Bénéfices des combinaisons de plantes

Plantes « synergiques » et phytothérapies antibactériennes

Bénéfices des combinaisons de plantes

Plantes « synergiques » et phytothérapies antibactériennes

Note liminaire : cet article tire une grande partie de sa substance du chapitre « Herbal antibiotics the synergists » du livre de Stephen Harrod Buhner Herbal Antibiotics, Natural Alternatives for Treating Drug-resistant Bacteria, 2nd Ed

La majorité des recherches pharmacologiques sur les plantes médicinales se restreint à l’identification des composés des plantes et à la détermination des propriétés biochimiques de chacune, dans l’espoir de convertir tel ou tel principe actif en médicament standardisé.

Cette quête des entités chimiques responsables des effets allégués à telle ou telle plante peut conduire à des résultats peu concluants lorsque les teneurs au sein d’une plante de chacun des constituants supposés actifs sont jugés trop faibles pour avoir un effet.

Cette absence de preuves issus des dispositifs expérimentaux des laboratoires, conduit logiquement à considérer les effets thérapeutiques allégués par les tradipraticiens de l’administration de telle ou telle plante comme de simples effets placebos.

L’inconvénient de la quasi totalité des procédures expérimentales est qu’elles n’étudient pas les effets du « totum », c’est-à-dire de l’ensemble des composants de la plante ou des parties de la plante - feuilles, écorce, racine… - habituellement utilisées en phytothérapie.

Or, si une combinaison de substances phytochimiques est nécessaire pour obtenir l’effet attendu, la méthode d’investigation basée uniquement sur l’action de ses composés isolés est vouée à l’échec. Lorsque l’on pense que l’activité thérapeutique d’une plante se perd lors de sa purification en laboratoire, il serait logique de soupçonner et tester l’hypothèse d’une synergie. [Cf. Elizabeth Williamson, « Synergy and other interactions in phytomedicines » (Phytomedicine 8, no. 5 [2001])

Des recherches ont d’ailleurs montré que la plupart des extraits végétaux et des composants individuels exercent des effets pharmacologiques multivalents. Les scientifiques parlent d’effets « pléiotropiques ». La pléiotropie, du grec pleion (πλείων, « plus »), et tropê (τροπή, « changement ») qualifie un gène ou une protéine qui détermine plusieurs caractères phénotypiques.

Cette plurivalence d’activités pharmacologiques peut générer des effets synergiques additifs ou de potentialisation. Certaines études ont montré que les effets synergiques peuvent dépasser les effets des composés individuels d’un facteur deux à quatre, voire plus. [Dr Hildebert Wagner, « Natural Products Chemistry and Phytomedicine in the 21st Century », Pure and Applied Chemistry 77, n° 1, 2005].

Artemisia annua ou Artemisia afra sont deux plantes pour lesquels, l’effet thérapeutique de l’infusion des partie aériennes s’est montré supérieur à celui du composé appelé artémisinine qui en est extrait pour fabriquer les médicaments antipaludéens

Feuilles d’Artemisia annua

Qu’appelle-t-on synergie

La synergie, dans sa définition la plus simple, signifie que la combinaison de plusieurs éléments produit des résultats supérieurs à la somme des parties individuelles et que les résultats d’une combinaison ne peuvent être prédits à partir de l’étude des parties qui la composent.

Or, en raison de leur chimie complexe, les plantes sont des organismes hautement synergiques et lorsque des préparations médicinales utilisent des combinaisons de plantes, la complexité et la synergie qui en résultent augmentent considérablement.

Dans les anciennes traditions de soins telles que la médecine chinoise et l’Ayurveda en Inde, la nature synergique inhérente des plantes médicinales et des combinaisons de plantes est un aspect intégré de la guérison. Dans les médecines traditionnelles africaines, les combinaisons de plantes sont également courantes et l’administration de plante seule est moins commune. Au fil des millénaires, ces systèmes ont développé leurs propres représentations et compréhensions des plantes en tant que « synergistes ». La compréhension des synergies des plantes n’a pas été autant développée dans les traditions phytothérapeutiques occidentales.

Les médecines chinoises et indiennes qui reposent sur des traditions écrites ont sans doute le plus poussé la théorisation des synergies des ingrédients composant les « formules » phytothérapeutiques.

Médecine traditionnelle chinoise

En médecine traditionnelle chinoise, par exemple, la composition d’une formule recherche explicitement une synergie d’action entre différents composants.

Classiquement une formule comprend :

-  un composant central, le plus important en quantité, appelé « souverain » ou « empereur » qui doit traiter les principaux symptômes et l’étiologie de la maladie ;
-  une ou plusieurs plantes/substances « ministres » ou « conseillers » qui ont pour rôle de renforcer l’action de « l’empereur », d’inhiber et de neutraliser ses potentiels effets secondaires toxiques ou les effets trop forts d’un de ses composants principaux ;
- des « ambassadeurs » ou « messagers » qui dirigent les substances jusqu’au méridien destinataire et coordonnent les multiples actions de la formule .
Les termes « souverain » « conseiller », « messager »…, renvoies à sept aspects qui peuvent être recherchés ou à éviter, lors de la composition et l’administration d’une formule.

Une formule cherchera :

- 1. le renforcement mutuel par la combinaison de plantes aux effets similaires ;
- 2. l’assistance mutuelle par la combinaison de plantes à action similaire, mais où l’une domine et les autres assistent ;
- 3. le contrôle mutuel par la neutralisation mutuelle des effets secondaires entre les plantes ;
- 4. - la détoxification mutuelle où une plante a pour rôle principal dans la formule de supprimer les effets toxiques et secondaires d’une autre.
- 5. le dosage approprié des quantités des différents composants selon leur nature et leurs propriétés, la forme d’administration et selon le patient lui-même (poids, âge, sexe, conditions physique et psychique).

Elle évitera :

- 6. l’inhibition mutuelle qui entraîne un double affaiblissement des actions initiales de deux des plantes ;
- 7. l’incompatibilité générant des effets toxiques ou secondaires lors de l’utilisation concomitante de plusieurs plantes ;

Médecine ayurvédique

En médecine ayurvédique, la composition des formules thérapeutiques prend soin de tenir compte de la singularité du patient notamment de son « dosha » dominant qui détermine ses tendances, ses forces et ses faiblesses. En médecine ayurvédique, les doshas sont les trois « énergies vitales » ou « humeurs » responsables des processus physiologiques et psychologiques. Leur déséquilibre est considéré comme la cause des maladies. Les doshas sont une combinaison de plusieurs des « cinq éléments » (eau, air, feu, terre, akashaou éther), avec une dominance de deux éléments.

Vāta : l’énergie cinétique est composée par les éléments air + éther (akasha) - Pitta : l’énergie de transformation, est composée par les éléments feu + eau - Kapha  : l’énergie de cohésion est composé par les éléments terre + eau.

À la classification biochimique moderne des plantes médicinales, l’ayurveda ajoute au moins trois classifications supplémentaires pour chaque plante qui indiquent comment associer les plantes choisies pour obtenir une réaction efficace tout en évitant d’éventuels effets secondaires désagréables.

Ainsi, en phytothérapie ayurvédique, une plante courante comme la racine de pissenlit (Taraxacum officinalis) est classée comme diurétique, amère, tonique, stimulant hépatique et laxatif doux. D’après le système constitutionnel, la racine de pissenlit fonctionne très bien pour les types Feu et Eau, mais on ne peut pas la donner aux personnes de type Vent ou Air (Vata) à moins de l’équilibrer avec d’autres plantes. Cela est dû à son puissant goût amer, qui augmente les éléments Air et Ether.

Le romarin qui est diaphorétique, stimulant, carminatif et emménagogue fonctionne très bien pour stimuler le métabolisme digestif des types Air et Eau (Vata et Kapha), mais est trop chauffant pour la plupart des types Feu. Toutes les plantes piquantes et chauffantes auront tendance à aggraver les types Feu, à moins de les équilibrer avec d’autres plantes dans une même formule.

Tout comme la médecine chinoise la tradition ayurvédique a cultivé l’art des combinaisons de plantes ainsi que celui plus large des combinaisons de pratique thérapeutiques (phytothérapie /massage ayurvédique / méditation par exemple en Inde ; (phytothérapie / acupuncture en Chine).

En sanskrit, le terme utilisé pour cet effet synergique des plantes est « sanyog ». Les formules ayurvédiques, cherchent explicitement à ce la combinaison des effets particulier de chaque végétal produise un effet synergique et holistique supérieurs à la somme des composants individuels. Certains composants des ces formules sont choisis uniquement pour contrebalancer l’effet d’autres ingrédients ou pour aider le corps à les absorber.

La compréhension des synergies des plantes n’a pas été autant développée dans les traditions phytothérapeutiques occidentales. La plupart des herboristes et phytothérapeutes issus de cette tradition connaissent la vertu du totum des plantes, Ils ont souvent l’intuition ou l’expérience de l’utilité de leur combinaison et parfois composent des formules mêlant également plusieurs plantes. Mais, à la différence des tradipraticiens indiens ou chinois, ils ne sont pas les héritiers d’un corpus de connaissance relatif à la synergie des plantes médicinales. Certains ont adopté et miment les pratiques de l’ayurvéda ou de la médecine chinoise mais sans faire pouvoir faire corps avec la culture ou chacune est née.

Sans vouloir transposer ces traditions allogènes dans un autre contexte culturel, les expériences chinoise, indienne ou africaine pouraient à minima être utilisées pour identifier les limites du paradigme « occidental » et renouveler les questions et les modalités de recherches en matière de phytomédecine.

Des phytothérapeutes comme Michael Moore ou Stephen Harrod Buhner ont ouvert des voies pour appréhender la complexité des plantes. Quelques rares chercheurs en pharmacologie ont également initiés de nouveau types et protocoles de recherche.

Stephen Harrod Buhner écrit qu’il utilise le concept de synergie pour désigner « les plantes qui agissent pour augmenter l’activité d’autres plantes utilisées pour la guérison tout en affectant le corps lui-même par un certain nombre d’autres actions de soutien ».

Ces plantes, explique Stephen Harrod Buhner, agissent par le biais d’un large éventail de mécanismes :

- l’augmentation de la profondeur et de l’étendue de la pénétration des composants, notamment en augmentant le transport intracellulaire.
- le renforcement de l’activité des composants en agissant à différents points de la même cascade de signalisation.
- la réduction des effets secondaires toxiques des constituants primaires.
- la diminution de la dose efficace nécessaire à la guérison.

Stephen Harrod Buhner a particulièrement étudié les synergies potentielles des plantes dans le cadre de phytothérapie antibactérienne :

« Certains composés végétaux modifient les actions pharmacologiques d’autres composés, changent leurs propriétés physico-chimiques, en influençant les paramètres biochimiques tels que la solubilité, la biodisponibilité et l’activité.
Certains composés renforcent les réponses immunitaires tandis que d’autres attaquent les organismes microbiens, les affaiblissant et les rendant plus sensibles au renforcement du système immunitaire.

D’autres encore agissent spécifiquement pour réduire les défenses virales et bactériennes contre les constituants antimicrobiens des plantes, afin que les composés antibactériens et antiviraux de la plante soient plus efficaces.

Les plantes comme les animaux souffrent d’infections bactériennes et virales. Pour y faire face, elles produisent notamment des substances antibactériennes telles que la berbérine.

Concomitamment, toutes les bactéries, à des degrés divers, ont appris à faire face aux substances antibiotiques. Pour résister aux antibiotiques, elles utilisent par exemple un mécanisme appelé « efflux » par lequel elles rejettent à l’extérieur les composés toxiques qui les agressent. Ce mécanisme d’exportation des substances cytotoxiques est assuré par des protéines transmembranaires appelées « pompes d’efflux ». Les résistances multiples aux médicaments des bactéries agissent de la sorte.

Au fil de l’évolution, les plantes ont parallèlement élaboré des réponses immunitaires en créant des composants chimiques qui désactivent les résistances multiples aux substances végétales antibiotiques.

Exemple de synergie des composés de Berberis fremontii

Plante réputée pour sa teneur en berbérine, Berberis fremontii contient également un flavonolignane, appelé « 5′-méthoxyhydnocarpine » (5′MHC), qui est un puissant inhibiteur de résistances multiples aux médicaments.

Ce composé bloque les pompes bactériennes d’efflux exprimées à la surface membranaire. Par ce mécanisme, 5′MHC inactive la résistance aux médicaments dans les organismes staphylocoques, et la berbérine, tue les bactéries. La coprésence de berbérine et du flavonolignane 5′MHC augmente l’effet antistaphylococcique d’un facteur 16. Un autre composé de la plante, la porphyrine phéophorbide A, agit également en synergie avec la berbérine et 5′MHC pour tuer les staphylocoques dorés résistants à la méticilline. De nombreuses expériences ont montré que des doses sublétales de berbérine deviennent cytotoxique pour Staphylococcus aureus lorsqu’elles sont combinées avec le composé 5′MHC. Ce dernier n’a lui-même n’a aucune activité antibactérienne, et il n’est pas surprenant que le 5′MHC soit commun parmi les plantes contenant de la berbérine. »

Berberis fremontii et Berberis vulgaris (Vinettier) 2 sources de berbérine

Exemples de synergie des extraits de plusieurs plantes

En matière d’interactions synergiques positives importantes, liées à l’association de plantes on peut citer l’exemple d’une combinaison commune en phytothérapie ayurvédique appelée « Trikatu » composé de trois épices en quantités égales : rhizome de gingembre, poivre noir et poivre long ou celle de la combinaison d’ail, cumin et gingembre qui s’est également avérée avoir un effet antimicrobien et antioxydant démultiplié en ayant une activité synergique par effet additif, en contrecarrant la résistance aux effets antibiotiques, en diminuant les doses nécessaires et les effets secondaires indésirables/toxiques, et en augmentant le spectre d’activité de chacun des ingrédients.

Ingrédients du « Trikatu »

L’effet anti-inflammatoire synergique de la combinaison du gingembre, du curcuma et du poivre a aussi été éprouvée. Cette combinaison se fait sur la base des proportions suivantes : 9 proportions de curcuma, 5 proportions de gingembre et 1 proportion de poivre. Le gingembre potentialise et démultiplie l’action du gingembre et le poivre facilite l’absorption et la diffusion de la combinaison.

Poudres de curcuma, gingembre et poivre noir

Quelques plantes « synergiques »

Stephen Harrod Buhner a particulièrement exploré le potentiel synergique des plantes qui contiennent des inhibiteurs d’efflux puissants, c’est-à-dire qui désactivent les mécanismes de résistance par lesquels les bactéries pathogènes se protègent des substances toxiques en les évacuant. Il a également étudié le potentiel synergique des plantes qui permettent une pénétration plus efficace des composés végétaux dans le corps.

De la liste qu’il dresse nous retenons les plantes qui sont facilement accessibles en Afrique de l’Est.

Parmi ces plantes synergiques, le poivre et le gingembre ont été l’objet du plus grand nombre de recherche.

Piper nigrum

Les actions synergiques du poivre noir et de la pipérine sont principalement générées par plusieurs facteurs :
- les actions circulatoires de la plante ou de son constituant isolé, la pipérine ;
- leurs effets sur la glycoprotéine P, aussi appelée P-GP ou "Permeability-GlycoProtein" en anglais, qui est une glycoprotéine provoquant un phénomène de multirésistance aux médicaments.
- leurs effets sur le cytochrome CYP3A4, l’une des enzymes les plus importantes entrant en jeu dans le métabolisme des xénobiotiques par l’organisme humain. ( les xénobiotiques sont des molécules chimiques polluantes et parfois toxique à l’intérieur d’un organisme, y compris en faibles voire très faibles concentrations)
- leurs impacts sur les pompes d’efflux des bactéries c’est-à-dire sur la neutralisation de processus d’évacuation des substances cytotoxiques par les cellules pathogènes

Actions circulatoires

Le poivre et la pipérine qu’il contient élargissent le diamètre des vaisseaux sanguins et augmentent la circulation.
La pipérine se lie à l’albumine pour son transport dans le sang et traverse facilement les barrières internes de l’organisme (organes et systèmes confondus : barrière hémato-encéphalique, etc.) Elle atteint ainsi toutes les parties du corps.
La pipérine et le poivre ont également des effets spécifiques sur les constituants du sang, probablement en réduisant la fragilité des globules rouges et en augmentant leur absorption d’oxygène). Le poivre et la pipérine semblent également avoir des actions spécifiques hautement protectrice des globules blanc.
Un rôle moins important dans la synergie de la plante est joué par les actions médicinales générales de la plante - c’est-à-dire qu’elle est dans une certaine mesure antibactérienne, ce qui donnera des effets additifs (au moins) aux actions antibactériennes des autres plantes utilisées avec elle ; le poivre est par ailleurs analgésique, anti-inflammatoire et en plus d’aider les autres plantes à atteindre la zone affectée, il ajoutera ses propres actions neuroprotectrices au mélange.

Inhibition des pompes d’efflux

Le poivre noir et la pipérine possèdent également un certain nombre d’actions d’inhibition de l’efflux. La pipérine inhibe la pompe d’efflux NorA dans le Staphylococcus aureus. Elle inhibe également l’efflux du bromure d’éthidium qui est lui-même un substrat pour toutes les pompes d’efflux de Staphylococcus aureus (sauf NorC). La pipérine inhibe aussi l’efflux de certaines bactéries Gram-négative et de Mycobacterium tuberculosis.
Le principal atout de la plante et de son constituant, la pipérine, réside peut-être dans leurs effets sur la glycoprotéine de perméabilité (P-glycoprotéine ou P-gp) et le CYP3A4. Le poivre noir et la pipérine sont de puissants inhibiteurs des deux.

P-GP ET CYP3A4

Tous les organismes vivants doivent faire face à une réalité primaire de survie : déterminer ce qui est moi et ce qui n’est pas moi, puis identifier si le "pas-moi" va être dangereux pour le "moi". Tous les organismes disposent d’un grand nombre de mécanismes pour y parvenir et de nombreuses options pour traiter les substances dangereuses que les "pas-moi" peuvent générer. En gros, ils contrôlent l’accès à leurs cellules. En général, ils disposent tous de quatre mécanismes à cet effet : 1) l’exclusion assistée ; 2) la conversion métabolique ; 3) la fixation de solubilisateurs ; 4) la réduction de l’absorption assistée. Voici ce que cela signifie en termes pratiques : Lorsqu’une substance est absorbée par l’organisme et touche la membrane du tube digestif, un processus d’identification immédiat se produit. Quelle est cette chose ? Et est-elle sans danger ? Si la paroi intestinale l’identifie comme nocive, alors elle peut :
L’exclure ; c’est-à-dire utiliser ce qu’on appelle une pompe d’efflux ou un transporteur d’efflux pour faire sortir la chose, en s’assurant qu’elle n’affecte pas la cellule/l’organisme.
Le métaboliser, c’est-à-dire le transformer chimiquement en quelque chose d’autre qui n’est pas nocif et qui est ensuite utilisé ou excrété par la cellule ou l’organisme. Les substances chimiques ainsi créées sont appelées métabolites.
L’attacher, c’est-à-dire lier chimiquement la substance à une substance hautement hydrosoluble, souvent de l’acide glucuronique. Cela crée un nouveau composé qui est incapable de diffuser à travers les membranes cellulaires. Il est ensuite excrété dans l’urine ou les fèces.
Réduire l’absorption assistée, c’est-à-dire inhiber les transporteurs d’afflux. L’absorption assistée implique l’utilisation de protéines transporteuses, aussi appelées transporteurs d’afflux, dans la paroi de l’intestin. Ces protéines transfèrent les substances utiles dans les cellules de la paroi intestinale et de là, elles sont transportées dans le sang. Les transporteurs d’influx sont très actifs pour faire passer des substances telles que les acides aminés à travers la membrane intestinale. L’un des plus puissants est la gamma-glutamyltransférase (GGT). Elle est présente dans les membranes cellulaires des intestins, des reins, du canal cholédoque, du foie, de la rate, du cœur, du cerveau et des vésicules séminales.
Toutes ces réactions font qu’il est plus difficile pour les substances de pénétrer dans l’organisme et de l’affecter. De nombreux produits pharmaceutiques sont considérés comme des substances étrangères et, lorsque ces actions se produisent, jusqu’à 85 % d’un produit pharmaceutique peut être inactivé, ce qui explique en partie pourquoi les doses sont si élevées pour certains médicaments.
La pipérine affecte les quatre mécanismes qui contrôlent l’accès aux cellules. Elle a des effets particulièrement forts sur le pompage d’efflux, la métabolisation, la fixation de l’acide glucuronique et le GGT.
Il existe un certain nombre de transporteurs d’efflux. La P-gp, ou glycoprotéine de perméabilité, est l’un des plus importants. La P-gp se trouve principalement dans la paroi intestinale, les reins, le foie, le cerveau, les testicules, les glandes surrénales et l’utérus. Elle est également fréquente dans les cellules cancéreuses et quelques bactéries. On peut se représenter la P-gp comme une barrière tapissant la paroi intestinale et choisissant les substances à laisser pénétrer dans l’organisme et, le cas échéant, leur quantité (elle fait également cela au niveau de la barrière hémato-encéphalique). La pipérine réduit considérablement la capacité de la P-gp à bloquer les substances entrantes. Par conséquent, si vous prenez de la pipérine ou du poivre noir (ou le mélange ayurvédique traditionnel trikatu), une plus grande quantité du médicament traversera la paroi intestinale et passera dans la circulation sanguine. Parfois, la quantité qui passe dans le sang est considérablement plus élevée, jusqu’à 32 fois son niveau sans pipérine. C’est pourquoi il faut faire particulièrement attention si vous utilisez la pipérine et prenez également des médicaments. C’est également la raison pour laquelle vous ne devez jamais prendre de pipérine en cas d’infections graves de la paroi intestinale telles que l’E. coli et le choléra. La pipérine permettrait aux bactéries de s’infiltrer plus facilement dans la paroi intestinale et de pénétrer plus profondément dans votre système.
Le CYP3A4 est l’un des métaboliseurs les plus importants du corps humain. Il affecte la plus large gamme de substances (ou substrats, comme on les appelle) de toute la famille des enzymes CYP, affectant des milliers, voire des centaines de milliers de substances. C’est un métaboliseur principal dans la paroi intestinale et le foie. En général, il fait l’une des deux choses suivantes : il convertit une substance en une autre qui a une activité biologique plus faible ou rend les substances plus hydrosolubles, ce qui réduit leur capacité à se déplacer dans les cellules. L’inhibition du CYP3A4 signifie que la substance reste sous sa forme originale, hautement bioactive, lorsqu’elle pénètre dans l’organisme. La pipérine inhibe fortement le CYP3A4. (On a également constaté qu’elle inhibe le CYP1A2, le CYP1A1 et le CYP2D6).
La pipérine/poivre noir inhibe également l’AHH ou aryl hydrocarbon hydroxylase, qui métabolise les hydrocarbures aromatiques. (Cela rend la pipérine utile pour renforcer l’impact de plantes comme la baie de genévrier, qui est riche en hydrocarbures aromatiques, dans le traitement de l’infection urinaire).
La pipérine/poivre noir inhibe également fortement l’UDP-glucuronyl-transférase (alias UGT). L’UGT est l’enzyme qui fixe l’acide glucuronique aux xénobiotiques pour faciliter leur élimination de l’organisme. Cette action de la pipérine augmente de 2 à 4 heures la durée pendant laquelle les substances étrangères, par exemple les herbes ou les produits pharmaceutiques, restent dans l’organisme/la circulation sanguine avant leur élimination.
La pipérine et le poivre noir stimulent également de manière significative l’activité du transporteur d’afflux GGT, augmentant ainsi le mouvement des substances à travers la membrane intestinale.
La pipérine, et le poivre noir, augmentent donc la quantité de toute substance entrant dans l’organisme, la conservent sous sa forme la plus puissante (non métabolisée), et la maintiennent dans l’organisme plus longtemps. La pipérine et le poivre noir facilitent également, pour des raisons similaires, la circulation des substances dans le cerveau et le SNC, l’utérus, les testicules, les surrénales, les reins et le foie. Si l’un de ces systèmes est traité pour une maladie, par exemple une méningite bactérienne ou une hépatite C, la pipérine augmentera la quantité d’herbes qui atteindront les méninges ou le foie.
En même temps, la pipérine/poivre noir stimule la circulation et augmente la taille des vaisseaux sanguins, de sorte que les substances sont largement diffusées dans tout le corps très rapidement.

Zingiber officinalis

Le gingembre augmente la puissance des herbes et des produits pharmaceutiques s’il est ajouté à un protocole, inhibe les mécanismes de résistance bactérienne des agents pathogènes, stimule la circulation et réduit la toxicité des endotoxines et des polluants. Il dilate les vaisseaux sanguins et augmente la circulation, ce qui permet au sang et aux composants d’autres plantes présents dans le sang de se distribuer plus rapidement et plus efficacement dans l’organisme. Le gingembre est très efficace pour réduire la capacité des bactéries à extraire les antibactériens de leurs cellules. (En conséquence, il augmente la puissance d’un certain nombre de produits pharmaceutiques).

Le gingembre potentialise l’activité des antibiotiques aminoglycosides (arbekacine, gentamicine, tobramycine, streptomycine) et d’autres antibiotiques tels que la bacitracine et la polymyxine B, contre les entérocoques résistants à la vancomycine (qui sont à Gram positif) - essentiellement en augmentant la perméabilité de la membrane cellulaire ; le gingembre est un puissant inhibiteur de la glycoprotéine p, aussi puissant que le verapamil. Le gingembre est un puissant inhibiteur de la p-glycoprotéine, aussi puissant que le verapamil. Il augmente également l’efficacité de la daunomycine (utilisée dans le traitement du cancer), en multipliant par trois l’accumulation du produit pharmaceutique et en réduisant considérablement l’efflux du médicament médié par la P-gp. Ce phénomène est courant dans les inhibiteurs de la P-gp, car les cellules cancéreuses ont tendance à utiliser les mécanismes d’efflux de la P-gp pour se débarrasser des produits pharmaceutiques.

Des niveaux sublétaux de tétracycline deviennent létaux contre les organismes staphylocoques lorsqu’on ajoute du gingembre ; les composés du gingembre modifient la résistance bactérienne chez Acinetobacter baumanii ; le gingembre potentialise l’action de la nifédipine sur l’agrégation antiplaquettaire chez les volontaires humains normaux et les hypertendus ; le gingembre potentialise l’efficacité de la clarithromycine contre Helicobacter pylori, que la souche bactérienne ait été sensible ou non au médicament avant l’ajout de gingembre.
Le gingembre a également des actions synergiques directes avec d’autres plantes. Il potentialise leur activité, l’augmentant de manière substantielle. Par exemple, les constituants du magnolia, mais pas ceux du gingembre, augmentent l’absorption de saccharose chez les rats et réduisent le temps d’immobilité dans les tests de natation. Mais lorsque les huiles volatiles de gingembre sont ajoutées au mélange, la consommation de saccharose augmente de manière exponentielle ; le temps de réduction de l’immobilité est également augmenté. Dans d’autres études, lorsque les huiles de gingembre sont ajoutées au magnolia, elles se combinent pour produire un résultat extrêmement synergique dans le traitement de la dépression. La sérotonine dans le cerveau et les niveaux de noradrénaline dans le cortex préfrontal augmentent considérablement après l’ajout de gingembre à des doses subcliniques (inactives) de magnolia. Le gingembre est également considéré comme spécifique pour améliorer les effets toxiques d’autres médicaments ou herbes utilisés dans la MTC. Des études in vivo ont montré que le gingembre réduit les niveaux et la toxicité du cadmium chez les rats, agissant comme un détoxifiant des métaux lourds. Il réduit également les effets des insecticides organophosphorés in vivo.

Autres plantes synergiques

Cymbopogon citratus

Cette herbacée commune connu sous le nom de citronnelle n’a par elle-même qu’une légère activité antibactérienne, mais elle est un activateur synergique exceptionnellement puissant des antibiotiques contre le staphylocoque doré résistant à la méticilline (SARM).

Camelia sinensis

Le gallate d’épicatéchine et le gallate d’épigallocatéchine, tous deux présents dans le thé vert (Camellia sinensis), se sont révélés être des inhibiteurs d’efflux très puissants pour le Staphylococcus aureus résistant à la méticilline et Staphylococcus epidermidis. Ils inhibent à la fois les pompes d’efflux NorA et Tet(K).

Rosmarinus officinalis

Le romarin s’est avérés efficace contre la pompe d’efflux Tet(K) chez Escherichia coli et Staphylococcus aureus résistant à la méticilline et la pompe Msr(A) chez Staphylococcus aureus résistant à la méticilline.

Centella asiatica, Daucus carota, Glyciridia, Citrus aurantium

Centella asiatica

Les extraits de Gotu kola, de carotte sauvage, de réglisse et d’orange amère sont tous efficaces pour inhiber le transporteur d’efflux AcrAB-TolC présent dans un certain nombre de bactéries Gram-négatives. (Ils sont particulièrement efficaces contre la Salmonella enterica var. typhimurium multirésistante). Ce mécanisme d’efflux est un homologue du transporteur d’efflux MexAB-OprM qui est largement présent dans les organismes Gram-négatifs résistants. Les deux pompes affectent une large gamme d’antibactériens. Lorsqu’elles sont utilisées avec des produits pharmaceutiques, ces plantes réduisent la CMI (concentration minimale inhibitrice) par des facteurs de 4 à 32.

Thymus vulgaris

Le thym, inhibe la pompe d’efflux MexAB-OprM et son expression génétique. MexAB-OprM est fortement impliquée dans l’élimination de la tétracycline, des bêta-lactamines, des fluoroquinolones, du chloramphénicol, de la novobiocine, des macrolides, du bromure d’éthidium, des hydrocarbures aromatiques et des lactones homosérines. L’huile essentielle de thym, à très faible dose, une ou deux gouttes, prise directement par la bouche, passe immédiatement dans le sang. Si elle est associée à des herbes telles que le cryptolepis, elle potentialisera leur action contre les bactéries Gram-négatives. N’oubliez pas : Des doses infimes.
Le problème avec la plupart de ces plantes à l’exception de gotu kola et de la réglisse font exception est qu’elles ne sont pas hautement systémiques, c’est-à-dire qu’elles ne sont que modérément, voire pas du tout, présentes en quantité dans le sang. Cela rend difficile leur utilisation en tant que synergistes systémiques - bien qu’ils puissent bien sûr être utilisés par voie topique et directement dans le tube digestif.
Les deux suivants sont très probablement systémiques, bien que je ne les connaisse pas assez bien pour le dire, et le dernier est systémique et pourrait être utilisé dans une certaine mesure comme synergiste systémique pour certaines bactéries résistantes.

Caesalpinia benthamiana (syn. Mezoneuron benthamianum)

Caesalpinia benthamiana a une large activité contre les bactéries Gram-négatives et Gram-positives et est utilisée pour traiter les maladies dysentériques, et selon les premières indications, elle pourrait être de nature systémique.

Securinega virosa

Rw. Umubwirwa Fr. Balan des savanes ; En. White-berry bush, a des actions similaires à Caesalpinia benthamiana, notamment dans son utilisation étendue pour les maladies dysentériques. Toutes deux sont des inhibiteurs d’efflux.

Punica granatum

Le grenadier est synergique avec l’ampicilline, le chloramphénicol, la gentamicine, la tétracycline et l’oxacilline contre 30 souches différentes de SARM et de MSSA (Staphylococcous aureus sensible à la méthicilline). Ses extraits inhibent les mécanismes d’efflux du bromure d’éthidium dans un certain nombre de types différents de bactéries. Il existe également des preuves, non concluantes, de son efficacité contre la pompe d’efflux MexAB-OprM chez les bactéries Gram-négatives. La grenade est systémique en ce sens que nombre de ses constituants circulent largement dans le sang (pic en 1 heure, durée d’environ 4 heures), mais je ne sais pas quelle serait l’efficacité de son utilisation en pratique.
La plante n’a été considérée comme un synergiste dans aucune des cultures qui l’utilisent et vraiment pas comme un antibactérien dans aucun des systèmes de guérison que j’ai examinés. Elle est utilisée depuis des millénaires dans l’Ayurveda, mais principalement comme astringent (jus), un peu comme le jus de canneberge, ou pour les vers intestinaux (écorce/racine).
Cependant, des recherches récentes montrent une activité intéressante de la plante dans le traitement de l’hypertension artérielle, la prévention de la dégénérescence cellulaire normale qui accompagne le vieillissement, la réduction des dommages à l’ADN et la réduction des niveaux de stress dans le corps.

Bibliographie

Recension et résumés des quelques études sur les synergies de plantes médicinales

Ednah Mutindi Masila and Josphert N. Kimatu, « Antibacterial potency and differential synergistic effects of Zingiber officinale and Capsicum annum extracts against E. coli, Staphylococcus aureus and Pseudomonas aeruginosa », American Journal of Research Communication, 2017 : Vol 5(2) 66

Cette étude, examine le potentiel de l’utilisation d’épices communes comme le gingembre (Zingiber officinale) et le piment (Capsicum annuum) contre Escherichia coli, Pseudomonas aeruginosa et staphylococcus aureus, qui sont des bactéries communes que l’on trouve principalement dans les aliments contaminés. En comparant le diamètre des zones d’inhibition, on a constaté que le gingembre et le piment inhibaient la croissance des bactéries testées, en particulier le staphylocoque doré. Les résultats ont indiqué que les extraits de gingembre et de piment avaient une activité antibactérienne dans la gamme de 15 à 33 mm. E. coli et Staphylococcus aureus ont été plus affectés par les extraits que Pseudomonas aeruginosa. Cependant, un mélange des deux extraits a produit une plus grande activité antibactérienne que les extraits individuels avec des valeurs p proches de 0,05. Par conséquent, les extraits ont montré une activité antimicrobienne plus efficace lorsqu’ils agissent en synergie sur les organismes testés. Par conséquent, le potentiel d’utilisation de la combinaison en tant que naturopathie est encore élevé malgré la résistance microbienne perçue après une longue période d’utilisation dans les populations humaines.

Johri, R.K., Zutshi, U. :An Ayurvedic formulation “Trikatu” and its constituents. J. Ethnopharmacol. 37 : 85–91, 1992.

Le "Trikatu" est une préparation ayurvédique à base de poivre noir, de poivre long et de gingembre, qui est prescrite de manière routinière pour diverses maladies dans le cadre d’une prescription multi-médicaments. Il a été démontré que ces herbes et la pipérine (alcaloïde du poivre) possèdent diverses activités biologiques. La revue de des études présentée suggère que leur utilisation dans le système de médecine indien pourrait être due à leur action améliorant la biodisponibilité d’autres médicaments.

Prakhar Shukla, Sweta Sharma, Arpita Yadav and Veejendra K. Yadav, « Synergetic pharmacological Effects of Phytochemicals Derived from Ginger, Garlic and Tulsi », International Journal of Pharmaceutical Sciences and Research

Cet article de synthèse a mis en évidence la valeur thérapeutique des composés phytochimiques dérivés du gingembre, de l’ail et du tulsi. Ces composés phytochimiques sont multi-cibles mais exercent des effets synergiques qui peuvent être utilisés dans plusieurs troubles. La combinaison de ces composés phytochimiques pour obtenir un complément alimentaire serait d’une grande utilité pour les patients vieillissants. L’article de synthèse présente une vue d’ensemble de la recherche expérimentale et in silico passée sur le sujet.

Raffaele Pezzani, Bahare Salehi, Sara Vitalini, Marcello Iriti, Felipe Andrés Zuñiga, Javad Sharifi-Rad, Miquel Martorell and Natália Martins,« Synergistic Effects of Plant Derivatives and Conventional Chemotherapeutic Agents : An Update on the Cancer Perspective », Medicina (Kaunas). 2019 Apr ; 55(4) : 110.

Cette revue analyse et résume les connaissances actuelles sur les effets synergiques des interactions plantes-médicaments en mettant l’accent sur les stratégies anticancéreuses. Les résultats des études bibliographiques mentionnées ci-dessus suggèrent que les composés dérivés des plantes ont un impact élevé en tant qu’agents thérapeutiques, à la fois seuls ou en combinaison avec des médicaments conventionnels. Ainsi, la phytothérapie fondée sur des données probantes devrait être considérée comme une option valable pour le traitement des pathologies humaines, non seulement pour les maladies de faible intensité ou de faible gravité, mais aussi pour les maladies plus complexes et problématiques, comme le cancer. Certes, les données précliniques présentées dans cette revue doivent être confirmées par des essais cliniques robustes (randomisés en double aveugle), mais un bon nombre d’essais cliniques ont déjà été rapportés. En effet, la recherche bibliographique utilisant " cancer et plantes " et " cancer et plantes " comme mots-clés a permis de retrouver 78 et 149 études sur le site de ClinicalTrials.gov (décembre 2018), même si elles ne sont pas strictement liées à la synergie. Cela nous donne une idée de l’intérêt sans doute croissant pour les médecines complémentaires ou alternatives. Il faut également garder à l’esprit que l’utilisation croissante des produits à base de plantes, qu’ils soient prescrits par le patient lui-même ou intégrés aux médicaments conventionnels, contribuera à terme à intensifier l’incidence des interactions plantes-médicaments. Ainsi, chaque praticien de santé devrait être conscient de cette question importante. Cependant, si l’on considère les patients atteints de cancer, il y a un besoin évident d’investir dans davantage de travaux cliniques explorant l’administration de remèdes à base de plantes, en se concentrant non seulement sur l’évitement des interactions nuisibles mais aussi sur la fourniture d’un soutien valide si une démonstration scientifique de synergie garantit l’efficacité. Indubitablement, une base de données accessible, mondiale et gratuite sur les interactions herbes-médicaments n’est pas seulement souhaitable, mais devient maintenant un besoin concret pour les cliniciens ; un besoin qui n’est pas strictement lié au traitement du cancer.

Ravindra Kumar Gupta, Priyanka Chawla, Mridula Tripathi, Anil Kumar Shukla And Archana Pandey, « Synergistic Antioxidant Activity of Tea with Ginger, Black Pepper and Tulsi », International Journal of Pharmacy and Pharmaceutical Sciences, Vol 6, Issue 5, 2014,

Dans la présente recherche, quatre plantes suivantes ont été sélectionnées : le thé Camellia sinensis), le gingembre (Zingiber officinale), le poivre noir (Piper nigrum) et le tulsi (Ocimum sanctum), car toutes ces plantes présentent individuellement un potentiel antioxydant.

Les extraits aqueux et méthanoliques de toutes les herbes ont montré une bonne capacité antioxydante, à l’exception des extraits aqueux de gingembre et de poivre noir et de l’extrait méthanolique de poivre noir. Certaines combinaisons d’extraits ont montré un très bon potentiel antioxydant de manière synergique. Le mélange d’extraits aqueux de thé, de gingembre, de poivre noir et de tulsi (1:1:1:1) ; et celui de thé, de gingembre et de tulsi (1:1:1) a présenté une activité antioxydante exceptionnelle par rapport à tous les autres extraits et mélanges. Ces boissons à base de plantes peuvent être considérées comme de puissantes sources d’antioxydants.

Scholey A.B. and Kennedy D.O. : Acute, dose-dependent cognitive effects of Ginkgo biloba, Panax ginseng and their combination in healthy young volunteers : differential interactions with cognitive demand. Human Psychopharmacology (in press). Schultz, V., Hänsel, R., Tyler, V. : In : Rational Phytotherapy. A physicians guide to herbal medicine. Springer, Berlin. 72, 1998.

Le présent article décrit trois études examinant les effets aigus de doses uniques de Ginkgo biloba (GK501), de Ginseng (G115) et de leur combinaison sur la performance de jeunes adultes en bonne santé (âge moyen 21 ans) lors de tâches arithmétiques en série avec une charge cognitive différente. Dans chaque étude en double aveugle, contrôlée par placebo, trois doses différentes de traitement et un placebo ont été administrés, selon un plan croisé équilibré, avec une période de lavage de 7 jours entre chaque dose. Une amélioration dose-dépendante de la vitesse de réponse au cours de la série de trois a été observée avec le Ginkgo biloba. Différentes doses de Ginseng ont amélioré la précision et ralenti les réponses pendant la série de sept. Le résultat le plus frappant, cependant, a été une augmentation très significative et soutenue du nombre de réponses en série à sept après l’administration de 320 mg de l’association Ginkgo-Ginseng à tous les moments du test après le traitement. Cette augmentation s’est accompagnée d’une amélioration de la précision des réponses à sept et à trois après l’administration de 640 mg et de 960 mg, respectivement. L’article se termine par des spéculations sur les mécanismes possibles qui sous-tendent ces effets.

Singh, Y.N., Blumenthal, M. : Kava. An overview. Herbalgram 39 : 33–56, 1997. So, F.V., Guthrie, N., Chambers, A.F., Mossa, M., Carroll, K. E. : Inhibition of human breast cancer cell proliferation and delay of mammary tumorigenesis by flavonoids and citrus juices. Nutr. Cancer 26 : 167–181, 1996.

Dans cette recherche, deux flavonoïdes d’agrumes, l’hespérétine et la naringénine, que l’on trouve respectivement dans les oranges et le pamplemousse, et quatre flavonoïdes autres que ceux d’agrumes, la baicéine, la galangine, la génistéine et la quercétine, ont été testés seuls et en association pour leurs effets sur la prolifération et la croissance d’une lignée cellulaire de carcinome mammaire humain, MDA-MB-435.
La concentration à laquelle la prolifération cellulaire est inhibée à 50 % (CI50), sur la base de l’incorporation de la [3H]thymidine, varie de 5,9 à 140 microgrammes/ml pour les flavonoïdes seuls, le plus puissant étant la baicéine. Les valeurs de la CI50 pour les combinaisons une à une variaient de 4,7 microgrammes/ml (quercétine + hespérétine, quercétine + naringénine) à 22,5 microgrammes/ml (naringénine + hespérétine). Tous les flavonoïdes ont montré une faible cytotoxicité (> 500 microgrammes/ml pour 50% de mort cellulaire). Une semaine après l’induction de tumeurs, les groupes de rates ont reçu du jus de pamplemousse ou du jus d’orange doublement concentré ou de la naringine ou de la naringénine à des niveaux comparables à ceux fournis par le jus de pamplemousse ; dans la deuxième expérience, les rats ont été nourris avec un régime semi-purifié contenant 20 % d’huile de maïs à ce moment-là. Comme prévu, les rats nourris avec le régime riche en graisses ont développé plus de tumeurs que les rats nourris avec le régime pauvre en graisses, mais dans les deux expériences, le développement des tumeurs a été retardé dans les groupes ayant reçu du jus d’orange ou nourris avec le régime enrichi en naringine par rapport aux trois autres groupes. Bien que l’incidence des tumeurs et la charge tumorale aient été quelque peu variables dans les différents groupes, les rats ayant reçu du jus d’orange avaient une charge tumorale plus faible que les témoins, bien qu’ils aient eu une croissance supérieure à celle des autres groupes. Ces expériences étayent les propriétés anticancéreuses du jus d’orange et indiquent que les flavonoïdes des agrumes sont des inhibiteurs efficaces de la prolifération des cellules cancéreuses du sein humain in vitro, en particulier lorsqu’ils sont associés à la quercétine, qui est largement répandue dans d’autres aliments.

Wanassanun Pannangrong, Jariya Umka Welbat, Amnard Chaichun,1 and Bungorn Sripanidkulchai , « Effect of combined extracts of aged garlic, ginger, and chili peppers on cognitive performance and brain antioxidant markers in Aβ-induced rats », Exp Anim. 2020 ; 69(3) : 269–278. Published online 2020 Feb 11. doi : 10.1538/expanim.19-0123 PMCID : PMC7445057 PMID : 32051390

Les effets de l’administration d’une combinaison d’extraits d’ail, de gingembre et de piments a été étudiée chez le rat. La préparation a été administré par voie orale à des doses de 125, 250 et 500 mg/kg de poids corporel pendant 64 jours. Les résultats suggèrent que la combinaison peut améliorer le dysfonctionnement cognitif en raison de son rôle dans l’augmentation des activités des enzymes antioxydants : superoxydes dismutases (SOD), Glutathion peroxidase (GPx) et catalases (CAT).

Xian Zhou, Sai Wang Seto, Dennis Chang, Hosen Kiat, Valentina Razmovski-Naumovski, Kelvin Chan and Alan Bensoussan, « Synergistic Effects of Chinese Herbal Medicine : A Comprehensive Review of Methodology and Current Research », Front. Pharmacol. 7:201. doi : 10.3389/fphar.2016.00201

Depuis des milliers d’années, la médecine traditionnelle chinoise utilise des préparations complexes à base de plantes pour traiter les maladies. Cet usage semble reposer sur l’hypothèse générale selon laquelle les effets thérapeutiques synergiques de la médecine chinoise par les plantes découlent des interactions complexes entre les multiples composants bioactifs des plantes et/ou des préparations à base de plantes. Cependant, les preuves étayant ces effets synergiques restent faibles et controversées pour plusieurs raisons, notamment la nature très complexe de la synergies, les idées fausses sur la synergie et les difficultés méthodologiques liées à la conception des études. L’article clarifie la définition de la synergie, identifie les erreurs courantes dans la recherche sur la synergie et décrit les approches méthodologiques actuelles pour tester l’interaction synergique. Les forces et faiblesses de ces modèles sont discutées dans le contexte de la phytomédecine chinoise ainsi que l’état actuel de la recherche sur la synergie en phytomédecine chinoise.

Yarnell, Eric, « Synergy in Herbal Medicines » Journal of Restorative Medicine, Volume 4, Number 1, 1 December 2015, pp. 60-73(14)

Revue de la littérature disponible sur les effets synergiques et additifs impliquant des plantes médicinales et des extraits de plantes.
Plusieurs types d’interactions synergiques sont discutés
- celles des constituants apparemment inactifs mais renforçant les effets des constituants apparemment actifs dans et entre les plantes médicinales,
- celles des divers composés végétaux modifiant l’absorption d’autres,
- la réduction de la toxicité de certains constituants végétaux par d’autres,
- les effets thérapeutiques synergiques directs lorsque les constituants actifs sont combinés dans et entre de nombreuses plantes médicinales.
Les espèces abordées sont Artemisia annua (Armoise amère, qīng hāo), Ammi visnaga (khella, Amni), Glycyrrhiza glabra (réglisse), Glycyrrhiza uralensis (réglisse chinoise, gān cǎo), Panax ginseng (ginseng asiatique, rén shēn), Mahonia aquifolium (mahonia faux houx), Berberis aetnensis (épine-vinette de l’Etna), Berberis trifoliolata (algerita), Berberis fendleri (Colorado barberry), et Coptis chinensis (goldthread, huáng lián).

Mis en ligne par La vie re-belle
 15/04/2021
 https://lavierebelle.org/benefices-des-combinaisons-de

Se soigner avec les plantes

Pratique de médecine populaire, fondée sur l’utilisation des ressources naturelles du milieu, et complémentaire de la médecine académique

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