Restauration de la productivité des sols tropicaux et méditerranéens

Contribution collective à l’agroécologie

L’IRD a publié en 2017, l’ouvrage collectif réalisé sous la direction de Eric Roose intitulé Restauration de la productivité des sols tropicaux et méditerranéens.

Structuré en quatre parties, les 48 chapitres du livre rédigés par 108 coauteurs réunissent les efforts d’un large panel de chercheurs pour apporter sous forme chiffrée leur expérience, pour la synthétiser sous une forme compréhensible par un large public scientifique et technique, de l’agronome au forestier, du géographe à l’hydrologue, des ONG aux agents des ministères, des enseignants aux chercheurs et aux étudiants, des spécialistes de l’environnement aux praticiens de terrain.

Note de lecture

Restauration de la productivité des sols tropicaux et méditerranéens

Contribution collective à l’agroécologie

Le travail collectif qui a donné naissance à cet ouvrage en libre accès entend contribuer à la diffusion d’une analyse de la situation des sols africains et d’une réponse agroécologique à la restauration de leur productivité pour relever les défis de l’agriculture sur ce continent.

Ce livre condense une information foisonnante et des analyses précieuses. Eric Roose le résume ainsi :

Depuis le milieu du XX e siècle, du fait de la forte croissance démographique, les sols et la végétation des zones tropicales et méditerranéennes subissent d’importantes dégradations. Actuellement, plus de 20 % des terres cultivées sont dégradées chimiquement, physiquement et biologiquement. En effet, malgré la mise en œuvre de grands projets tels la conservation de l’eau et des sols (CES), la production agricole ne peut être maintenue à un niveau suffisant pour nourrir une population qui double tous les vingt ans dans les pays du Sud.

Cet ouvrage a ainsi pour objectif de présenter les principaux résultats de la recherche dans le domaine de la restauration de la productivité des sols. Les causes de la dégradation des sols des régions chaudes sont présentées dans un premier temps. On évalue ensuite les divers modes de gestion de la biomasse et des nutriments, puis les techniques culturales et les systèmes de gestion de l’eau. Les nombreuses données expérimentales présentées montrent que la restauration durable des systèmes agroécologiques est possible, moyennant le respect de six règles :

- une bonne maîtrise de l’eau,
- l’apport de matières organiques,
- l’utilisation de compléments minéraux, la revitalisation du sol (fumier / compost),
- la correction du pH du sol
- et le choix judicieux de cultures à fort développement de biomasse.

L’ouvrage, qui présente de nombreuses études de terrain originales, s’adresse tant aux chercheurs qu’aux enseignants, aux étudiants, aux décideurs et aux différents acteurs en charge du développement rural.

Le livre est structuré par les quatre thématiques suivantes :

1. La dégradation des sols en fonction des types d’érosion : l’érosion en nappe sélective, l’érosion linéaire en ravine, en masse et les inondations catastrophiques en relation avec les dégradations physiques, chimiques et biologiques qu’elles entraînent (4 chapitres).

2. La gestion de la biomasse et des nutriments : le brûlage et les cendres, l’enfouissement des résidus ou le paillage, le compostage, le broutage des parcours et la production de fumier, les jachères naturelles ou enrichies en légumineuses, l’agroforesterie, les cultures associées, les déchets urbains ou humains. Mais le volume insuffisant de biomasse disponible et leur pauvreté en nutriments entraînent la nécessité d’une fertilisation minérale complémentaire 22 chapitres).

3. Le rôle des techniques culturales : le semis direct sous litière, la couverture végétale du sol, les adaptations à l’aridité, l’enrichissement en légumineuses des parcours. Les techniques culturales interviennent dans la vitesse de l’enracinement, dans l’infiltration et l’érodibilité des sols, leur recouvrement par les cultures (8 chapitres).

4. Les techniques complexes : associant les structures de lutte antiérosive, la gestion de l’eau (ruissellement ou drainage ?), des matières organique et les engrais minéraux. Les causes de dégradation des sols étant multiples, il faut d’abord réduire les pertes avant d’améliorer la disponibilité en eau et en nutriments (14 chapitres).

Les résultats des recherches présentées doivent être considérés comme l’état actuel des connaissances : ils mériteraient parfois d’être confirmés plus longtemps et en d’autres régions écologiques ou de servir de base pour rénover les thèmes de la recherche agronomique tropicale.

Les conclusions remettent en cause le potentiel et les limites de certaines pratiques. Par exemple, le fumier ne peut remplacer la jachère, ni la fertilisation minérale raisonnée. La conservation des sols ne suffit pas à restaurer la productivité d’une terre. La capture du ruissellement ne peut remplacer l’irrigation, s’il ne pleut pas. La lignine des racines, des fourrages, du fumier, du paillage et des arbres est indispensable pour stabiliser l’humus du sol.

Seule la gestion de l’eau combinée à la gestion du carbone et des nutriments permet d’améliorer substantiellement la production d’un terroir. Mais la restauration a un coût et il faut le justifier par une augmentation sensible et rapide de la production agricole. Dans une phase transitoire, on ne peut se passer d’une fertilisation organique abondante, complétée d’apports minéraux raisonnés. La fumure organique, en effet, sert de stockage de certains nutriments, mais surtout d’amendement pour maintenir les activités biologiques et un milieu physique favorable à la croissance des plantes. Depuis Liebig (XIXe siècle), on sait que les plantes se nourrissent essentiellement d’éléments minéraux, d’où l’importance de maintenir la faune du sol et la vie microbienne pour structurer le milieu et restituer les nutriments sous des formes assimilables par les végétaux.

Aux lecteurs pressés Eric Roose propose de commencer par parcourir : le sommaire, l’introduction et la conclusion générale, puis les introductions et conclusions des quatre parties. Il sera facile ensuite de sélectionner les chapitres qui intéressent particulièrement le lecteur et de les relier aux principales conclusions.

Les liens ci-dessous permettent cette entrée en matière :

Sommaire

Introduction

Conclusion générale

Conclusions des quatre parties de l’ouvrage :

1. La dégradation des sols en fonction des types d’érosion :

Conclusion de la première partie

2. La gestion de la biomasse et des nutriments :

Conclusion de la deuxième partie

3. Le rôle des techniques culturales :

Conclusion de la troisième partie

4. Les techniques complexes :

Conclusion de la quatrième partie

L’ensemble de l’ouvrage est accessible sur le site open édition

Mis en ligne par La vie re-belle
 8/09/2020
 https://lavierebelle.org/restauration-de-la-productivite

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