Erythrina abyssinica (Umuko)

Arbre sacré, flamboyant, et multifonctionnel

Erythrina abyssinica

L’Érythrine marque les paysages rwandais et burundais et c’autres pays africains par la floraison flamboyante de cet arbuste ou petit arbre trapu à feuilles caduques. Lorsque l’arbre perd ses feuilles, apparaissent des fleurs rouge-orangé qui enflamment pourrait-on dire ses branches épineuses.

Avec la diffusion du culte du kubandwa au Rwanda et au Burundi, il y a quelques siècles, l’érythrine est devenue un arbre sacré dans ces deux pays.

Les récits relatifs à Ryangombe (Kiranga au Burundi) fondateur de ce culte relatent que ce héros tragique fut encorné et projeté dans les airs par un buffle. Ryangombe agonisant supplia les arbres de le recueillir. Tous refusèrent à l’exception de l’érythrine. C’est pourquoi avant de mourir il déclara que la secourable érythrine serait le protecteur des initiés au culte qu’il avait fondé. Son sang abreuva les fleurs de cet arbre et depuis ses fleurs sont rouges, comme le sang de Ryangombe.

Fleur d’érythrine à Huye (Rwanda)

En mémoire du geste protecteur de l’érythrine, les imandwa, initiés du culte de Kubandwa n’appellent pas l’érythrine par son nom commun « umuko » mais « umurinzi », ce qui signifie « gardien, protecteur », et les cérémonies du culte se déroulent sous son ombre. Les officiants du culte aspergent rituellement d’eau lustrale et de lait l’érythrine sous laquelle se déroulent les cérémonies.

Ce rite s’appelle « Gukamira umurinzi » ou le verbe gukamira signifie à la fois : « allonger avec de l’eau » et « faire du bien à, aider, assister, assurer la prospérité de quelqu’un ou sa subsistance ». Le rite de la deuxième phase du culte, s’appelle encore « Gusubira ku murinzi » : « revenir à l’érythrine ».

Au Burundi, le bâton (Intahe) dont les sages et juges de Paix Bashingantahe, se servaient pour arbitrer les conflits et conduit les processus de réconciliation, était cueilli sur une branche de l’Érythrine.

Au Rwanda, des bosquets d’érythrine et de ficus étaient plantés à côté des tombes des rois.

Ces arbres étaient également régulièrement plantés au seuil et au sein des enclos (ingo) qu’ils étaient réputés protéger.

Au Burundi, on trouvait à l’intérieur de l’« indaro », petite cour consacrée aux esprits des ancêtres, une fine litière d’herbes, une petite auge en bois d’érythrine, trois pierres figurant le foyer et quelques reliques du défunt. Trois végétaux : Umurinzi (Erythrina abyssinica), Umumanda (Ficus ovata), et umugombe (Chenopodium ugandae) étaient souvent plantés dans ces lieux dédiés au culte des ancêtres où la famille au grand complet déposait des offrandes sous forme de lait, de bière de sorgho, etc.

Au Burundi, quand la floraison des fleurs de l’Erythrine est terminée, l’arbre produit des billes rouges appelées « uburunga » avec lesquels les enfants jouent.

Répartition d’Erythrina abyssinica

Erythrina abyssinica est répandu du Soudan et de l’Éthiopie jusqu’en Angola et au Zimbabwe.

Erythrina abyssinica en Afrique

L’arbre est endémique dans les pays suivants : Angola, Botswana, Burundi, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Malawi, Mozambique, Ouganda, RDC, République centrafricaine, Rwanda, Soudan, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe

Noms vernaculaires d’Erythrina abyssinica.

Noms vernaculaires :

- Kinyarwanda  : Umuko, Umurunzi

- Kirundi : Umurinzi, Umugumya, Intare y’irungu

- Kiswahili  : Mjafari, mlungu, mbamba ngoma, mwamba ngoma

- Langues du Kivu : Cigohwa (Mashi) ; Omukohwa (Kinande), Ekiko (Kihema) ; Ekikohwa, Mukowa (Hunde) ; Mukohwa (Nyanga) ; Eo (Bembe) ; Kikohwa (Fuliro)

- Français  : Érythrine, Arbre corail d’Abyssinie

- Anglais  : Red hot poker tree, Lucky bean tree, Flame tree

Usages et services de l’érythrine

Au-delà de sa dimension symbolique, Erythrina abyssinica un arbre polyvalent qui procure des services multiples :

- L’érythrine est plantée comme arbre ornemental.

- Diverses variétés d’érythrine sont utilisées en agroforesterie

- Dans certaines régions d’Afrique, notamment en Ethiopie, l’érythrine est plantée en haie vive. Cette opération peut se faire à partir de grandes boutures. La plantation de branches ou piquets, de 250 cm de long et de 8 à 10 cm de diamètre, en saison des pluies permet de produire en 6 mois un couvert impénétrable protégeant le bétail ou les résidants des intrusions indésirables.

- L’arbre fixe l’azote et améliore les sols par le dépôt saisonnier de ses feuilles riches en azote résiduel et autres nutriments qui en font un engrais vert appréciable.

- L’association de l’érythrine à des cultures annuelles a ainsi pu être conseillée en particulier lorsque celles-ci sont cultivées en rotation avec le café ou le cacao.

- L’érythrine est utilisée dans certaines régions du monde comme support vivant pour les ignames.

- Des boutures d’érythrines ont été utilisées comme support à croissance rapide pour les tomates et les piments

- Des chercheurs ont envisagé la culture en allées avec Erythrina abyssinica pour assurer le renouvellement de la fertilité des sols où sont cultivées des cultures vivrières annuelles ; l’arbre qui a généralement une couronne ouvertes ne limite pas trop la lumière dont les cultures vivrières ont besoin pour leur croissance.

Illustration de l’ouvrage « Erythrina production and use. A Field Manual »

L’arbre est recommandé pour les programmes de conservation des sols, pour le contrôle de l’érosion. L’arbre a ainsi été planté sur des courbes de niveau pour lutter contre l’érosion, sur les berges des cours d’eau et sur les terrasses pour conserver le sol.

Le feuillage de diverses espèces d’érythrine est utilisé comme complément fourrager

Des essais avec des vaches, veaux, génisses, jeunes taureaux, chèvres, chevreaux en lactation montrent que le feuillage d’Erythrina fournit un complément protéique précieux dans les systèmes de production animale qui cherchent à réduire la dépendance vis-à-vis des intrants externes. L’appétence des feuilles est assez médiocre pour les moutons.

- Les fleurs procurent du nectar et du pollen aux abeilles à la fin de la saison sèche, ce qui fortifie leurs colonies pendant cette période difficile.

- Le bois d’érythrine est couramment utilisé pour faire des sculptures, confectionner des tabourets, des tambours, des mortiers, des ruches, des manches d’outil ; il sert parfois aussi dans la construction de maisons. Le bois est léger et tendre, de teinte blanc grisâtre parfois avec des nuances de rouge. Le fil est généralement droit, le grain grossier. Le bois est facile à travailler, mais les surfaces rabotées peuvent être pelucheuses. Il ne se fend pas au clouage, mais sa capacité à retenir des clous est médiocre. Il n’est pas durable et il est sujet aux attaques fongiques et à celles des insectes térébrants ; toutefois, il est modérément résistant aux termites.

- Le bois des racines sert à fabriquer des cannes de marche.

- Le bois sert de combustible ; il se consume facilement et sans flamme et continue à brûler sous forme de braises pendant longtemps.

- L’écorce liégeuse est utilisée pour faire des patins de frein et des flotteurs pour les filets de pêche

- L’écorce est parfois utilisée comme colorant brun pour les textiles et la sève donne une couleur rouge.

- Les graines sont appréciées dans certains endroits pour fabriquer des bibelots et des colliers.

Usages médicinaux

Erythrina abyssinica est largement utilisé dans la médecine traditionnelle.La base de données Prélude recense 86 études ethnopharmacologiques mentionnant son usage.

La base de données Prota cite les usages suivants :

« L’écorce prélevée sur les tiges est la principale partie utilisée. Elle est indiquée pour traiter les morsures de serpent, le paludisme, des maladies sexuellement transmissibles comme la syphilis et la gonorrhée, l’amibiase, la toux, les vomissements, les hépatites, les maux d’estomac, les coliques et la rougeole.
L’écorce grillée et réduite en poudre s’applique sur les brûlures, les ulcères et les œdèmes.

Le liquide extrait de l’écorce broyée de tiges vertes s’utilise pour soigner les conjonctivites provoquées par Chlamydia trachomatis (trachome) ; le jus d’écorce se boit aussi comme vermifuge.

L’écorce s’emploie aussi contre les vomissements. Les fleurs écrasées servent à traiter la dysenterie. La macération de fleurs se boit comme abortif et s’applique en externe contre l’otalgie. Les racines se prennent pour traiter les ulcères peptiques, l’épilepsie, le paludisme, la blennorragie et la schistosomiase. Les feuilles se prennent pour traiter les ulcères peptiques ainsi que dans le traitement de la diarrhée. La décoction de feuilles sert d’émétique. Les feuilles s’appliquent en externe sur les plaies et les articulations douloureuses ; elles s’emploient également pour traiter les maladies de peau des bovins. Des extraits de fruit se prennent dans le traitement de l’asthme et de la méningite. »

Recherche pharmacologique

La recherche pharmacologique a démontré que l’écorce a des activités hypoglycémiantes, antioxydantes, antimicrobiennes, antiplasmodiales et hépatoprotectrices.

Plusieurs composés ont été isolés de l’écorce de racine, qui ont fait ressortir un vaste spectre de propriétés antimicrobiennes. L’extrait brut de l’écorce de racine s’est avéré avoir une activité antiplasmodiale contre Plasmodium falciparum ; les composés actifs sont des flavonoïdes et des isoflavonoïdes. Les extraits d’écorce de tige ont eu aussi une activité antiplasmodiale contre des souches résistantes à la chloroquine de Plasmodium falciparum, et ce sont des flavonoïdes qui ont été isolés comme matières actives. Les graines contiennent un poison de type curare.

Un article sur les propriétés hépatoprotectrices d’Erythrina abyssinica est disponible sur le site lavierebelle.org.

Culture

Source : Prota

Multiplication et plantation

Erythrina abyssinica peut être multiplié par graines. Le poids de 1000 graines est d’environ 150 g. Il faut récolter les graines dans les gousses mûres qui sont encore sur l’arbre ; on en trouve partout. On les met à sécher au soleil pendant un jour avant de les stocker. Les graines peuvent se conserver longtemps si on les garde à l’abri de la chaleur et de l’humidité, ainsi que des insectes, par ex. en y ajoutant des cendres. Le taux de germination des graines est généralement faible : 10–30%. Un traitement préalable à l’eau chaude ou à l’acide sulfurique concentré peut augmenter le taux de germination jusqu’à 90%. La scarification des graines est également bénéfique pour la germination ; cette opération peut se faire par abrasion au papier de verre ou au couteau en pratiquant des entailles, puis il faut plonger les graines dans de l’eau pendant quelques heures jusqu’à ce qu’elles se mettent à gonfler. Pour obtenir une croissance optimale, on inocule les graines avec des bactéries appropriées de Rhizobium juste avant le semis. Les graines peuvent être semées dans des lits de semis de sable stérile ou dans des sacs en plastique contenant un mélange de terre, de sable et de compost (2:1:1). Il faut les semer avec le hile vers le bas et les recouvrir d’une fine couche de terreau. Les semis peuvent être repiqués lorsqu’ils atteignent 20–30 cm de haut. Un semis direct au champ est également possible.

La multiplication par bouturage réussit souvent lorsque les boutures sont plantées pendant la saison des pluies. On effeuille les boutures et on les met directement en terre. Le marcottage aérien est également pratiqué.

Croissance et développement

Les semis développent un profond système racinaire avant le démarrage de la croissance de la tige. La croissance des arbres est moyennement rapide, mais la vitesse de croissance est très variable en fonction des conditions du sol. Les arbres sont caducifoliés et fleurissent lorsqu’ils sont dépourvus de feuilles. Ils sont alors voyants et décoratifs. La floraison est irrégulière, mais s’étale sur une longue période : de septembre à avril en Ethiopie, de janvier à mars au Kenya et de juillet à novembre en Afrique australe. Les fleurs sont pollinisées principalement par les oiseaux, souvent des souimangas. Les graines sont mûres 2 mois environ après la floraison. Erythrina abyssinica est un arbre fixateur d’azote.

Feuillage d’Erythrina abyssinica (Zimbabwe)

Gestion

Les arbres peuvent être conduits par étêtage et par coupe en taillis. Il faut se garder de tailler les semis avant qu’ils aient atteint l’âge d’un an. Une pratique consiste parfois à planter de gros poteaux vivants de 2,5 m de long et de 8–10 cm de diamètre comme arbres d’ombrage ; ces poteaux peuvent produire une canopée de 3–4 m de diamètre en 6 mois. On utilise couramment des souchets pour faire des haies vives.

Erythrine à Huye (Rwanda)
Mis en ligne par La vie re-belle
 5/02/2021
 https://lavierebelle.org/erythrina-abyssinica-umuko

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