Les argiles : précieuses matières médicinales

Cet article est une présentation de trois recherches sur les vertus médicinales des argiles, déjà accessible en cible, et dont la juxtaposition montre l’éventail des propriétés et des usages médicinaux.

- la première partie : Histoire des usages médicinaux de l’argile est extraite de la thèse de doctorat en médecine de Jade Allègre, Les silicates d’alumine (argiles) en thérapeutique. Une pratique coutumière ancienne relayée dans la médecine moderne,

- la deuxième partie Propriétés des argiles est extraite de la thèse de doctorat en Pharmacie de François Hernot : L’argile, son utilisation à l’officine

- la troisième partie L’argile en usage interne est extraite de l’ouvrage L’Argile qui Guérit. Mémento de Médecine Naturelle de Raymond Dextreit.

- la quatrième partie Modalités d’action de l’argile est extraite de la recherche déjà citée de Jade Allègre.

Les argiles : précieuses matières médicinales

Histoire des usages médicinaux de l’argile

Extrait de Jade Allègre, Les silicates d’alumine (argiles) en therapeutique. Une pratique coutumière ancienne relayée dans la médecine moderne, Thèse de Doctorat en Médecine Diplôme d’Etat Université Paris XIII Faculté de médecine de Bobigny "Léonard de Vinci" Année 2012

Jade Allègre

Préhistoire

Il se pourrait que l’homme consomme des argiles depuis toujours : l’usure des prémolaires de la première dentition d’Homo erectus et Homo neanderthalensis est en tout point superposable à celle des enfants géophages actuels [1]. La découverte sur les sites habités de dépôts d’argiles en poudre en tous points semblables à celles recherchées par les peuples traditionnels actuels incite à le penser également. Mais en ce qui concerne leur usage médical, il ne peut, bien sûr, y avoir de preuves en des temps aussi reculés.

En revanche, dès que l’écriture existe les témoignages affluent, que ce soit en Égypte, à Sumer, en Chine [2], ou chez les grecs et les romains.

Antiquité

Au VIIIe siècle avant J-C, les silicates d’alumine figurent en bonne place dans la pharmacopée du Proche Orient, et le paysan mésopotamien les utilise couramment. En Egypte, le papyrus Ebers (1.600 avant J.C., copie d’un document de 2.500 avant J.C.) décrit des traitements utilisant les argiles, en particulier pour soigner l’acidité gastrique.

Les argiles thérapeutiques sont présentes dans la mythologie gréco-romaine : chassé de l’Olympe par Zeus, Héphaistos (Vulcain) tomba sur l’île de Lemnos et se fractura un membre qu’il guérit avec des argiles.

Chez les Grecs antiques, Aristote (384-322 avant J.C.) rend compte de l’utilisation des argiles médicinales. Dioscoride, médecin, pharmacologue et botaniste de renom, expose les thérapies minérales dans son ouvrage « De Materia Medica » (60 après J.C.) [3], un ouvrage qui fera référence jusqu’au XVIème siècle. Il différencie les argiles selon leur provenance et précise leurs indications spécifiques et recommande :

- l’argile de Lemnos (probablement une kaolinite ou un mélange illite/smectite) comme antidote contre les morsures d’animaux venimeux et piqûres ;
- la Cimoléenne (probablement une smectite calcique) associée au vinaigre pour résoudre les gonflements et stopper les écoulements purulents ;
- l’argile de Morochtos (composition non connue) pour vider les ulcères et arrêter les saignements

Il est intéressant de signaler que l’adjonction de vinaigre à une argile a pour effet de produire de l’acétate d’alumine, substance bien connue des pharmaciens, contribuant au traitement des inflammations. Elle permet aussi de dissoudre le calcium naturellement associé aux argiles, et par là d’augmenter la concentration du produit en particules argileuses vraies et son efficacité.

Dioscoride et page de la traduction arabe de son ouvrage De materia medica

Chez les Romains, Pline l’Ancien (23–79 après J.C.) porte ce médicament en haute estime, affirmant qu’il est le deuxième élément le plus important de la pharmacopée, après le cinabre (sulfure de mercure). Il décrit l’ingestion de boues argileuses d’origine volcanique pour traiter les maux d’estomac et d’intestins [4]. Il évoque également leur bonne renommée en usage externe dans les cas de douleurs aux yeux et larmoiements, ainsi que pour enrayer les hémorragies (en mélange avec du vinaigre), guérir les morsures de serpents, soigner les reins et la rate, et normaliser les menstruations trop abondantes. Pline [5] détaille ainsi les usages :

• de Samos on obtient deux argiles thérapeutiques, dont l’une soigne en externe le larmoiement et les ulcères ophtalmiques, et en interne les maux d’estomac, les sensations vertigineuses et l’instabilité mentale. Toutes deux sont efficaces contre les vomissements de sang et servent, en externe, à fabriquer des onguents pour les yeux ;

• de Chios une argile qui « embellit la peau », utilisée comme cosmétique par les femmes ;

• d’Erétrie, sur la côte occidentale de l’île d’Ebée, une argile efficace pour la cicatrisation des plaies, le traitement des céphalées, et la détection des suppurations internes ;

• de Cimolée : une argile qui, associée au vinaigre, résout tous les gonflements, arrête les suppurations, réduit les tumeurs de l’aine et celles de la parotide ainsi que le gonflement de la rate, et enlève les boutons. En dispersion dans le bain, elle prévient la transpiration excessive. Associée au cuivre et au fer elle permet de nettoyer les blessures et les fistules, et d’enlever les callosités.

• de Lemnos : cette argile annihile les poisons, non seulement avant leur absorption mais même après celle-ci (en usage interne), et guérit les blessures anciennes se cicatrisant difficilement, les morsures de vipères et de bêtes sauvages et les piqûres (par voie externe).

Très impressionné par les écrits de Dioscoride, Galien (131-201 après J.C.) effectue deux voyages en bateau jusqu’à Lemnos (relatés dans son ouvrage Vertus des Simples), une île grecque du Nord-Est de la mer Égée, dont les argiles étaient réputées dans tout le monde antique sous le nom de terra sigillata, « terre sigillée », « terre marquée d’un sceau », car elle était estampillée par un sceau représentant la déesse Diane. C’était une célébrissime panacée, dont la production annuelle était réservée en priorité aux monarques et notables. Il en acheta vingt mille médaillons (galettes circulaires épaisses, d’un « pouce » de diamètre) à fin d’expérimentation, et les utilisa avec succès pour soigner les affections stomacales et intestinales, mais aussi contre les fièvres de la malaria.

Hippocrate et Galien, fresque du début du XIIIe siècle, dans la crypte de la cathédrale Sainte-Marie

Marco Polo, bien plus tard, sera témoin de cet usage antipaludéen chez les pèlerins musulmans de Nishapur, au Nord-Est du Khorasan, en Iran [6].

Selon les indications qui lui en avaient été données par les îliens, Galien les mélangea avec du genévrier (vomitif) pour décontaminer un patient intoxiqué par des cantharides et du lièvre de mer (Aplysia depilans, mollusque) et commenta ainsi les résultats : « le patient ne présenta aucun des symptômes consécutifs à cette consommation, bien que l’absorption de substances mortifères n’aie fait aucun doute ». Galien témoigna également de leur efficacité, mélangées à du vinaigre fort, pour traiter par voie externe les morsures (en particulier les morsures de chiens) et piqûres d’animaux venimeux, les ulcères malins et les plaies torpides [7]. La renommée de la terre sigillée persistera en Europe jusqu’au XIXe siècle.

Moyen Age

Avicenne (980–1037 après J.C.) décrit douze types d’argiles dans son livre Qânün (Le Canon) et Averroès (1126–1198 après J.C.) classe également les différentes argiles d’intérêt thérapeutique.

Avicenne (980-1037)

Tous deux en recommandent l’utilisation. Au XIIème siècle, en Europe, apparaissent les Lapidaires, des ouvrages spécialisés dans le traitement par les minéraux, et l’un des plus fameux, le Lapidaire du roi Alphonse Le Sage (1221–1284 AD) reprend sur ce sujet des sources chaldéennes, elles-mêmes issues de documents plus anciens dont la source n’est pas connue.

Lapidaire du roi Alphonse X, dit Alphonse Le Sage

En 1348, lors d’une épidémie de peste pulmonaire, dont la contamination était infiniment plus rapide que celle de la forme bubonique - il suffisait d’écouter le malade parler pour être contaminé - Philippe de Valois demanda à la faculté de médecine de Paris de rédiger un traité de prophylaxie : le bol arménien (argile ferrugineuse) et la terre sigillée y figuraient en bonne place.

À la fin du Moyen Age apparaît une nouvelle forme galénique : la Pierre, constituée exclusivement de substances minérales. La Pierre de Salut, dont on disait à l’époque « sans Pierre de Salut point de salut », contenait 12,5% d’argiles. La pierre médicamenteuse, qui guérissait les ulcères et fistules rebelles, en contenait quant à elle 41,38%.

Renaissance

Les médecins d’autrefois étaient aussi demandeurs de preuves expérimentales que ceux d’aujourd’hui : en 1581 en Allemagne, à Langenburg, région de Hohenloe, un voleur multirécidiviste condamné à la pendaison, Wendel Thumblardt, se propose comme cobaye pour tester in vivo les qualités antipoison des argiles. Les médecins lui administrent, devant huissier, une drachme (environ 4,3 grammes) et demi de mercure (chlorure de mercure) - soit plus de onze fois la dose mortelle - puis une drachme de Terra Sigillata dans du vin vieux. Le pauvre homme en fut « fort vexé et tourmenté », mais rendu à ses amis en bonne santé [8]...

« Comprimés » de terra sigillata

En 1598, Pierre-Richer de Belleval, doyen de la faculté de médecine de Montpellier - l’université la plus réputée d’Europe à l’époque - et l’un des plus célèbres botanistes de son temps, écrit au roi de France Henri IV pour le prier d’envisager la mise en exploitation de carrières d’argiles dans la région de Blois : « Advis utile et profitable d’une terre qui se trouve au terroir de Blois, semblable en vertu à la terre de Lemnos. Elle a la propriété de la lemnienne tât es dissenteries et autres flux de ventre, crachements de sang, vomissements, catharres, poisons, piqueures de serpens, ulcères envieillis comme en autres maladies »[9]. Sa quête fut certainement agréée car il y eut désormais en pharmacie le « bol de Blois » (bol = bouchée). A cette époque, les monarques ingéraient des argiles chaque jour, afin de se prémunir contre d’éventuelles tentatives d’empoisonnement.

La Renaissance voit aussi apparaître des Pharmacopées, qui classent les minéraux utilisés pour les soins, et réglementent leur mode d’obtention et leur usage. On procède aux premières réelles classifications minéralogiques.

Époque moderne

Un dictionnaire botanique et pharmaceutique français de 1716 témoigne des usages habituels des silicates d’alumine à cette époque : il y est écrit « leur principal usage est dans la fièvre maligne, la peste, la diarrhée, la dysenterie, les morsures de bêtes venimeuses, les hémorragies, les gonorrhées (N.B. : à mettre en parallèle avec l’usage actuel d’argiles contenant des traces de mercure en Afrique sub-saharienne), les flueurs blanches (pertes vaginales) et le vomissement. On s’en sert aussi extérieurement pour arrêter le sang, pour dessécher les plaies, pour mondifier (nettoyer, déterger) les plaies empoisonnées et les piqûres de bêtes venimeuses, pour purifier et consolider les ulcères chancreux et malins (…) l’expérience a fait voir que donnée toute crue comme elle sort de la mine, elle guérissait l’épilepsie et les philtres ». [10]

Aussi surprenante que paraisse cette assertion concernant l’épilepsie, il semble qu’elle puisse parfois se vérifier : j’ai pu en être témoin à plusieurs reprises.

Époque contemporaine

En 1818, le bol d’Arménie et la terre sigillée sont toujours inscrits au Codex. Outre leur utilisation dans les affections digestives, les argiles sont encore conseillées dans les affections cutanées et ophtalmiques.

Dans les années 1900, les petits français, au sortir de l’école, détachaient des carrières à ciel ouvert des parcelles d’argile rouge qu’ils suçaient avec délice, comme ceux d’aujourd’hui le chocolat, et que l’on appelait... la terre « sigelée », à cause de son aspect lisse comme celui d’un liquide gelé ! [11]

Il semblerait que, pendant la première guerre mondiale, les silicates d’alumine aient été ajoutés à la moutarde de la ration militaire russe, ce qui permit à ces régiments de se prémunir contre la redoutable dysenterie.

De nos jours, le Dorosz [12], guide pratique des médicaments très apprécié de nos internes en médecine, préconise encore l’administration d’argiles montmorillonites calciques (fuller’s earth) – ou, à défaut, d’Actapulgite ou de Bedelix - dans le traitement de l’intoxication au paraquat, un herbicide extrêmement corrosif que les désespérés ingèrent pour se suicider.

Actuellement en officine

La gastro-entérologie est actuellement le seul domaine de prescription des spécialités destinées à la voie interne. Selon la Haute Autorité de Santé (H.A.S.), dont les commissions de la transparence ont étudié avec rigueur les études cliniques publiées dans les revues de niveau 1, le service rendu par ces spécialités est insuffisant dans leurs indications. Nous avons compilé ces rapports, et les tenons à disposition.

Galette d’argile destinées à la consommation (Haïti)

Références citées :

1. Baudouin M (1911), Bull. et Mém. de la Soc. d’Anthr. de Paris, 1er juin
2. Carratero M.I., Gomes C.S.F., Tatéo F., (2006) Developments in Clay Science, vol I, éd. Elsevier Ltd.
3. Dioscoride, « De Materia Medica », 60 après J.C., (V, 97 (113))
4. Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, chapitre XXXV, 16, 53-56 et 33-34
5. Traductions de Dioscoride et de Pline et estimations minéralogiques effectuées par Robert H.S. Robertson (1986), Fuller’earth, a history, éd. Volturna Press
6. Marco Polo, Le devisement du monde, 1298
7. Galien, XII De simpl.med. IX
8. Thompson C.J.S (1913), Terra Sigillata, a famous medicament of ancient times. History of Medecine, section XXIII, London.
9. Pierre-Richer de Belleval, (1598) Paris, E. Prevosteau. BNF, document manuscrit.
10. Le Conte L., (1716) Dictionnaire botanique et pharmaceutique, Paris
11. Leclerc G. (1947), Les mangeurs de Terre ou la géophagie au Maroc… et ailleurs. La Libre Pharmacie, 23 : 13-14
12. Dorosz Ph., Vital Durand D, Le Jeunne Cl. (2012), Guide pratique des médicaments 2013. Ed. Maloin

Propriétés des argiles

Extrait de HERNOT François, L’argile, son utilisation a l’officine, Thèse pour le Diplôme d’État de Docteur en Pharmacie, Université d’Anger, 2016

Les propriétés de l’argile sont définies par sa constitution chimique, l’épaisseur et l’écartement de ses feuillets.

Feuillets d’argiles

Absorption et Adsorption

L’absorption correspond à l’internalisation d’un liquide ou d’un gaz. L’exemple typique est celui de l’éponge s’imbibant de liquide. Au niveau de l’argile ce phénomène est passif, il se produit par capillarité, contrairement à l’absorption au niveau du tube digestif.

Pourcentage d’absorption de différentes argiles :

- Attapulgite : 40 %
- Illite : 25 %
- Montmorillonite 20 %

Les argiles les plus absorbantes ne sont pas conseillées en usage interne. Le risque de constipation est trop important. Elles sont généralement utilisées comme capteur de liquides et d’odeur (entrent dans la composition des litières) ou comme détachant,…

L’adsorption est une autre qualité des argiles. Contrairement au phénomène d’absorption qui internalise les molécules (à l’état liquide ou gazeux), l’adsorption correspond à la fixation de molécules en surface. Elle s’applique également aux liquides et aux gaz. Cette fixation peut être ionique, électrostatique ou encore relative aux tensions superficielles.

Deux types d’adsorptions sont identifiés. Le premier est physique, par la formation de complexes avec des molécules organiques, les liens électrostatiques entre les feuillets et les cations interfoliaires étant très faibles (liaisons de Van der Waals), ils permettent la fixation de molécules organiques externes. Le second l’adsorption chimique, qui relève des liaisons ioniques, est la majeure partie du pouvoir adsorbant.

Les argiles étant chargées négativement à l’intérieur et positivement en surface (image 9). Les atomes de silicium (Si) et aluminium (Al), à l’intérieur de la structure, sont positifs. Les ions oxygène (O) et hydroxyles (OH) au sommets de la structure sont négatifs. Ces ions négatifs à la surface du feuillet sont fixés à des atomes de sodium (Na), chargés positivement.

L’adsorption est mesurable par les échanges ioniques, par la méthode CEC (capacité d’échange de cations). C’est une méthode colorimétrique à l’aide de bleu de méthylène exprimée en milliéquivalents de colorant adsorbé pour 100g d’argile. [ P. Andrianne, 2003 page 66-67 ]

Surface spécifique et capacité d’échange de cations de différentes argiles.

C’est de la charge positive de surface que découle une grande partie des propriétés des argiles. Cette propriété est utilisée dans le raffinage du pétrole, celui du sucre ou encore des huiles, ainsi que dans certaines méthodes analytiques telles que l’HPLC (High Performance Liquide Chromatography).

L’argile, dont le pouvoir d’adsorption est optimal, est la smectite, argile utilisée en thérapeutique (exemple : Smecta®).

Les argiles peuvent donc adsorber des toxines, virus, bactéries, antibiotiques, acides organiques, gaz intestinaux, alcaloïdes,… Elles ont un rôle anti-infectieux par fixation des microorganismes qui seront ensuite éliminés dans les selles. Leur efficacité est démontrée pour certaines espèces bactériennes (se reporter au chapitre 3), également comme détoxiquant par élimination de toxines. Pour exemple, la strychnine (Alcaloïde indolique extrêmement toxique) est neutralisée jusqu’à 250mg/g d’argile.

Comparatif des pouvoirs d’absorption et d’adsorption de différentes argiles.

Ces propriétés font des argiles des épurateurs d’eau naturels. [ O. Qabaqous et coll., 2014. ]

Thixotrope, couvrance

L’effet thixotrope fait passer l’argile de l’état solide à celui d’un gel en fonction de son hydratation. Par adsorption, l’argile va gonfler par écartement de ses feuillets jusqu’à disparition des espaces libres entre les cristaux. L’eau ne peut alors plus circuler, rendant la roche imperméable. Se gorgeant d’eau, elle devient une réserve disponible pour les plantes alentours. [ P. Andrianne, 2003, page 68 ]

En cas de charge forte unissant les feuillets, ceux-ci ne se sépareront pas, empêchant l’eau de s’infiltrer. Ces argiles ne gonfleront pas en présence d’eau. Le gonflement d’une argile dépend donc de la charge des ions unissant les feuillets. Seuls les ions de charge faible laisseront l’eau s’adsorber. [ P. Andrianne, 2003, page 55] La chlorite, quand à elle, ne possède pas de pouvoir de gonflement. [ J. Orcel, S. Caillère, S. Hénin, 1950, page 332 ]

Cette propriété visant à écarter les feuillets les uns des autres empêche également tout passage d’oxygène. Cela en fait un antibactérien par blocage d’apport en dioxygène aux micro-organismes aérobies. Le pouvoir couvrant résulte de l’effet thixotrope. Le gel formé se fixe à la muqueuse digestive. Les feuillets, de part la disparition des espaces libres, empêchent l’accès à la muqueuse des acides. Ce processus permet de soulager les douleurs de la sphère digestive, avec un effet protecteur des muqueuses digestives.

Autres propriétés : Acide, oxydo-réductrice, photovoltaïque, radioactive

Le pH de l’argile varie de 4,6 à 10,2. Les argiles présentent des atomes de surface à caractère accepteur ou donneur d’électrons. Les sites donneurs vont piéger les accepteurs d’électrons et inversement. Ceci est lié à un caractère acide des argiles. Les minéraux argileux vont réagir comme des catalyseurs acides. Une charge sera transférée entre les formes adsorbées ou entre cations échangeables ou bien l’oxydation ou la réduction du cation à la surface de l’argile par le champs électrique fort du cation. Cette propriété varie selon les argiles ainsi que les substances en contact avec celles-ci. La nature du cation échangeable de l’argile, sa teneur en eau ou encore sa charge électrique négative feront varier l’acidité.

L’argile peut capter, transférer et cumuler l’énergie solaire (et également radioactive). Une expérience de la NASA recense qu’un bombardement d’argile par des charges énergétiques électrique et photonique modifie sa structure par acceptation d’électrons libres. [ L. Coyne, 1984 ] Cette propriété est relative à la présence de silice dans la structure de l’argile. Cet oligoélément est capable de retenir les photons et de les stocker sous forme d’énergie électrique, principe du photovoltaïque. L’énergie électromagnétique engendrée par l’argile au contact du soleil est transmise au corps en contact avec celle-ci. Si l’argile est mise en suspension dans un verre d’eau en verre fin, celui-ci se casse malgré l’absence de choc. Dans le même ordre d’idée, l’argile ne doit pas être touchée avec du métal afin de ne pas recevoir de décharge.

On appelle propriété « radioactive » de l’argile la présence de roches dégradées présentant une faible radioactivité résiduelle. L’argile possède donc une certaine radioactivité naturelle. Elle profite à l’argile comme actif. Cette radioactivité est régénératrice, l’argile peut même absorber certaines radiations nocives. Elle est capable de capter la radioactivité en excès dans les corps ou d’en transmettre en cas de carence offrant une protection naturelle à l’organisme. [ P. Andrianne, 2003 page 67 ]

Ces propriétés expliquent la raison pour laquelle l’argile est dite riche en énergie.

L’argile en usage interne

Extrait de RAYMOND DEXTREIT L’Argile qui Guérit Mémento de Médecine Naturelle

« L’argile prise par voie buccale est maintenant bien acceptée et ne suscite plus, comme il fut un temps, des sentiments de répulsion injustifiée. C’est que, d’une part ses bienfaits commencent à être mieux connus et que, d’autre part, cela n’est pas du tout désagréable à prendre.

Nous avons dit qu’il n’était pas possible de prouver toutes les explications de l’action bénéfique de l’argile, cependant certaines sont assez évidentes pour être évoquées.
Elle est par exemple, bactéricide et peut rendre inoffensive l’eau polluée.

Son pouvoir absorbant peut être mis à contribution pour enlever à l’eau de ville ses relents chimiques de chlore, etc. Cette action ne se borne pas à la désodorisation, mais se poursuit tout le long du trajet digestif et libère le canal de bien des intrus, gaz entre autres.

Tout ce qui est malsain, donc émetteur de radiations négatives, est attiré invinciblement vers l’argile, radiant pôle positif. Puis c’est l’élimination rapide, à moins que… À moins que l’importance des déchets ainsi drainés vers les intestins n’y occasionne quelque embarras qu’il importe de résoudre au plus tôt avec une tisane laxative. Il est possible aussi de venir à bout de cet embarras en buvant beaucoup entre les repas afin que le volume de liquide soit suffisant pour délayer ces amas solides et les évacuer.

Pour éviter ces petits inconvénients de départ qui, hâtons-nous de le dire, ne surviennent pas toujours, il est préférable de ne boire, au début, que de l’eau argileuse, en laissant le dépôt au fond du verre.

Pour toutes les irritations, ulcérations ou même ulcère (voire cancer) des organes digestifs, l’argile constitue un pansement, non pas neutre comme les « plâtrages » habituels, mais d’une extrême activité, éliminant les cellules détruites et activant leur reconstitution. De plus, les propriétés colloïdales de l’argile agissent comme détersives et enlèvent toutes les substances nocives.

La même action adoucissante, absorbante et cicatrisante se manifestera à l’égard des entérites, de la dysenterie, amibienne ou autre.

Tout cela, c’est l’action « directe », l’action immédiate sur tout le canal digestif ; mais l’activité de l’argile, aussi intéressante soit-elle en ce domaine, va bien plus loin.
L’argile ne fait pas que guérir la constipation ou les diarrhées, ce qui n’est déjà pas si mal, elle agit sur tous les organes, dans tout l’organisme. Continuant son travail d’épuration, elle le poursuit dans le sang, qu’elle nettoie et enrichit. La même cuillerée à café d’argile peut guérir une furonculose rebelle et une anémie tenace.
La furonculose, cela s’explique par son pouvoir absorbant, mais l’anémie ! L’argile contiendrait-elle une profusion de corps minéraux, fer notamment ? Même pas. Elle est constituée surtout de silicate d’alumine dont le pouvoir cicatrisant est médicalement démontré par des expériences avec l’aluminium ; elle contient encore, mais en bien moindre proportion, de la chaux, de la magnésie, du sesquioxyde de fer, etc.

Selon des analyses faites au Centre National de la Recherche Scientifique (C.N.R.S.), l’argile contient les oxydes, bioxydes, trioxydes, etc., suivants : silice (31,14 à 41,38), titane (0,47 à 1,89), alumine (40,27 à 48,13), fer (0,11 à 0,78), calcium (0,05 à 0,13), magnésium (traces à 0,05), sodium et potassium (0,25 à 0,85).

Cette composition ne suffit pas à expliquer son action reconstituante des globules rouges du sang qu’il est facile de justifier par le test de la numération globulaire. En un mois, on assiste à une impressionnante augmentation des hématies. Partout où il y a carence, l’argile semble combler ces carences sans que l’analyse ne révèle une exceptionnelle richesse de ces substances carencées dans l’argile.

C’est que l’argile fait bien autre chose que de déposer passivement une substance qu’elle renferme et dont le corps manque. C’est peut-être ainsi qu’agissent les remplaçants de synthèse, mais l’argile doit faire autre chose que de suppléer une déficience.

Une explication semble pouvoir être donnée au rôle joué par l’argile dans le métabolisme. En effet, selon une publication de la NASA, l’argile aurait joué un rôle important, à l’apparition de la vie sur terre, en contribuant à la concentration des acides aminés, éléments constitutifs des protéines.

Renfermant des métaux, les argiles attirent les nucléoprotéines dont l’assemblage forme les chaînes d’acide désoxyribonucléiques (A.D.N.). Aussi est-il probable que l’argile peut intervenir dans le processus de la transformation et de l’assimilation des éléments nutritifs, donc dans les phénomènes d’entretien de la vie et de défense contre les agressions et le vieillissement.

Si un organe fonctionne mal ou si une fonction ne s’accomplit qu’en partie, ce n’est pas porter remède que d’introduire dans l’organisme la substance non élaborée. Il faut aller plus loin, et l’argile y va. Elle stimule l’organe déficient et contribue au rétablissement de la fonction défaillante.

Comment s’accomplit ce rétablissement ? Par l’apport de substances impondérables, de catalyseurs qui permettent l’assimilation, puis la fixation des corps minéraux apportés par les aliments et que l’organisme laissait fuir auparavant.
Ces catalyseurs agissent à doses infinitésimales. C’est pourquoi il est inutile d’absorber d’importantes quantités d’argile, une cuillerée à café par jour étant une moyenne bien suffisante.

Une des particularités de l’argile réside dans le domaine physico-chimique. Du point de vue thermodynamique, on admettra qu’elle ne constitue pas l’unique source d’énergie des phénomènes qu’elle déclenche. Plus que par les substances qu’elle renferme, l’argile agit par sa présence.

Il existe des substances qui ne se détruisent pas en agissant, ce sont les diastases ou enzymes, dont l’argile doit être exceptionnellement riche. Certaines de ces diastases, les « oxydases », ont le pouvoir de fixer l’oxygène libre, ce qui expliquerait l’action purificatrice et enrichissante de l’argile sur le sang.

La connaissance de ces propriétés serait toutefois insuffisante à l’explication de la puissance d’action de l’argile si nous ne savions encore qu’elle est un puissant agent de stimulation, de transformation et de transmission d’énergie.

Comme chaque limaille en provenance d’un aimant garde ses propriétés, chaque parcelle d’argile transporte une énergie considérable de par son magnétisme et les radiations qu’elle a accumulées, apportant à l’organisme une réserve de force extraordinaire. Cette action radiante contribue à la reconstitution d’un potentiel vital par la libération d’énergie latente. Nous avons en nous d’extraordinaires ressources énergétiques que nous laissons en sommeil ; l’argile les réveille.

Il ne faut pas confondre cette forme d’action avec l’effet des boissons ou aliments excitants qui, eux, n’agissent pas sur le potentiel énergétique, mais tout simplement sur l’énergie prévue pour les jours à venir, conduisant à hypothéquer ce proche avenir.

L’argile participe à la symbiose, ce phénomène de vies accouplées qui permet à des corps de vivre en conjugaison avec d’autres. Tant que l’on n’a pas réussi à voir et contrôler ce qui se passe dans un organisme vivant, il faut souvent se satisfaire d’hypothèses en fait d’explications. Toutefois, l’action de l’argile et les résultats obtenus permettent de se faire une idée assez juste sur ses propriétés. C’est ainsi que l’on a remarqué sa valeur opothérapique. C’est le remède polyvalent des glandes endocrines dont elle ne supplée pas la défaillance, mais qu’elle contribue à stimuler ou à apaiser. Remède possédant l’intelligence, nous l’avons déjà dit. Elle réglemente le métabolisme et se présente comme un tonique de nombre d’organes (coeur compris).

Son emploi, associé avec celui du citron, agira sur les capillaires pour les libérer en dissolvant les cristaux et « floculats ». Naturellement, elle absorbe toutes les toxines, et l’on peut lui faire confiance comme remède contre les intoxications causées par des champignons, des acides chimiques ou d’autres poisons qu’elle peut neutraliser.
En sa présence, la flore microbienne s’estompe. Dans le milieu qu’elle contribue à créer, les microbes ou bactéries pathogènes, c’est-à-dire tous corps parasitaires, ne peuvent proliférer.

On remarque parfois, après absorption d’argile, la présence de vers dans les selles qui n’en refermaient pas auparavant. Il n’en faut pas déduire que ces vers ont été apportés par l’argile ; en réalité, non seulement elle n’en a pas apporté, mais elle expulse ceux qui étaient hébergés par les intestins ou autres organes dans les replis desquels ils logeaient.

Lorsqu’on a vu les résultats d’application d’argile en usage externe, on ne peut faire autrement que d’avoir confiance sur sa conduite à l’intérieur du corps.
Quand on a assisté à la désinfection d’une plaie infectée, affreuse à voir, et ensuite à une reconstitution de tissus sans la moindre trace ou cicatrice, on peut espérer tout de l’action interne entreprise par l’argile.

À une époque où les phénomènes de radioactivité deviennent de plus en plus fréquents et harcelants, une bonne protection peut être espérée grâce à des cures périodiques d’argile, celle-ci neutralisant ou absorbant la radioactivité excédentaire.

Modalités d’action de l’argile

Exemple des smectites

Bloc de smectite

Extrait de Jade Allègre, Les silicates d’alumine (argiles) en therapeutique. Une pratique coutumière ancienne relayée dans la médecine moderne, Thèse de Doctorat en Médecine Diplôme d’Etat Université Paris XIII Faculté de médecine de Bobigny "Léonard de Vinci" Année 2012

L’action des smectites se manifeste sur plusieurs cibles :

Action sur le mucus

Les silicates d’alumine s’étalent sur une surface importante de la muqueuse, et les cristallites ou tactoïdes s’incluent dans le mucus et se lient avec lui. Cette action induit une amélioration fonctionnelle très rapide, perceptible en une vingtaine de minutes, et très appréciée par les patients.

L’effet obtenu est :

• l’ augmentation de l’épaisseur du mucus, et inhibition de l’action corrosive de la pepsine [94] ;

• l’augmentation des capacités rhéologiques par polymérisation accrue des glycoprotéines [95] ;

• l’augmentation de son adhésion, de sa viscosité et de son hydrophobie, et réduction de sa dégradation [96] ;

• la stabilisation de la barrière muqueuse [97] ;

• en se liant aux glycoprotéines du mucus et en renforçant celui-ci, les silicates d’alumine protègent les cellules intestinales de l’érosion par les acides biliaires [98], et par les radicaux libres [99] [100] ;

• ils empêchent la disjonction entre les cellules induite par les cytokines inflammatoires [101] ;

• ils protègent des agressions par l’éthanol et par les anti-inflammatoires non stéroïdiens [98], et traitent les gastropathies induites par ces derniers [102].

Action sur les sucs digestifs

Pepsine

Une smectite peut inhiber totalement les dommages - rupture du film muqueux, lésions hémorragiques, ulcérations - créés ordinairement par une sécrétion pathologique excessive de pepsine [102]. Un gramme de kaolinite, une argile pourtant peu adsorbante, capte 0,20 grammes de pepsine.

Acidité gastrique

Toutes les argiles sont avides de protons H+, et adsorbent l’acide chlorhydrique in vitro.

Trypsine

Une smectite peut se lier directement à la trypsine pancréatique en excès [103].
Concernant la protection de la muqueuse stomacale, un essai comparé entre des argiles kaolinites et des argiles smectites serait souhaitable, et montrerait peut-être une efficacité importante, voire supérieure, des premières, qui sont un peu tombées dans l’oubli dans les années 80, lorsqu’on été lancées les nouvelles spécialités à base de smectites.

Germes bactéries

• La smectite réduit l’adhésion d’Helicobacter pylori (H.p.) à la surface épithéliale [104] ;

• Elle se montre efficace pour soigner la dyspepsie non ulcéreuse H.p. positive [105] ;

• Certaines argiles, en dilution à 10mg/10ml, tuent de nombreuses bactéries (Staphlococcus aureus, Pseudomonas aeruginosa, Salmonella typhimmurium) y compris des bactéries résistantes (E. coli productrice de β-lactamase à spectre étendu ESBL, et S. aureus méthicilline résistant MRSA), d’autres non [106].

Les premiers travaux sur cette bactéricidie évoquent un mécanisme lié au fer ferreux et à la production de radicaux hydroxyles, selon la réaction de Fenton. La réaction de Fenton est une réaction d’oxydation avancée aboutissant à la formation du radical hydroxyle OH, qui est le deuxième oxydant le plus puissant présent dans la nature après le fluor.

Or, selon Michel Rautureau, toutes les argiles contiendraient également du fluor, en remplacement d’oxygènes ou d’hydroxyles, pour un pourcentage pouvant s’élever à 5%. En effet, le rayon atomique de l’ion fluor, 36 Angströms, est très voisin de celui de l’oxygène et de l’hydroxyle, 40 Angströms (Linus Pauling, Nature de la liaison chimique, Paris, PUF 1949 page 381).

La réaction de Fenton constitue de nos jours une méthode efficace permettant de lutter contre les micropolluants organiques présents dans les effluents industriels et agricoles et, plus généralement, pour le traitement des eaux usées.

Le lixiviat de ces argiles « tueuses » est aussi efficace que le minéral lui-même contre les bactéries, et garde cette efficacité pendant plusieurs mois. La concentration en fer à l’intérieur des bactéries E.coli tuées est multipliée par 8 par rapport aux témoins, la concentration en fer globale de la bactérie étant vingt fois plus élevée. Ces études ont été entreprises en vue d’applications d’argiles par voie externe sur plaie infectée. Naturellement la situation intra-luminale est bien plus complexe.

Toxines bactériennes

• Les argiles captent facilement les toxines bactériennes, comme cela a été démontré abondamment dans le cas de la toxine cholérique [107] [108]. C’est avec une simple argile kaolinite, finement divisée, que le professeur Stumpf traita avec succès les malades cholériques lors de la dernière épidémie de choléra en Allemagne en 1906 (voir plus loin)

Virus

• Smectites et kaolinites adsorbent aisément et rapidement de nombreux virus [109]. Des protocoles en double aveugle avec randomisation sur des adultes [110] et des enfants [111] [112] ont montré le raccourcissement de la durée de la diarrhée, et la diminution de la fréquence des selles.

Gaz intestinaux

• Les smectites se montrent efficaces pour réduire l’hydrogène émis lors de fermentations coliques, et par conséquent la flatulence et les ballonnements intestinaux [113].

Toxiques présents dans la lumière intestinale

• Les smectites peuvent adsorber dans les intestins un certain nombre de poisons, en particulier le paraquat, un puissant herbicide [114]. Elles adsorbent les toxiques présents dans la lumière colique, mais également – en prise itérative selon la méthode dite de la dialyse intestinale - ceux préalablement absorbés par la muqueuse et engagés dans le cycle entérohépatique, les empêchant ainsi de re-circuler. Dans le cas du paraquat, une efficacité a pu être prouvée jusqu’à 10 heures après l’ingestion.

Elles s’avèrent efficaces pour piéger certains pesticides [115] et la strychnine [95]. Même lorsque l’on utilise des espèces minérales peu puissantes (argiles à deux couches, ou Te/Oc), on peut avoir d’excellents résultats : Ainsi 480 mg de strychnine, le poison de la fameuse « mort aux rats », sont-ils déjà piégés par un seul gramme de kaolinite.

• Couramment utilisées chez les animaux d’élevage pour adsorber les aflatoxines cancérigènes produites par une mycobactérie parasitant fréquemment les arachides [116], elles sont envisagées en additif pour les arachides destinées à l’alimentation humaine [117].

Argile, un produit incontournable en médecine humanitaire, d’urgence ou de situations extrêmes

Extrait de : Nicole Liewig, Michel Rautureau, Celso Gomes. « Les argiles et la santé humaine : d’hier à aujourd’hui ». Etude et Gestion des Sols, Association Française pour l’Etude des Sols, 2012, 19 (3-4), pp.267-277. hal-00787066

Pour pouvoir intervenir efficacement dans des situations gravissimes de catastrophes naturelles ou humaines, un des aspects actuels les plus critiques est de mettre à la disposition des médecins ou des populations touchées des moyens d’intervention simples et locaux. Les besoins sont presque toujours les mêmes : assurer l’hygiène, pourvoir à l’alimentation et à l’approvisionnement en eau et donner des soins face aux risques épidémiques.

Sur chacun de ces points, l’argile présente des avantages pour sa simplicité d’emploi.
Cette opération nécessite des moyens de formation adaptés aux personnels concernés. De nombreuses connaissances, simples d’application, sont déjà acquises. Par exemple, nous connaissons le pouvoir filtrant de l’argile et les résultats apportés par la filtration de l’eau à travers un sable argileux, méthode qui a permis d’éradiquer de grandes épidémies (telle que le choléra) dans les grandes villes à la fin du XIXe siècle.

Ces propriétés restent valables aujourd’hui dans les régions ne disposant pas d’accès à l’eau potable. La médecine de proximité et d’urgence s’adapte progressivement à ces méthodes (Charrié, 2007 ; Allègre, 2012).

Pour des opérations d’urgence sur le terrain et en l’absence de moyens de communication, l’argile permet de purifier l’eau et de combattre ainsi les infections de façon très significative, ce qui permet de la consommer et même d’utiliser cette eau purifiée dans le cadre de la préparation de certains actes chirurgicaux. Parallèlement, l’ingestion d’argile, souvent de l’illite, permet de vaincre rapidement des maladies telles que le choléra. Le domaine alimentaire est particulièrement sensible lui aussi et chacun se remémore ces images d’enfants Haïtiens consommant des galettes de terre faute d’aliments normaux. Ces situations sont malheureusement trop fréquentes et l’argile dans ces cas permet de compléter des alimentations défaillantes.

Enfin il faut aussi signaler ici les cas de situations médicales extrêmes où il est possible de recourir aux argiles avec succès face à des pathologies pour lesquelles les moyens médicaux et chirurgicaux classiques restent impuissants et aboutissent à des amputations. C’est le cas de certains ulcères profonds ou encore de pathologies dermatologiques complexes (Charrié, 2007). En Côte d’Ivoire, des résultats spectaculaires ont été obtenus sur des ulcères de Buruli grâce à l’emploi d’argile de type illite et montmorillonite (Amin et al., 2008).

Références citées :

Allègre J., 2012 - Les silicates d’alumine (argiles) en thérapeutique, une pratique coutumière ancienne relayée dans la médecine moderne. Mémoire de thèse, Faculté de Médecine de Bobigny, Léonard de Vinci, Université Paris XIII.
Amin N.C., Andji J.Y.Y., Ake M., Abba T., Kra G. et Yvon J., 2008 - Argiles utilisées dans la guérison de l’ulcère de Buruli en Côte d’Ivoire : minéralogie et hypothèse sur le mode d’action. 22es Rénion des Sciences de la Terre et 6e Colloque GFA, 21-24 avril 2008, Nancy.
Charrié J.C., 2007 - ABC de l’argile. Grancher, Paris, 240 p.

Exemple d’utilisation de l’argile en situations d’urgence

Extrait de Jade Allègre, Les silicates d’alumine (argiles) en therapeutique. Une pratique coutumière ancienne relayée dans la médecine moderne, Thèse de Doctorat en Médecine Diplôme d’Etat Université Paris XIII Faculté de médecine de Bobigny "Léonard de Vinci" Année 2012

Compte-tenu des indications habituelles et des modes de prescription, je ferai porter la discussion sur le traitement des gastroentérites et du choléra. Ce sera aussi l’occasion de faire état de mes expériences et propositions.

a. Gastroentérites infectieuses

Les études cliniques publiées concernent pour leur majeure partie le traitement des diarrhées aiguës chez l’enfant par les smectites, en complément de la réhydratation orale.

Une étude de synthèse de 2009 [118], qui reprend extensivement, sans la mentionner semble-t-il, une méta-analyse de 2005 [119], établit sur six essais randomisés en double aveugle une réduction moyenne de la diarrhée de 22.7 heures, pour des posologies de smectite à vrai dire assez disparates d’une étude à l’autre. La dose habituellement recommandée par le laboratoire est de trois grammes par jour en dessous d’un an, et de six grammes par jour pour les enfants plus âgés, la dose pouvant être doublée en début de cure. Or elle est triplée dans une de ces études.

Sur le sujet des diarrhées aiguës chez l’adulte, une étude prospective randomisée est à signaler, celle de Cheung et Hueng [120], parce que c’est une des rares études non sponsorisées par les laboratoires distributeurs de smectite, et qu’elle conclue à… une inefficacité totale du produit. Je pense que la raison n’en est pas l’inadéquation du minéral dans cette indication, mais sa posologie habituelle (un sachet de 3 grammes 3 fois par jour), qui - de mon avis mais également de celui du laboratoire distributeur - est bien trop faible.

Là où 9 grammes sont prescrits habituellement (3 grammes trois fois par jour), il serait pertinent d’en administrer le double au minimum. Dans une étude organisée par le laboratoire concerné (Ipsen Pharma, Boulogne-Billancourt) concernant les diarrhées associées à l’infection à VIH, le distributeur du Smecta multiplia la posologie usuelle par un facteur 4, et administra 12 grammes trois fois par jour [121]. Le même laboratoire avait publié auparavant dans cette indication avec la dose usuelle de 3 grammes 3 fois par jour [122].

En 2011, dans une étude sur la diarrhée aiguë chez l’adulte [110] organisée par Ipsen et portant sur 346 adultes hommes et femmes non gravides en traitement ambulatoire dans le cadre de dispensaires, la posologie est de deux sachets de 3 grammes trois fois par jour, soit 18 grammes par jour (dose doublée), pendant les cinq premiers jours.

Lorsque nous avons travaillé dans les pays à faible PNB, en l’occurrence au Mali, la première demande des familles concernait les gastro-entérites de leurs enfants. La directrice de la consultation de nourrissons de la maternité de Mopti nous confirma qu’en saison chaude, la réhydratation orale - et même la réhydratation sous-cutanée abdominale - étaient parfois prises de vitesse par la déshydratation, de sorte que les enfants mouraient.

Dans ce contexte, nous avons proposé – en sus de la réhydratation par les SRO (Sels de Réhydratation Orale) - un protocole utilisant une mesure anthropomorphique sur la main du patient (voir schéma ci-dessous) équivalant à 300 mg/kilo de poudre d’argiles à dominante Te/Oc/Te, mise en suspension dans un verre d’eau. Lorsqu’un enfant malade était présenté à l’infirmier, celui-ci mesurait la dose à prescrire sur la main du petit patient lui-même, puis préparait immédiatement le produit, que l’enfant ingérait 10 minutes plus tard au sein de la consultation. Puis il donnait à la maman deux doses supplémentaires, à faire prendre à l’enfant en milieu, puis en fin de journée. La maman devait amener l’enfant à la consultation le lendemain, pour contrôle.

Dans 85% des cas, la diarrhée était arrêtée dès le premier jour. Néanmoins, le soignant donnait le lendemain à la maman six doses supplémentaires, lui recommandant de soigner l’enfant pendant deux jours encore, afin d’assurer une totale guérison intestinale. En effet, en Afrique, les patients sont rarement amenés en consultation dès le début de la maladie : on ne fait la démarche (et la dépense) qu’après plusieurs jours, lorsque les médicaments autochtones ont échoué.

Selon le témoignage de la directrice, le résultat de ce nouveau protocole fut excellent. Elle ne perdit plus un seul enfant, les décès furent arrêtés. Par la suite, les infirmiers élargirent le traitement aux gastro-entérites invasives des adultes, car ils ne disposaient que rarement d’antibiotiques en suffisance, à 650 km de la capitale : l’approvisionnement en était bien trop aléatoire. Le protocole s’avéra efficace dans cette nouvelle indication, et les infirmiers prirent l’initiative de le diffuser dans les dispensaires de la région.

Dans les années 80, le SIDA se répandit en Europe, et je fus en contact avec des patients en fin de vie souffrant de diarrhées incontrôlables. Les forts dosages expérimentés au Mali contrôlaient sans difficulté le symptôme. Le service des enfants VIH de l’hôpital Necker de Paris s’avéra intéressé, et me proposa de travailler sur les diarrhées cataclysmiques associées à l’infection par les cryptosporidies. Comme il s’agissait de protozoaires, j’adaptais le protocole mis au point pour les amibiases auparavant, et le traitement d’urgence de quelques enfants en danger vital donna des résultats si étonnants qu’un protocole fut rédigé par le service de recherche de l’Assistance Publique (sous la direction d’Eric Postaire) afin d’objectiver les résultats.

b. Choléra

Les résultats obtenus dans le traitement du choléra sont généralement considérés comme représentatifs vis à vis d’autres diarrhées invasives.

- En 1982 et 83, premières études de la toxine cholérique sur le lapin [123].

- En 1987, premiers essais, sur le chien, peu concluants car sa réaction à la toxine différait trop de celle de l’homme. Trois jours de pré-traitement par des smectites à la dose de 100mg/kg/j ne le protégeaient que partiellement de ses effets [108].

- En 1987 également, une étude sur le rat conclut à une inhibition de l’action sécrétoire de la toxine cholérique lorsqu’elle est administrée en même temps qu’une smectite (p<0,001), et documente la non-modification de la solution de réhydratation orale administrée concomitamment [124].

- En 1989, une étude in vitro chiffre l’inactivation des entérotoxines TL d’origine cholérique et colibacillaire (bien adsorbées par les argiles), de la toxine TS des ECET (peu fixée par les deux argiles), et de la TC de Vibrio cholerae, captée par la smectite et la kaolinite, l’affinité de la première étant la plus forte. Après un temps de contact variable de ces toxines avec les silicates d’alumine à des concentrations variables et dans différentes conditions de pH, l’activité des surnageants est évaluée sur des cultures cellulaires, ainsi que par le test du souriceau nouveau-né. La smectite et la kaolinite agissent par un mécanisme de ségrégation, ou séparation par adsorption de molécules en solution sur une phase solide en suspension. [107].

Epidémie de Choléra de 1905 en Allemagne : l’héritage du Dr Stumpf

Lors de la dernière épidémie de choléra en Europe en 1905, un médecin professeur en faculté de médecine met au point un protocole spécifique utilisant des argiles. Grâce à un confrère pharmacien Monsieur Stirnweiss, et avec l’aide du professeur U. Göbel, directeur de l’Institut Für Mikrobiologie und Hygiene, la fameuse Université de la Charité de Berlin, équivalent de notre institut Pasteur, je pus obtenir la traduction de son témoignage, issus d’un livre de 1912 [125].

« Depuis environ 5 ans, j’utilise, pour le traitement occasionnel de vomissements chez l’enfant et l’adulte, de la poudre fine d’argile Bolus alba pulv. officinal (kaolinite). Pour m’assurer de la sécurité absolue de ce produit, je m’en étais convaincu par des mois d’expérimentation sur moi-même à forte dose... Les résultats sont si favorables qu’ils me poussaient depuis longtemps à essayer ce procédé à la prochaine occasion sur le choléra asiatique. »

« Avec la bienveillance amicale du ministère de la Culture de Berlin et du Gouvernement Royal de Prusse à Bromberg, il m’était possible, le 4 et le 5 septembre, dans la petite ville de Nakel, non loin de Bromberg, de traiter le choléra asiatique, bactériologiquement défini, par le même procédé, et d’observer le déroulement du traitement... Quand il y a une diarrhée sévère avec des vomissements, et aussi dans le cadre du choléra asiatique, nous mettons dans l’estomac vide du malade – la vacuité du tractus intestinal est la condition, et de toutes façons symptôme de la maladie - de grandes quantités de poudre d’argile, 70 à 100 grammes pour les adultes, 30 grammes pour les enfants, 10 à 15 grammes pour les nourrissons. Nous assistons aux résultats suivants :

- La nausée cesse tout de suite, au plus le patient vomit encore une fois après la première ingestion du médicament : aussitôt apparaît, pour le grand soulagement du malade, l’éructation de flatulences sans vomissement ; s’il y a de la fièvre, on peut observer après déjà une demi-heure et même plus tôt une tombée complète de la fièvre, avec une forte apparition de sueurs, comme dans la crise de pneumonie. Un symptôme particulièrement important survient avant la rémission complète : le besoin de dormir profondément. Il est souvent nécessaire de réveiller le patient à plusieurs reprises, jusqu’à ce que la totalité de la dose soit prise...

Les 100 grammes de poudre administrés étaient mélangés à 250ml d’eau, de préférence bien froide (le patient préférait cela), et le tout devait être avalé en 20 à 30 minutes au maximum, les enfants prenant le médicament par sonde gastrique si nécessaire, les nourrissons par biberon (dose enfants 60 grammes dans 125 ml d’eau, dose nourrissons 50 à 70 grammes dans 100 ml d’eau). La prise pouvait être renouvelée au bout de trois heures. Une règle était essentielle après l’ingestion : l’abstention de nourriture et d’alcool pendant 18 à 24 heures.

La rationnelle de ce traitement était d’inonder les germes avec du matériel inorganique, les empêchant ainsi de produire la toxine. Il visait également à diminuer la quantité d’eau disponible pour les bactéries, entravant ainsi leur croissance. Il était essentiel d’utiliser une argile finement divisée, dont les particules étaient de taille semblable à celle des bactéries elles-mêmes. »

Action de terrain au Rwanda

En 1994, lorsque diffusent les informations sur l’hécatombe due à cette maladie au Rwanda, je fournis les études précitées à mes confrères les Drs Duraffourd et Lapraz de la SFEM (Société Française d’Endobiogénie et de Médecine), qui désirent monter une mission sur le terrain. Ministre de la Santé à cette époque, monsieur Douste-Blazy donne son accord, puis se rétracte, prétextant que la France « ne pouvait donner l’image d’un pays offrant de la terre au Rwanda ». Après avoir fait expédier 200 kilos d’argile illite, offerts par un fournisseur français, à Cyangugu, sur la frontière du Rwanda avec le Zaïre, je m’associe à des médecins de la Loire et à des volontaires du D.I.C.A.F (Détachement d Intervention contre les Catastrophes et de Formation), des paramilitaires rompus aux techniques d’urgence qui avaient - bien heureusement - emmené quelques armes. J’embarquais dans un avion Hercule de l’armée française, sanglée aux parois nues par des courroies. C’était ma première mission dans un pays en guerre (et bien heureusement la seule à ce jour), et la situation sur place était si tendue que nous allions être rapatriés avant l’heure, heureux d’être restés vivants.

Responsable de la tente de pédiatrie, j’eus une expérience similaire à celle des médecins de la S.F.E.M : le chef de l’équipe médicale refusa d’adjoindre les silicates d’alumine au traitement habituel, en dépit des études que je lui montrais, et surtout des bons résultats chez les enfants qui marchaient sur les routes devant notre dispensaire, lors de la débâcle. La puissante adsorption de la toxine cholérique par les silicates d’alumine me donna néanmoins un avantage considérable sur mes collègues, car elle permettait de boire sans danger l’eau contaminée par la bactérie.

Dès notre arrivée sur le lieu d’intervention, les canalisations d’eau avaient été coupées par attentat, et mes confrères s’inquiétaient fort en comptant et recomptant notre maigre stock de bouteilles. Alors que personnellement j’étais tout à fait tranquille : je pouvais décontaminer l’eau du lac Kivu en toute sécurité, malgré les cadavres des réfugiés morts du choléra. A vrai dire, je n’avais accepté cette mission que parce que le lieu d’affectation était proche de ressources en eau, en l’occurrence un lac entier !...

Après notre départ, l’un des médecins rwandais avec qui j’avais collaboré utilisa l’argile stockée sur place, et comme il devint plus tard Directeur Régional de la Santé, j’aime penser que le protocole et les études scientifiques ont été transmis et diffusés. Juste de l’autre côté de la frontière, à Pugu en Tanzanie, un confrère minéralogiste avait repéré une des meilleures argiles au monde pour lutter contre le choléra, mais il ne put obtenir à temps le feu vert des autorités permettant de l’amener par train direct jusqu’aux zones proches touchées par l’épidémie, où les patients mouraient par centaines…

Action de terrain à Madagascar

En 1999, épidémie de choléra à Madagascar : première invasion de la bactérie dans ce pays. Cette année-là, 15.000 cas furent recensés officiellement, dont près de 1.200 mortels. Mes confrères de la S.F.E.M rencontrent le président de la République Son Excellence Didier Ratsiraka, et organisent avec son accord sur l’île de Nosy-Be, où la maladie a commencé, le traitement d’une centaine de malades par un protocole réhydratation + argile, à raison de 90 grammes par jour dans un litre d’eau.

Après six semaines de suivi, le docteur Roland Robinson, responsable du projet dans le cadre du Service pour les Grandes Endémies, fait état de la diminution de durée des vomissements et de la diarrhée, ainsi que de la baisse de létalité (rapport pour le Ministère de la Santé, décembre 99).

Dès janvier 2000, le Ministère de la Santé malgache décide de généraliser ce traitement dans les principaux centres de soins du pays, ainsi que dans le centre de référence, le CHU de Belefetanana.

• De janvier à mars, dans cet hôpital, 85 patients seront répartis en deux lots (protocole classique versus protocole classique+argile), et selon trois niveaux de gravité (A = cas légers, B = cas intermédiaires, C = cas les plus graves).

• Dans le groupe complémenté avec les argiles, 65 % des vomissements disparaissent en six heures, les diarrhées sont résolues deux fois plus vite, la durée d’hospitalisation est moindre, et aucun patient ne décède (résultats en Annexe) [126].

Par ailleurs, les biologistes malgaches purent constater dans les selles des patients du groupe traité une perte rapide et complète de mouvement des vibrions, alors que ceux-ci demeuraient très actifs dans les selles des patients du groupe témoin (communication personnelle du Dr J. C. Charrié).

Cette argile était à dominante illite (Te/Oc/Te). Elle est distribuée dans les magasins diététiques et pharmacies en France, et consommée en auto-prescription par de nombreux patients. Par ailleurs elle est autorisée en tant que complément alimentaire depuis 1996 (courrier de la DGCCRF référencé H2/L_CSHAV3.DOC.)

L’illite est une espèce minérale que l’on peut qualifier d’intermédiaire entre les smectites et les kaolinites. Des analyses effectuées par l’Institut de Recherche Microbiologique de Mitry Mory, dans le 77, ont évalué son interaction avec des bactéries :

• en pâte compacte avec de l’eau, elle est dépourvue d’effet bactéricide sur des souches microbiennes de Pseudomonas aeruginosa CIP A 22 et d’Enterococcus hirae CIP 5855, après 24 h de contact à 20° ;

• en suspension à raison de 25 grammes de poudre dans 500 ml d’eau (5% en p/v), et mélangée avec une suspension bactérienne titrant 10 puissance 8 bactéries par ml, elle permet une réduction de la flore bactérienne notable : après sédimentation de l’argile il est constaté dans le surnageant une réduction de 92,6 % pour Escherichia coli, de 95,5 % pour Pseudomonas aeruginosa, de 99,7 % pour Staphylococcus aureus, et de 87,3 % pour Enterococcus hirae (P.V.N°219/0391 du 25 mars 1991).

• d’importantes réductions sont constatées sur les colonies de bactéries Listeria monocytogenes et Yersinia enterolitica, les levures Candida albicans, ainsi que sur les moisissures Aspergillus niger et Pénicillium verrucosum (P.V.N°350/0192 chapitre A)

Cette argile, dont l’usage n’a pas encore été relayé par les laboratoires, s’avère très intéressante, au minimum en ce qui concerne l’épuration d’eau. Sur le terrain, c’est l’unique méthode que j’aie utilisé pour nettoyer les eaux locales lors des missions : en effet mon optique est toujours de loger, manger et boire avec l’habitant, afin d’être en immersion dans le milieu. Cela permet de mieux connaitre la vision particulière de la santé et de la maladie de la population que nous tentons d’aider, et de découvrir quels sont les problèmes sanitaires les plus importants à leurs yeux.

Mon collaborateur hydrologue, Antoine Montiel, qui travaillait pour la SAGEP (Société Anonyme de Gestion des Eaux de Paris), certifie qu’il suffit de parsemer cette poudre à la surface d’un verre contenant une eau contaminée par des germes fécaux pour qu’en tombant au fond elle ait adsorbé déjà la plupart des contaminants.

Pendant les épidémies à Mopti au Mali, nos correspondants recommandaient aux personnes en bonne santé de prendre deux fois par jour une cuillère à café d’argile dans un verre d’eau, afin de se prémunir de la contamination. Aucun malade ne fut à déplorer parmi les personnes ayant suivi ce conseil (témoignage personnel de Soeur Marie-Etienne, infirmière responsable de la consultation de nourrissons de la maternité).

Les essais in vitro concernant spécifiquement l’interaction de cette argile avec le vibrion cholérique ont montré qu’il n’y avait pas d’adsorption de la toxine. En revanche, on assistait à un effet bactériostatique important : ordinairement la concentration du vibrion double toutes les 30 à 60 minutes. Mais dans cet essai, aucune augmentation de la flore ne fut constatée pendant les huit heures que dura l’expérience.

4. En conclusion

Pour conclure ce chapitre, je vous donnerai ma proposition de réponse concernant la raison de l’inefficacité ou insuffisance de résultats constatée par la HAS (Haute Autorité de Santé) : il s’agit pour la plus grande partie d’une insuffisance de dosage.

C’est un problème extrêmement ancien ! En effet, lorsque la terra sigillata bénéficiait d’une réputation considérable, de l’antiquité au dix-huitième siècle, elle était devenue si chère à l’achat que seuls les rois et les notables y avaient accès : les ambassadeurs en apportaient volontiers en tant que présent de prix. Comme il s’agissait d’un médicament rare et précieux, et qu’en outre il venait de pays lointains, il est probable que les illustres patients avaient tendance à n’en prendre que des doses infimes. De sorte qu’à force de diminuer les prises, on en est venu à des posologies insuffisantes... suivies probablement d’un discrédit pour résultats insuffisants.

Au XXe siècle, l’erreur a été reproduite, non pas à cause de la cherté du produit, mais parce que les doses couramment utilisées étaient désormais minimes. Peut-être aussi a-t-on voulu standardiser des quantités du même ordre de grandeur que celles pratiquées avec les médicaments de synthèse.

En ce qui me concerne, les posologies que j’utilise sont bien supérieures, car je me suis toujours basée sur les consommations spontanées des humains et des animaux. Pour le traitement de la gastro-entérite, le protocole préconisé se base sur un dosage anthropométrique sur la main du patient équivalent à 300 mg/kg de poids du patient – rappelez-vous que, dans les conditions où je travaille, aucun matériel de mesure n’est généralement accessible -, ce qui, pour un homme adulte, correspond à 24 grammes en une seule fois, à ne renouveler que si la diarrhée reprend. Au regard des dose pratiquées par le docteur Stumpf (100g par prise pour le choléra), cette posologie est tout à fait modeste.

Avec cette posologie - hors choléra, mais diarrhées invasives incluses- les échecs sont exceptionnels, quel que soit le statut immunitaire du patient. Les résultats sont acquis dans la grande majorité des cas dès la première prise, parfois seulement à la deuxième, exceptionnellement en trois ou quatre prises. Tout est réglé en quelques minutes, voire en quelques heures dans les cas les plus graves.

Nous avons pleinement conscience que les autorités sanitaires ont eu énormément de difficulté à imposer dans le monde entier l’indispensable réhydratation, aux dépens des traitements médicamenteux préconisés au préalable, et nous admirons cette politique qui a sauvé des milliers d’enfants. Mais nous pensons qu’il peut être envisageable aujourd’hui de faire un pas supplémentaire, et d’étudier plus amplement une action complémentaire qui permet… d’arrêter la déshydratation, en stoppant rapidement la diarrhée.

D’autant qu’il ne s’agit pas là d’un effet « cosmétique », par masquage des symptômes ou ralentissement du transit – avec leur corolaire dangereux : la prolongation du portage des germes - mais bien au contraire d’une réelle désinflammation de la muqueuse, accompagnée d’une inhibition de ces mêmes germes, avec souvent une capture de leurs toxines.

Mettez-vous un instant à la place du parent qui doit se mobiliser toute la journée, et le plus souvent pendant plusieurs journées d’affilée, afin de faire boire à tout instant à son enfant une solution de réhydratation orale... pas vraiment gastronomique. A sa place, ne préféreriez-vous pas assister à l’arrêt de la diarrhée ? C’est le choix que font immédiatement les populations qui ont vu agir le traitement, d’autant qu’il soulage en une vingtaine de minutes les douleurs éprouvées par le petit patient. C’est le choix que font nombre de nos pédiatres.

C’était également l’opinion de madame Georgina Dufoix, lorsqu’elle était Présidente de la Croix Rouge Française, et que nous collaborions avec son directeur de cabinet Michel Maurice en juin 91, et envisagions ensemble la distribution de sachets d’argile. Michel Maurice disait : « c’est très dangereux pour madame Dufoix sur le plan politique, mais cela lui correspond si bien sur le plan idéologique - elle aime institutionnaliser ce qui permet aux gens une autonomie – qu’elle appuie ce projet. Gardez ce projet pour nous, n’en parlez plus à personne, et nous nous revoyons en septembre avec un responsable politique et un responsable médical pour en étudier la faisabilité ».

Malheureusement le 3 septembre de cette même année, Michel Maurice dût démissionner de son poste (affaire René Trager), et le projet repartit dans les cartons...

Il est temps de l’en ressortir, car chaque pays possède d’excellentes argiles thérapeutiques, en gisements suffisamment abondants pour permettre partout une autosuffisance sanitaire sur ce plan.

Mis en ligne par La vie re-belle
 7/10/2021
 http://lavierebelle.org/les-argiles-precieuses-matieres

Se soigner avec les plantes

Pratique de médecine populaire, fondée sur l’utilisation des ressources naturelles du milieu, et complémentaire de la médecine académique

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