionnelles expliqueraient par exemple que les hommes et femmes de pays où il arrive qu’on ne mangent qu’un seul repas à base de pâte d’éleusine par jour gardent un physique sain et équilibré malgré le manque de diversité et la faible quantité périodique de nourriture accessible.

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Paniers-greniers traditionnels « ibigega » remplis de sorgho

Imbuto Nkuru » : les aînées des semences

Au Rwanda, le sorgho et l’éleusine font partie d’une série réduite de graines considérées par les traditions orales comme les « graines essentielles », ou les « aînées des semences » « imbuto nkuru ». Outre ces deux céréales, deux autres graines sont considérées comme « Imbuto nkuru » :

- la brède « isogi »

- les courges « inzuzi z’imyungu », notamment la courge douce « ururwane » (Lagenaria siceraria), comestible quand elle est tendre et qui une fois sèche est évidée pour pour être utilisée comme calebasse « igicuma » pour conserver la bière, baratter le lait...

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Courge douce « Ururwane », Lagenaria siceraria Kanazi
Photo JLG

Valeurs symboliques des « aînées des semences »

Les semences primordiales avaient une valeur symbolique particulière : elles intervenaient notamment dans les rites de succession. Les traditions de diverses royautés de l’espace rwandais et burundais énoncent « Umwami akavukana imbuto » : « Le mwami naît avec les semences dans la main ». À contrario, d’un souverain illégitime ou intronisé de manière irrégulière on disait « Ntibavukanye imbuto » : « il est né sans tenir de semence ». Cette croyance peut faire sourire, mais il nous semble qu’elle a un sens non littéral plus profond : le premier des Banyarwanda ou des Barundi par son rang avait en naissant, et par prédestination, le devoir d’assurer la prospérité du peuple et de faire fructifier la vie dans son pays.

L’éleusine et le sorgho étaient célébrées dans les cérémonies annuelles des prémices. La pâte du sorgho était utilisée dans la fête d’Umuganura qui selon les traditions rwandaises fut établie sous le règne du Mwami Cyirima Rugwe ; celle à base d’éleusine était nécessaire au rite de manducation lors de la petite fête des prémices nommée Umurorano d’origine encore plus ancienne. Cette pâte était consommée avec le haricot sénonais au mois lunaire de Werurwe.

Base de l’alimentation, le sorgho et l’éleusine, étaient consommés sous forme de bouillie (igikoma), de pâte (umutsima) ou de boisson alcoolisée (inzoga y’uburo). Ces céréales étaient semées au début de la saison des pluies, après un labour à la houe. Elles étaient récoltées vers la fin de cette période humide ou au début de la saison sèche. Des périodes de courte durée sans culture permettant de reconstituer des friches herbacées séparaient les cycles de culture.

Association de culture

D’autres plantes pouvaient être cultivées en assolement ou en association avec le sorgho ou l’éleusine. Ces associations de culturales ont connu un nouveau développement avec la diffusion des plantes d’origine américaine à partir du XVIIIe siècle. Ces pratiques manifestaient une stratégie de réductions des risques de production insuffisante pour satisfaire les besoins alimentaires. L’association des cultures encore pratiquée aujourd’hui agit également comme protection écologique des risques de maladies phytosanitaires et comme dispositif anti-érosif en augmentant le taux de couverture du sol. Les pratiques agricoles contemporaines héritières des pratiques ancestrales montrent que les cultures saisonnières du maïs, du sorgho, des haricots et des patates douces sont associées aux cultures pluri-saisonnières comme celles de la banane, du manioc ou du pois cajan et cultivées en rotation avec des engrais verts.

Introduction et développement de la culture de la banane

Dans les sous-régions des Grands Lacs qui ont précocement privilégié la bananeraie, la culture de la banane a été le vecteur d’une révolution agricole et sociale. Cette plante pérenne a contribué à fixer les agriculteurs qui choisissaient d’en exploiter les nombreux avantages : elle pouvait être reproduite par simple bouturage, permettait des récoltes échelonnées, ses variétés multiples démultipliaient les usages possibles (préparations culinaires simples, confection de boissons fermentées, utilisation des feuilles pour les toitures…).

La datation l’essor de la culture bananière dans l’espace rwandais est incertaine. La tradition qui lie l’introduction du bananier à la seconde invasion Nyoro sous Mutabazi Sekarongoro au XVIe siècle est sujette à caution. En effet, ni la banane ni la bière tirée de ce fruit n’entrent dans les cérémonies rituelles de la royauté nyiginya consignée dans le code sacré Ubwiru.

La formule « Nta mugabo wo kurya umuneke » qui énonce qu’« il n’y a point d’homme viril pour manger une banane mûre » montre que les habitudes alimentaires n’intégraient pas non plus la banane comme fruit. L’omniprésence des bananeraies est pourtant décrite par les premiers missionnaires et administrateurs coloniaux : Monseigneur Hirth l’évoque dans sa correspondance en 1900 ; Richard Kandt mentionne « les montagnes escapées, couvertes de bananeraies » qui bordent la Nyabarongo dans une lettre de 1905, et les carnets de voyage de Jan Czekanowski (1907-1908) livrent une description détaillée de l’importance des bananeraies dans les paysages rwandais du début du XXe siècle :

« Les plantations de bananes se trouvent sur les croupes des collines ; c’est du moins le cas dans le Kissaka (Gisaka), le Nduga et dans le Mulera. Au Bugoye (Bugoyi), et dans le Bgisha Sud où les habitations sont haut placées, les plantations sont un peu plus bas. Dans le Bugoye, où la lave est décomposée, on a de grandes plantations de bananiers dans la plaine de lave et un peu plus haut sur ses bords dans le Bgisha (Bwisha). »

Une caractéristique de la culture bananière au Rwanda est la diversité des types de bananiers plantés, l’importance des bananes non sucrées à cuire et la prédominance des bananes à ferment « amakakama ». Cette particularité qui ne se retrouverait nulle part ailleurs dans le monde tient à l’adaptation de ces variétés de bananiers aux hautes terres rwandaises et à l’importance de la consommation et l’échange de l’ « urgwagawa », boisson à base de bananes fermentées, dans la vie sociale. Les variétés sucrées et plantains se sont diffusées récemment dans le pays notamment via des Rwandais qui les ont découvert et apprécié à l’extérieur lors de leurs expatriation.

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Rugo du Gisaka, hutte, greniers « ibigega » et bananeraie attenante (1907-1908)

Conquêtes et introduction de nouvelle cultures

Les expéditions militaires rwandaises furent parfois l’occasion d’importer de nouvelles cultures. Des chroniques orales rapportent que l’une des espèces de haricots actuels fut rapportée de la région du Bushengero au Kigezi (actuel Ouganda) sous le règne de Kigeli II Nyamuhenshera (1646-1669). Cette espèce supplanta rapidement le haricot sénonais igiharo traditionnel. Du Bushengero fut également ramené un troupeau de chèvres géantes que le monarque se réserva et nomma Akamenesho. L’élevage de ces caprins s’est diffusé et perpétué par la suite. La compagnie Uruyange rapporta le petit-pois d’une expédition au Butembo (Nord Kivu) sous Rwabugiri ; du Gikore près de Kabare une autre compagnie rapporta une espèce de patate douce au rwanda qui ne connaissait jusque là que la variété gafuma qui ne produit qu’un tubercule par tige.

Introduction des plantes américaines

Au Rwanda comme ailleurs en Afrique l’introduction de plantes américaines après le XVIIe siècles (patates douces « ibijumba », maïs « ikigori », manioc « imyumbati » et variétés multiples de haricots « ibyshimbo ») a révolutionné l’agriculture locales en favorisant l’adoption du système de deux saisons agricoles et l’intensification des cultures. Le haricot américain fut un ingrédient essentiel des progrès agricoles du XVIIIe siècle. Sa culture permettait de récolter deux fois par an, quelque huit-cents kilo par hectare d’un aliment, riche en calories et en protéines végétales, qui assurait par ailleurs une bonne couverture du sol, efficace contre l’érosion et contre les mauvaises herbes.

Après les conséquences dramatiques du cycle de sécheresses récurrentes entre 1588 et 1621, une période climatique favorable, bien qu’émaillée de sécheresses ponctuelles au XVIIIe siècle, a perduré jusqu’à la fin du XIXe siècle. Cette conjoncture faste pour au moins six ou sept générations successives a créé les conditions d’une évolution de la productivité d’une agriculture extensive et à double cycle annuel. Ce cycle prit fin de manière spectaculaire par un cumul catastrophique de fléaux (épizootie, épidémies, sécheresse) entre 1889 et 18949.

L’apport des plantes américaines, l’amélioration des techniques et des outils agricoles, la colonisation agricole des zones humides ainsi que les modes d’organisations politiques et l’absence d’agressions extérieures majeures telle que la traite et la conquête coloniale se sont combinés pendant un siècle aux faveurs climatiques pour permettre une extension des surfaces cultivées et une croissance démographique remarquable de la région de Grands Lacs et du Rwanda en particulier. Dans le dernier tiers du XIXe siècle, les expéditions militaires menées par Rwabugiri, furent, l’occasion d’enrichir l’éventail des cultures rwandaises d’une nouvelle variété de patate douce et des petits-pois.

Dans l’espace rwandais, la variabilité des sols, l’échelonnement des précipitations, les pratiques d’irrigation, de drainage, de rotations des cultures et l’adoption de cultures intercalaires, bi-annuelles... ont abouti à l’élaboration d’un calendrier agricole complexe et au développement d’un savoir agricole polyvalent.

En revanche, la pêche ne semble pas avoir été particulièrement développée malgré l’abondance de lacs et de rivières. Mais il est possible que cette affirmation doive être relativisée. Le « fétichisme de la vache » cultivé par de nombreux chercheurs a pu conduire à une occultation des activités directement liées aux rivières et aux lacs.

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Travaux collectifs de désherbage d’un champ de sorgho du Mulera, 1907-1908

Si les montagnards de l’Ouest ont centré leur activité sur l’agriculture, partout ailleurs la population a fait le plus souvent de l’élevage le complément des pratiques agraires. Cette complémentarité, notamment via la fumure animale, indispensable pour maintenir la fertilité et la productivité, s’est affirmée surtout pour la céréaliculture. Les relations dialectiques entre pratiques pastorales et agricoles n’ont néanmoins pas toujours été uniquement harmonieuses. Si les jeux d’échanges bénéfiques pour tous sont avérés, l’intensification de la présence humaine a aussi induit sporadiquement et localement une concurrence foncière entre agriculteurs et éleveurs. Des contradictions inédites virent localement le jour dès lors que sur un territoire réduit s’opposaient les logiques incompatibles : celle de l’accroissement du cheptel exigeant davantage d’herbages et celle du développement des zones cultivées et des terroirs à deux ou trois saisons culturales réduisant dans le temps et l’espace les zones pacables.

Saison après saisons, les paysans ont dû relever le défi de créer les conditions leur propre subsistance et les besoins en nourriture d’une population croissante par l’accroissement de la superficie cultivée vers les sommets, la mise en valeur des marais, la mise en culture des régions orientales plus basses et moins peuplées, intensification de l’exploitation des cultivées, l’adoption de techniques d’élevage sans déambulation (bovins à l’étable, chèvres au piquet), par la recherche de revenus monétaires, issus de la vente de produit transformés ou de culture de rente (bière de banane, café, thé).

À l’exception des zones « protégées » de l’intervention humaine de la forêt primaire de Nyungwe au Sud du pays, du Parc de l’Akagera à l’Est, et du Parc des volcan au Nord-Ouest, le pays des mille collines est presque totalement cultivé si bien qu’il donne l’image d’une immense et quasi continue mosaïque maraîchère.

Colline rwandaise vue du ciel

Hormis quelques zones dédiée prioritairement à des cultures de rentes comme le café ou le thé, la polyculture, les associations culturales au sein d’une agriculture familiale de subsistance reste le trait dominant des modes de vies ruraux dans un pays ou l’immense majorité de la population est encore paysanne.

L’accroissement des besoins alimentaires, dans un contexte d’incertitude et de désordre climatique, lui-même croissant, dans une perspective d’épuisement des ressources fossiles, et de vanité de l’espoir de trouver des solutions par la pure technique impose des défi immenses :

- Accroître la résilience des systèmes écologiques et agricoles

- Intensifier la productivité par unité de surface

- Aggrader les sols cultivés

- Développer des modes d’occupation et gestion des terres, générant une biodiversité naturelle et cultivée permettant une vie digne pour tous.

Ces défis ne sont pas propres au Rwanda, mais bien commun à l’ensemble de la planète. La petite équipe qui anime ce site entend participer à la réflexion et à la mise en œuvre pratique des moyens de relever ces défis.

Mis en ligne par La vie re-belle
 6/12/2018
 http://lavierebelle.org/?histoire-agricole-du-rwanda-6