Écologiste des sols et des couverts végétaux australienne, Christine Jones a acquis une renommée internationale de par ses talents à transmettre ses connaissances et son expérience d’activiste de la vie des sols et des plantes.
Après avoir obtenu une licence en sciences à l’université de Nouvelle-Galles du Sud, à Kensington et un doctorat en philosophie à l’université de Nouvelle-Angleterre, en Nouvelle-Galles du Sud, Christine Jones a enseigné l’agronomie, la pédologie et la botanique dans ces deux universités.
Ses connaissances ne sont pas seulement académiques, elles sont également dues à une longue expérience de terrain avec des agriculteurs et éleveurs innovants qui ont choisi de mettre en œuvre des pratiques régénératives.
Christine a à son actif de nombreuses publications, notamment dans la presse agricole, et l’organisation et l’animation d’innombrables ateliers, journées sur le terrain, séminaires et conférences en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud, au Zimbabwe, en Europe occidentale, en Amérique centrale, aux États-Unis et au Canada.
En 2004, Christine Jones a fondé Amazing Carbon et Carbon for Life Incorporated afin de faire connaître aux agriculteurs et aux citoyens intéressés les ressorts de la vie des sols et les moyens pratiques de la stimuler de rendre florissante leur faune bactérienne, d’activer leur capacité à séquestrer du carbone et d’améliorer leur fertilité, leur résilience, leur productivité et leur capacité à produire une nourriture de qualité pour les animaux et les humains.
En 2007, Amazing Carbon a organisé un forum intitulé « Managing the Carbon Cycle » (Gérer le cycle du carbone) à Katanning afin de mettre en avant les avantages de l’intégration du programme australien d’accréditation du carbone dans les sols, notamment dans les domaines de la biodiversité, de la productivité, de la qualité de l’eau, de l’érosion et de la santé des communautés et des bassins versants.
L’année suivante, Amazing Carbon a initié une série de forums, pour populariser les pratiques d’agriculture régénérative permettant d’améliorer la santé des sols, d’augmenter leur teneur en carbone et d’accroître la résilience des terres agricoles. Ces initiatives comprenaient des ateliers, des journées sur le terrain et des séminaires à l’échelle mondiale, qui enseignaient aux agriculteurs comment maximiser la photosynthèse des plantes afin de séquestrer le carbone atmosphérique dans la matière organique stable du sol, et de favoriser ainsi les cycles nutritifs, la rétention d’eau et la biodiversité.
Lors du forum de Kingaroy, Christine Jones a présenté ses travaux novateurs sur « la voie du carbone liquide » (Liquid Carbon Pathway), un concept expliquant comment les plantes transfèrent efficacement le carbone atmosphérique dans le sol sous forme de matière organique stable vie les exsudats racinaires et le microbiome souterrain des plantes. L’événement a fait la lumière sur la manière dont les pratiques régénératrices, telles que l’augmentation de la diversité végétale et la réduction du labour, tirent parti de cette voie pour construire un sol sain, améliorer la rétention d’eau et créer des puits de carbone, offrant ainsi des solutions pour une agriculture durable et l’atténuation du changement climatique, comme le détaillent ses articles et ses conférences de l’époque.
En 2007, Christine Jones lance le programme ASCAS – Australian Soil Carbon Accreditation Scheme – autrement dit le « programme australien d’accréditation du carbone dans les sols » prévoyant de mesure les taux de séquestration du carbone des terres agricoles et des pâturages gérés de manière régénérative. Ce programme prévoyait que des « crédits carbone » seraient versés annuellement et rétrospectivement sous forme de prime pour les augmentations validées du carbone dans les sols au-delà des niveaux de référence initiaux déterminés dans les zones de séquestration définies. Première initiative de ce type dans l’hémisphère Sud, le modèle ASCAS reposait sur une récompense financière du secteur privé, créant ainsi un instrument collaboratif et progressif basé sur le marché susceptible d’aider à traiter un large éventail de questions environnementales.
En 2009, grâce au soutien d’Allan et Kay Hill, qui ont vu un reportage de l’émission télévisée ABC Landline sur la vision de Christine visant à améliorer la santé des paysages et la productivité agricole grâce à la restauration des sols,1, Christine Jones créé le prix A & K Hill Green Agriculture Innovation Awards (GAIA) qui récompensait les personnes se passionnant pour la promotion de pratiques de gestion régénérative des terres qui améliorent à la fois la fonction des sols, la production agricole, la biodiversité, la qualité des aliments et les résultats en matière de séquestration du carbone. (Les prix GAIA ont été décernés pendant cinq ans).
Le travail de Christine Jones a stimulé les études sur les sols, et le développement de l’agriculture régénérative dans son pays et au-delà.
Christine Jones a largement contribué à démystifier et populariser des savoirs et des concepts issus de la microbiologie des sols permettant de comprendre les processus qui sont essentiels pour construire une agriculture fertile, respectueuse du vivant, régénératrice des cycles de l’eau et des éléments. Parmi ces concepts qui ont ainsi pu échapper à l’entre soi des cercles scientifiques on peut citer :
• le concept de microbiome qui rend sensible que les microbes sont essentiels à la vie et à la sécurité alimentaire et qu’il est est essentiel en agriculture de travailler en collaboration avec eux ;
• le concept de « Sociobiome du sol » qui permet d’avoir une vision systémique de la terre comme un écosystème interconnecté ;
• le concept d’holobiome qui rend perceptible que les plantes et les communautés microbiennes qui leur sont associées (microbiome central) fonctionnent comme une unité, influençant la santé des plantes.
• Le concept de « détection du quorum » (quorum sensing), c’est-à-dire de densité microbienne minimale qui permet aux bactéries de communiquer entre elles, et d’agir ensemble aux bénéfice des plantes.
Les concepts de « carbone liquide » et de « voie du carbone liquide » qu’elle a développés, permettent de comprendre comment les plantes nourrissent les microbes via les exsudats racinaires, formant ainsi la structure du sol et transférant l’énergie et les nutriments.
Sur la base des observations des effets de la maximisation de la photosynthèse rendu possible par la présence permanente d’une couverture végétale diversifiée elle a pu avec d’autres promouvoir des techniques simples qui améliorent les cycles de l’eau, les cycles des nutriments, la captation de carbone, la création de sols fertiles, la production de culture plus résilientes aux stress.
En Juillet 2024, Christine Jones a annoncé son départ à la retraite, et la fin de sa participation à des événements qu’elle organiserait.
Christine Jones fait partie d’une génération de scientifiques en lien avec le terrain et d’agriculteurs eux-mêmes chercheurs et expérimentateurs qui permettent de penser et mettre en œuvre une agriculture qui n’est plus fondée sur l’apport d’intrants servant à combler les déficiences du sols générée par les pratiques agricoles et sur l’apport de pesticides pour pallier les fragilités des plantes du fait de ces mêmes pratiques, pour adopter une agriculture qui stimule les processus du vivants et autorise les écosystèmes et les supra-organismes plantes-microbes à réaliser ce qu’il font depuis la nuit : générer toujours plus de fertilité et de vie.
Parmi les qualités de Christine Jones, on peut citer sa capacité à rassembler des informations scientifiques très pointues et à les traduire en connaissances pratiques et pertinentes pour l’agriculture ; sa capacité à défier les conventions ; son humilité et sa conviction, en tant que scientifique, que les agriculteurs sont les précurseurs de la connaissance et que le rôle de la science est de rattraper son retard et d’expliquer les phénomènes qu’ils observent.
Pour contribuer à élargir la réception des travaux de Christine Jones, j’ai entrepris de traduire en français ses articles et le verbatim de certaines de ces interventions, pour que le public francophone puisse avoir accès à l’héritage intellectuel de cette activiste et pédagogue de la vie des sols que j’appelle avec respect Lady Carbone.
Vous trouverez dans cette rubrique la bibliographie et une partie de la vidéographie de Christine Jones ordonnées chronologiquement. Progressivement toutes les mentions seront dans la mesure du possible associées aux textes, vidéo et verbatim de ces références en français et en anglais
13/01/2026
https://lavierebelle.org/lady-carbon


